‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 19 sur 91 · NAISSANCE D’APHRODITE RELIEF DÉCORATIF · texte numérisé non relu

NAISSANCE D’APHRODITE RELIEF DÉCORATIF

Relief en trois parties, découvert à Rome (villa Ludovisi) en 1887. — Rome, Museo Nazionale. — Marbre. — Largeur {en bas). 1 m. 41 ; 0 m. 72 ; 0 m. 70. — Deuxième quart du V® siècle av. J.-C.

LUSIEURS explications ont été proposées pour le P sujet principal. que reproduit la pl. XXII ; on ne peut guère ny pas reconnaître la naissance d'Aphrodite et le moment où la déesse émerge du flot, reçue et aidée par les Horés (Petit hymne à Aphrodite, 5). La pose penchée des deux Horés est évidemment provisoire et va être suivie d'un redressement de leur taille : elles soulèveront alors Aphrodite, qu'elles ont prise chacune sous une aisselle ; et celle-ci, de son côté, a agrippé des deux mains la nuque de ses deux aides, cependant que son effort d'ascension se marque nettement dans la musculature tendue et aplatie du ventre. Il s'agit donc bien d'une anodos, non pas hors du sol, mais hors de l'élément humide ; car les cheveux sont mouillés, ils collent au lieu de flotter ; et le vêtement aussi est mouillé, il adhère au corps de tous ses fins plis. Quant au linge pudique, que tendent en avant les deux Horés et qui servira dans un instant à sécher l'Anadyomène, c'est un accessoire, fourni par le sujet même, dont l'artiste a usé fort habilement pour voiler le bas du ventre.

Après qu'on a embrassé d'un coup d'œil cette composition si simplement ordonnée, où il semble que tous les détails, un à un, doivent se correspondre des deux côtés, c'est ensuite un plaisir savoureux d'analyser, au contraire, leur mille petites différences. Les Horés ne sont pas posées de la même façon sur les galets du rivage incliné. Elles ne sont pas vêtues de même : l’une porte le péplos de laine, qui laisse les bras nus S l’autre a le léger chiton de toile, qui s'agrafe le long du bras jusqu'au coude et dont la partie supérieure, tirée de bas en haut puis rabattue par-dessus la ceinture, fait une sorte de blouse

molle. Les bras des deux Horés ne sont pas également tendus et leurs coudes également infléchis. Le bras au premier plan, chez l'une et chez l’autre, rejoint les genoux suivant une ligne différente, et la main n'est pas au même niveau ni à la même distance relativement au corps d'Aphrodite, Enfin les plis du linge, sous chaque main, tirés autrement, tombent autrement. C'est un charme de découvrir ces menues variantes, où on ne sent jamais trace de recherche, mais qui sont les effets naturels de la vie. Nous avons fait déjà pareille observation à propos de la stèle de Pharsale (pl. IX) : comme il n'y a pas dans la forêt deux feuilles d'arbre pareilles, il n’y a non plus dans la vie deux êtres humains identiques ; et l’art grec créait naturellement de la vie. Il savait aussi y ajouter des finesses délicieuses. Considérons, en effet, l'adorable façon dont s'encadre le col d'Aphrodite entre les boucles inégales des cheveux ; puis l'apparition de cet ourlet supérieur de l'oreille, semblable, dans la masse humide de la chevelure, au bord d’une coquille perdue dans les algues d'un rivage. (N'est-il pas curieux de retrouver le même artifice de coquetterie dans la belle médaille florentine, parfois attribuée à Verrocchio, qui représente Nonnina Strozzi, femme de Bernardo Barbiggio ?) Etil y a encore la retombée légère, par dessus les deux bras tendus de la déesse, des emmanchures des deux Horés, emmanchure épaisse du péplos et emmanchure transparente du chiton.. Comme on comprend, en suivant du regard ces jolies choses, que les amateurs romains du siècle d'Auguste, et Auguste le premier, aient tant goûté les œuvres de l'archaïsme grec finissant, et faut-il s'étonner que pareil joyau ait été

retrouvé à Rome !

BIBLIOGRAPHIE : Voir Helbig, Führer in Rom (3° édit.), Il, n° 1286; Ant. Denkmeler, Il, pl. 6 et 7, p. 3 (Petersen); Arch. Jahrbuch, XX,

1911, p. 59 et p. 97 (Studniczke),

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