JEUNE VAINQUEUR AUX JEUX STÈLE FUNÉRAIRE
Relief trouvé au cap Sounion en 1915. — Athènes, Musée National. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 61. — Vers 470-460 av. J-C
NE plaque de marbre haute, étroite, oblongue : U une seule figure en relief plat, représentée partie de profil, partie de trois quarts ; figure nue, ceignant sa tête d'une couronne ; par conséquent, un athlète vainqueur aux jeux : tel est le signalement sûr qu'on -peut donner de cette stèle, encore qu'elle soit mutilée et qu'il en manque la moitié inférieure. L'inscription qui y était gravée sur la plinthe n'indiquait très probablement que le nom de l’homme avec celui de son père. Les renseignements fournis par l'ensemble du monument étaient donc des plus sommaires ; tout juste de quoi faire murmurer au passant qui y jetait un regard : « Un tel, bon athlète, couronné au moins une fois >. Mais quand, comment, en quelle sorte de concours, il n'importe. C'est à ces linéaments généraux, sans nul détail individuel, que se bornait le plus souvent, à l'époque archaïque et au V° siècle, le mémento d'une stèle funéraire.
Ainsi, nous avons devant nous un athlète vainqueur, qui vient de recevoir la couronne et en ceint sa tête. Cette couronne (en bronze doré) n'existe plus, mais sa présence autrefois est attestée par les quelques trous de scellement forés sur les cheveux. Ceux-ci, serrés d’une fine cordelette, étaient, dans la partie supérieure du crâne, simplement massés, le pinceau se chargeant de les achever ;au-dessous de la couronne, ils tombaient en courtes boucles ondulées recouvrant la joue à moitié ; puis, sur le devant du visage, ils étaient tous ramassés en un gros nœud au milieu du
BIBLIOGRAPHIE : Voir Éphiméris arch. (en grec), 1917, p. 204 (Staïs).
front. Le profil descend droit, très pur ; l'œil, encore de face selon la convention archaïque, n'a pourtant rien de choquant ; ün insaisissable sourire éclaire à peine la bouche. Le jeune homme se tenait immobile, tourné vers sa droite, les jambes de profil, le ventre et la poitrine de trois quarts, le bras gauche pendant inoccupé, le bras droit relevé et replié, la main au front n'ayant pas fini d'y fixer la couronne. Son corps est un modèle de plein développement athlétique ; les pectoraux sont nettement découpés, la poitrine ample et capable d'aspirer puissamment : une vigoureuse sailhe au-dessous du rétrécissement de la taille marque l'insertion du muscle grand oblique sur la crête iliaque ; le cou est fort, les épaules larges et bien sorties. Cette chair nue est rayonnante de vie, de santé, de beauté. Mais tant de beauté paraît s'épanouir à l'insu de celui-là même qui en est paré. Constatons, en effet, avec quel air de modestie, de silencieuse discrétion, ce vainqueur arbore le signe de la victoire. Il y a, dans son attitude et dans l'inclinaison légère de son noble visage, je ne sais quoi de réservé, de retenu qui donne à l'acte fort simple qu'il accomplit une sorte de gravité morale. Un sentiment analogue flotte aussi, il me semble, sur l'athlète Westmacott (Londres, British Museum), copie d'un bronze où Polyclète avait représenté pareillement un jeune athlète vainqueur, ceignant sa couronne. À la beauté, à la pureté de ces formes nues s'a'oute ainsi une dignité intérieure qui les purifie et embellit encore.
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