‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 14 sur 91 · APOLLON FIGURE DE FRONTON À OLYMPIE · texte numérisé non relu

APOLLON FIGURE DE FRONTON À OLYMPIE

Statue trouvée à Olympie en plusieurs fois, 1876, 1877 et 1879. — Musée d'Olympie. — Marbre. — Hauteur totale primitive (avec la plinthe), environ 3 m. 10. — Vers 465-460 av. J-C.

ous sommes à Olympie, devant la façade postérieure

N du grand temple de Zeus. À 16 mètres de hauteur, se développe,sur une longueur de plus de 26 mètres,

un fronton sculpté. La scène représentée déborde de fougue et de violence ; car le motif en est ce fameux repas de noces du roi lapithe Peirithoos, auquel les Centaures avaient été invités, et le moment choisi est la fin tuultueuse et sanglante du repas, le moment, comme dit

Mathurin Régnier :

Où les Centaures souz, au bourg Athracien, Voulurent, chauds de reins, faire nopces de chien.

Mais, au milieu de cette (chiennerie » et de cette tuerie, se dresse l'Archer divin, Apollon, qui, d'un grand geste impérieux du bras droit, semble vouloir commander au tumulte et apaiser la tempête déchaînée. Il vient de surgir, par une apparition soudaine ; non pas quil se manifeste matériellement à ceux qui l'entourent : comme l'Athéna des frontons d'Ægine, il leur demeure invisible, et son action seule va révéler sa présence.

Il se tient très droit, presque sans autre mouvement que celui de son bras étendu et de sa tête, laquelle est tournée dans le même sens que le bras, en sorte que le regard prolonge le geste. Un léger fléchissement de la jambe gauche sur le genou, par quoi est déterminé un déplacement de la ligne des hanches avec un insensible désaxement du torse, met dans le bas du corps juste ce qu'il faut d'animation pour qu'il n'y ait pas disharmonie avec l'allure agissante des parties hautes. Notons encore la correspondance par croisement (chiasmos) entre les quatre membres : comme le bras droit et la jambe gauche se répondent pour le mouvement, pareillement pour

l'immobilité se répondent la jambe droite raidie et le bras

BIBLIOGRAPHIE : Voir Olympia, III : Treu, Bildwerke in Stein, p. 69.

gauche abaissé, qui portait jadis l'arc (en bronze), à moitié visible. La couleur, dont il subsiste quelques traces, avait ici une remarquable valeur d'effet. L'himation, négligemment enroulé, était rouge foncé : le dieu était donc comme adossé à ce rouge, qui venait verser ses plis par dessus l'épaule droite, les ramenait autour du bras gauche et les répandait enfin de là jusques aux pieds. Rouge aussi, selon l'usage, était la chevelure, sur laquelle posait une couronne ou un bandeau d'or. Cette œuvre, si on en considère l'esprit, ne respire que calme et grandeur. Qu'on la compare à |’ Apollon du Belvédère, qui s'avance d'un pas ardent qui brandit son arc, de qui la draperie claque au vent, de qui la chevelure s'agite savamment et dont les lèvres sont frémissantes d'impatience : belle statue passionnée, mais dont le romantisme est absolument étranger à l'âme de l'Apollon d'Olympie. Celui-là demeure impassible au milieu de la tuerie ; le grand geste qu'il étend au-dessus de la houle semble y projeter le calme qui est en lui ; nul pli à son visage, nulle ombre sur ses traits : nous avons l'image de la force tranquille, de la simplicité unie à la dignité ; l'extérieur ne veut rien exprimer, sauf par un geste, des sentiments qui animent l'intérieur.

La figure, que deux forts tenons, placés à mi-hauteur, fixaient contre le tympan, était faite pour être vue de face, et seulement de face. Un rapide brettelé par derrière a indiqué les lignes principales de la forme, laquelle n'a pas toujours son exact volume. Ce n'est donc plus ici la ronde bosse bien tournante, que nous constations naguère aux statues des frontons d'Ægine (pl. XV). Admirons avec quelle heureuse liberté se mouvait alors la sculpture grecque, puisqu'elle pouvait, d'un atelier à l'autre, quasi dans le même temps, suivre vers un même but des voies si diverses.

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