MÉTOPE DU GRAND TEMPLE A OLYMPIE
Métope trouvée à Olympie en 1876. — Musée d'Olympie. — Marbre. — Hauteur, 1 m. 60. — Vers 465-460 av. J.-C.
A tige vivace des légendes mythologiques, dans la LL Grèce ancienne, s'étendait en rameaux innombrables qui, eux-mêmes, se ramifiaient le plus souvent en de nombreuses variantes. Ainsi, le voyage d'Hercule, en quête des merveilleuses pommes d'or, était particulièrement chargé d'aventures ; puis, au moment final, se présentaient encore plusieurs versions, selon qu Hercule avait pénétré ou non dans le jardin secret, gardé par les Hespérides, selon qu'il avait de sa main cueilli les pommés ou les avait fait cueillir par Atlas. Car, dans la même région, aux confins du monde, où croissait le pommier de miracle, Atlas accomplissait la peine éternelle dont Zeus l'avait frappé, de porter sur son dos le poids de la voûte céleste. Et Atlas, que certains disaient être le père des Hespérides, serait allé chercher les pommes, cependant qu Hercule, à sa place, prenait sur ses épaules le poids du monde. Nous allons voir avec quelle belle franchise et quelle sincérité directe le sculpteur a traduit dans le marbre cette forme de la légende.
Trois figures debout, parallèles l'une à l’autre. A droite, Atlas revient du jardin et présente à Héraclès dans ses deux mains les pommes qu'il a cueillies. Héraclès, jambes jointes, corps raïdi, a sur les épaules et la nuque un gros coussin plié en deux qui lui adoucit le faix ; mais ce faix est lourd à porter : cela se reconnaît à la tête penchée et au geste des deux mains levées , tendues à plat le long du coussin, qui tâchent à soulager un peu. Aussi voit-on, derrière, Athena (jadis reconnaissable à la lance dans la main droite) qui lève également sa main gauche et l'appuie au bord de la voûte céleste, afin d'aider le héros dont elle est la protectrice. Atlas et Héraclès sont nus ; Athéna est vêtue du péplos ouvert, avec repli. Les chevelures et les barbes étaient autrefois
peintes et n'avaient pas l'apparence massée d'aujourd'hui :
BIBLIOGRAPHIE : Voir Olympia, II : Treu, Bildwerke in Stein, p. 173.
une couleur, qui tranchait sur celle des cheveux, était réservée au bandeau ceignant le front d'Atlas et, pareillement, au petit saccos enfermant le chignon d'Athéna. Le coussin et les pommes avaient aussi leur couleur propre. Enfin, on peut supposer, sur le champ de la métope, par dessus les mains levées d'Héraclès et d'Athéna, une indication de la voûte céleste par un étroit segment de cercle, peint en azur et constellé d'or.
La scène est d’une clarté parfaite. Héraclès, le personnage principal, occupe le milieu ; immobile sous le faix, il en éprouve la lourdeur ; même, le geste charitable d'Athéna souligne à nos yeux qu'il s'agit d'un très dur travail. Dans les douze métopes d'Olympie, consacrées aux travaux d'Hercule et qui sont donc une glorification du héros, celui-ci apparaît toujours comme un bon ouvrier qui n'a pas trop de toute sa force, un vaillant qui ne craint pas, mais qui connaît pourtant la fatigue. La métope du lion, par exemple, le montre après sa tâche accomplie, presque épuisé, à bout de souffle, appuyant sa tête sur sa main avec accablement. Il y a là un réalisme franc, solide et sain, sans excès ni parti-pris, qui dit les choses comme il les voit et les voit comme elles sont. L'exécution, plus attentive et soignée que celle des frontons, ainsi qu'il convenait à de petits tableaux peu nombreux, disposés à l'abri sous un plafond de portique, demeure sobre, serrée et ramassée, en parfaite harmonie avec l'esprit réaliste de la conception. Un grand artiste, ici, a évoqué dans son imagination deux hemmes de profil, deux admirables corps nus ; il y a joint une troisième figure de face, une femme que vêt, avec une dignité achevée, le péplos le plus simple et le plus noble : l'œuvre est accomplie ; elle semble avoir poussé d'un seul jet, sans une hésitation, sans un repentir, et elle révèle soudain une fleur immortelle de grave
beauté.
PLancHE XIX HÉRACLÈS ET ATLAS.
HÉRACLES A MÉTOPE DU GRAND