‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 15 sur 91 · EURYTION, DÉIDAMEIA (ET PEIRITHOOS) GROUPE DE FRONTON A OLYMPIE · texte numérisé non relu

EURYTION, DÉIDAMEIA (ET PEIRITHOOS) GROUPE DE FRONTON A OLYMPIE

Groupe trouvé à Olympie en plusieurs fois. 1876 et 1877. — Musée d'Olympie. — Marbre. — Hauteur totale primitive (avec la plinthe), 2 m. 35. — Vers 465-460 av. J.-C.

ANS la légende que rappelle la précédente notice, le premier entre les Lapithes est Peirithoos, leur roi, de qui se célèbre le festin de noces ; le premier

entre les Centaures est Eurytion : la femme au premier rang parmi les femmes, la plus regardée, est Déidameia, l'épousée ; et vers elle naturellement, lorsqu'éclate l'orage, vers la femme du roi lapithe montent les violences du chef centaure. — Eurytion, Déidameia et Peirithoos formaient donc ensemble, au voisinage immédiat de la statue centrale d'Apollon (pl. XVII), un groupe de trois figures, auquel correspondait, de l’autre côté, un groupe semblable. Peirithoos, qui était debout derrière la croupe du Centaure, brandissant un large coutelas, a très malheureusement disparu, ou du moins il n’en reste que de rares fragments sans lien et insuffisants. Mais les deux figures d'Eurytion et de Déidameia ont subsisté en majeure partie.

Le Centaure s'est rué sauvagement sur la femme: il l'étreint d'une double étreinte, à la fois humaine et équine ; car, de son bras droit, il lui entoure le flanc et, plus bas, d'une de ses jambes chevalines de devant, il lui presse les cuisses et les attire contre lui. Sa brutalité a arraché le péplos sur l'épaule gauche, mis à découvert une partie de la poitrine, et sa main (ivre et nerveuse » s'étale sur le sein nu. Déidameia résiste de toutes ses forces ; son corps tâche d'échapper aux attouchements ; d'un coup de coude en plein visage, elle a frappé l'assaillant, cependant que ses deux mains à elle s'acharnent sur ses deux mains à lui pour les écarter. Eurytion avait sur sa tête chauve une couronne (rapportée en bronze), soit de lierre ou de vigne ; une barbe épaisse, jadis peinte, son visage. Déidameia est simplement

élargit gros

coiflée en bandeaux sur le front, et le reste de sa chevelure disparaît sous les replis d'un foulard (mitra), dont les extrémités viennent se nouer par devant. La lutte forcenée continue : il faut nous figurer au-dessus du groupe, le coutelas de Peirithoos qui se lève et coup de taille, il a ouver

brèche de

coule le sang rouge. Pour si

s'abaisse ; déjà, d'un grand

sur le crâne insolemment couronné une

15 centimètres de long, d'où

BIBLIOGRAPHIE : Voir Olympia, IL : Treu, Bildwerke in Stein, p. 72.

peu, l'étalon en folie ne dénouera pas son étreinte : il veut assouvir son rut, d'abord ; il succombera sans avoir lâché sa proie, la pressant encore sous ses mains serrées et ses sabots levés, obstiné dans son attaque autant qu'elle dans sa défense. Mais combien paraîtra surprenante aux personnes mal informées de l'art grec la physionomie de cette femme violentée, qui d'une part déploie tant d'énergie physique et d'autre part a dans ses traits un aspect insensible. Car son beau visage, conservé frais et intact, n'est traversé d'aucune émotion. On serait bien excusable, s'il avait été mutilé, de se le figurer hurlant de colère et d'effroi. Non : au plus chaud de l’action, il garde sa froideur, comme celui d'Apollon (pl. XVII) surgissant dans la tempête garde son calme. Ce n'est point là chose exceptionnelle. La sculpture grecque, qui avait tout à inventer, progressa par étapes. Au temps des frontons d'Olympie, et plus généralement au V® siècle, elle n'a pas encore détaillé et étudié le visage, pour en faire le lieu d'une expression morale. La tête forme un ensemble qui obéit, ainsi que le bras par exemple, à l'action du corps ; mais, dans cet ensemble, les traits du visage demeurent immobiles.

Le groupe, fixé au tympan par deux gros tenons, est une façon de haut-relief, qu'on aurait exécuté à part et découpé avant de J’ajuster contre un fond. Seules, les parties hautes des deux figures sont détachées, mais le corps de cheval est tranché net par derrière et n'a que la moitié de l'épaisseur. Certaines incorrections sautent aux yeux ; mais convient-il de les traiter comme des fautes, et croit-on que ce soit par négligence ou ignorance que le sculpteur a fait l'épaule droite d'Eurytion plus large que la gauche et qu'il a enroulé la jambe chevaline en façon de lierre autour des cuisses de Déidameia? Ce n'est pas l'auteur du Moïse et de la Nuit ou l’auteur de l'Ombre et des Bourgeois de Calais qui feraient entendre ici une Michel-Ange Rodin

certains cas telle déformation du vrai peut se révéler préfé-

protestation. et savaient qu'en

rable à une reproduction servile et aboutir à un rendu plus

pénétrant et saisissant de la vie.

PLANCHE XVIII EuryTio:

HÉRACLES

ETeASTIEAS

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