FEMME EN PÉPLOS OUVERT STÈLE FUNÉRAIRE
Relief de provenance inconnue : en dernier lieu à Venise, Palais Giustiniani-Recanati. — Musée de Berlin. — Marbre. —
Hauteur. 1 m. 42. — Vers 460 av. J.-C.
draperie dont s'ennoblissent les jeunes filles de la frise du Parthénon et les Caryatides de l'Érechtheion, se répartit, quand on l'examine théoriquement,
[ E développement du péplos, jusqu'à la magnifique
en plusieurs étapes successives. L'analyse si pénétrante de Léon Heuzey, dans son précieux chapitre sur le Péplos des femmes grecques, nous fait suivre tout le détail de ces étapes à partir du vêtement très primitif que portaient les jeunes Lacédémoniennes. Des gens, qui n'étaient pas de Sparte, reprochaient à celles-ci de marcher jambes nues et péplos ouvert : on les appelait phainomérides, « celles qui montrent leurs cuisses »: et un texte ancien précise : « Elles sont sans ceinture et sans chiton, et n'ont qu'un petit himation agrafé par une fibule sur chaque épaule ». Mais, continue Heuzey, les autres villes grecques n'avaient pas des coutumes aussi strictes. « Lorsqu'une femme avait obtenu par le tissage un rectangle d'étoffe de dimensions plus grandes que le maigre péplos des jeunes filles spartiates, elle était naturellement amenée à rabattre, sous la morsure des fibules, tout ce qui, dans le sens de la hauteur, dépassait sa propre taille. Le châle de laine, tout en restant ouvert sur l’un de ses côtés, se recouvrait ainsi lui-même dans sa partie supérieure ; 1l se doublait d'un vêtement de dessus plus ou moins long, mais tenant d'une seule pièce à la partie de dessous, sans aucune couture. De même, si les proportions en largeur excédaient aussi celles du buste, les bords libres retombaient le long de l'ouverture latérale en cascades de plis qui étoffaient singulièrement le costume. » Voilà une première étape. La stèle de Berlin nous en montre l'illustration parfaite.
Cette figure de profil, qui offre son côté droit, n'a point de chiton sous son péplos, et il n'y a pas de ceinture par dessus : le carré de laine, avec une fibule sur chaque épaule.
c'est tout. Mais l'étoffe était assez longue pour qu'on en rabattit une part, pour qu'on y fit un repli, d'où résulte en haut une double épaisseur. Je poursuis la description, en tirant du même chapitre de Heuzey les expressions les plus adéquates à l’objet : « Sur la gauche de la figure, du côté opposé à la grande ouverture latérale et à la chute de draperies qui s'y produit, on voit très bien comment la fibule laisse entre les bords du repli un passage de longueur suffisante pour que le coude y rentre à volonté et que l'avant-bras s'y appuie comme sur une large emmanchure. De ce côté, où la draperie est en partie fermée, sauf pour le passage du bras, les plis tombent de l'épaule en cercles ou plutôt en ellipses concentriques, et ne descendent qu'à mi-hauteur. Du côté droit, au contraire, l'ouverture totale du vêtement laisse la partie excédente du repli accuser ses angles par des spirales naturelles. »
Le péplos, si noble et si beau dans son extrême simplicité, fait l'intérêt principal de ce relief. Car, de sujet, il n'y en a pour ainsi dire pas ; du moins, ce n’est qu'un de ces motifs à peine définis qui sont d'usage dans les stèles funéraires : la jeune femme tient sur sa main gauche une boîte ronde, dont le couvercle est par terre, et son autre main en tire quelque objet, un collier peut-être (autrefois indiqué en couleur). Cette action semble n'avoir pour but que de provoquer un geste des deux bras, qui les sorte d'entre les plis du vêtement ; et l'essentiel reste toujours le calme péplos, sans mouvement, mais si vivant, plein de pudeur et de dignité.
La stèle est surmontée d'une superbe palmette, largement et grassement taillée, qui occupait à elle seule plus du quart de la hauteur totale. Quand des couleurs autrefois y brillaient. une puissante flamme décorative semblait surgir de la tête du petit monument.
BisiocraPHie : Voir Ant. Denkmaæler, 1, pl. 33, p. 20 (von Schneider). — Pour la draperie, voir Heuzey, Hist. du costume antique, chap. V.
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