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LE GAGNANT DE LA COURSE

fusée de Delphes. (CI. Alinar

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HÉRACLES FIGURE DE FRONTON A ÆGINE

Statue trouvée à Ægine en 1811. — Glyptothèque de Munich. — Marbre. — Hauteur (sans la plinthe), 0 m. 79. — Vers 478 av. J.-C.

NE solitude boisée dans l'ile d'Ægine conserve, U admirablement visibles de la mer, les ruines d'un temple, qui fut longtemps anonyme ou malnommé, et qu'on sait maintenant avoir été consacré à l'obscure déesse Aphaia. Dans l'abondante récolte qu'y moissonna Cockerell, cette statue d'Héraclès n'était pas seulement une des meilleures figures et des mieux conservées ; elle aussi avait une valeur singulière pour l'interprétation de l'ensemble, croyait-on. Le temple avait deux frontons sculptés, qui représentaient l’un et l'autre une bataille entre Grecs et Asiatiques, devant la guerrière Pallas. Dès lors, la seule explication possible pour le fronton de l'Est, d'où provient la figure d'Héraclès, c'est l'expédition qu'entreprit le héros contre Laomédon. Le second fronton, inspiré d'une légende toute pareille avec Héraclès en moins, doit s'expliquer, en conséquence, par l'autre expédition contre Troie, celle de l'{liade. D'ailleurs, nul des personnages ne saurait être identifié, sauf le seul Héraclès, à qui l'interprétation entière reste ainsi suspendue. Et lui-même, à quoi le reconnaît-on? A ceci seulement, que la partie antérieure de son casque a la forme d'un mufle de lion. Un juge pointilleux pourrait trouver que cela ne suffit pas, qu'un casque pareil n'équivaut pas à la dépouille du lion de Némée, que la fantaisie d'un guerrier est assez pour le justifier et qu'il n’est pas le sûr signalement d'Héraclès… Un léger doute est donc possible ; cependant personne, jusqu'à présent, n'a osé refouler dans l'anonymat le porteur de ce casque léonin.

Par une erreur étrange, que condamnaient à l'avance certaines réflexions judicieuses de Cockerell, la statue a été placée et fixée, à Munich, dans l'aile gauche du fronton (par rapport au spectateur) : sa vraie place est à droite. Le héros est armé de l'arc, il combat de loin, il est à l'arrière-plan de la bataille. On commet une inexactitude, quand on le dit agenouillé ; il ne touche le sol que par le dessous des orteils du pied droit et par le talon gauche : le poids du corps ne porte en rien sur le genou : on sent seulement, dans le jarret, l’élasticité d'un ressort en

action. Le bras gauche, tendu, tenait l'arc (en bronze) : la main droite serrait dans ses doigts la flèche (en bronze), près de partir. Le harnais de guerre se bornait au casque et à la cuirasse ; celle-ci, passée par dessus un court chiton descendant à mi-cuisses, est à épaulières et lambrequins. L'épaulière droite (rapportée) était dégrafée et rejetée en arrière, pour ne pas gêner le jeu délicat du bras durant la visée. Un large et haut quadrillé sur le flanc gauche évoque les courroies qui, à cette place, servaient à fixer l'armure, et que l’on comprenait mieux jadis, grâce aux couleurs dont la cuirasse était peinte. Enfin, trois petits trous dans trois lambrequins, contre la hanche gauche, avertissent que là pendait obliquement le carquois, fait d’une feuille de bronze rapportée.

Privée maintenant de ces divers accessoires, carquois, flèche et arc, et ramenée en quelque sorte à ses propres lignes, la statue offre un aspect serré et condensé où ressort plus nettement le caractère de l’art dont elle est issue. Art très ferme dans sa conduite, réfléchi et attentif, ne risquant nulle hardiesse, mais menant à terme toutes ses conceptions avec une sûreté achevée. Comme cette figure, dans sa pose élastique, est bien équilibrée et solide ! Les raideurs de l'archaïsme, encore toutes proches, semblent s'être muées, chez elle, en une calme force inébranlable. Qu'elle a bien son plein volume, et qu'on a plaisir à tourner autour d'elle ! Mais aussi, elle n'a rien des caractères ni des servitudes d'une sculpture de fronton : on serait tenté d'oublier qu'elle était vue d'en bas, contreun fond, à plusieurs mètres de distance. On a trop de satisfaction, vraiment, à considérer de près l'oreille si fine, les pieds si justement et si soigneusement modelés. : tous détails qu'on ne pouvait cependant discerner, dans les conditions que je viens de rappeler. En sorte que l'auteur de la statue et plus généralement les sculpteurs d'Ægine paraissent avoir été, avant tout et malgré tout, des fervents de la statuaire, portant jusque sur les frontons leur amour du plein volume, obstinément fidèles aux rondeurs de la ronde bosse, même quand il les fallait moins rondes

BigciocraPHiE: Voir Furtwængler, Beschreibung d. Glyptothek zu München (2° éd.), n° 84 ; Rayet, Mon. de l'art antique, [, pl. 23 (notice

de Collignon)

ne

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