‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 25 sur 91 · UNE DÉESSE “ VESTA GIUSTINIANI · texte numérisé non relu

UNE DÉESSE “ VESTA GIUSTINIANI

Même statue, vue de dos.

AISONS maintenant le tour de cette noble statue ;

voyons-la de dos, puisque nous n'en connaissons

encore que la partie antérieure; et revenons, à cette occasion, à ce péplos que nous devons trouver aussi beau par derrière que par devant. Oui, en effet, il est aussi beau, il n'est pas différent, et la déesse n'y apparaît pas avec une moindre noblesse. ;

Quelle grandeur peut rayonner d'une ordonnance si simple, quelle majesté peut résulter de l'union de cette sobre étoffe aux plis droits et d'une attitude calme et digne, voilà ce dont témoigne avec une autorité sans pareille la statue du Musée Torlonia. À son péplos, qui a la stabilité et la pureté de lignes d'une colonne dorique, s'ajoute seulement une légère calyptra, voile de tête, qui descend sur les bras jusqu'au coude et, par derrière, distribue ses plis sur chaque épaule suivant une ordonnance stricte et sévère, qui a quelque chose d'hiératique et n'exclut cependant pas la vie.

À présent, nous avons sous les yeux la déesse entière; nous pouvons revenir devant elle, pour lui jeter un dernier coup d'œil embrassant l'ensemble.

Immobile, elle dresse sa haute taille. Le cylindre cannelé de la partie inférieure du péplos laisse à peine deviner, par la saillie du ventre à droite, une légère inflexion de la jambe opposée : et, en effet, le talon gauche est un peu relevé. Le buste fier se modèle de façon

incomparable par le relief de quelques lignes sur le repli du vêtement. La main gauche tenait un sceptre, et le poignet droit s'appuie sur la hanche d'un geste volontaire et énergique. La tête, petite et fine, le paraît d'autant plus qu'elle n'a presque pas de front, par suite de l'avance des cheveux; tourné un peu à droite, le visage tend, hors de l’encadremen: de la calyptra, un regard net, une bouche fermée, une mine serrée et sévère. L'œuvre est divine et souveraine : comment la nommer? Son air d’austérité fit adopter pour elle autrefois le nom d'Hestia, la grave déesse du foyer : mais plutôt elle peut être une Déméter, voire une Aphrodite. C'est, en tout cas, une fière figure, la reine de cette petite troupe de statues du même temps, qui sont pareilles par le serré des formes, la sobriété du geste, la physionomie un peu dure et surtout le sens de la tenue et de la noblesse dans l'usage du péplos. Quelle que soit l’origine de ces sculptures, quels qu’en soient les auteurs, l'âme dorienne les a inspirées et toujours vit en elles ; l'esprit dorien s'y réfléchit comme enun pur miroir, Contemplons ce miroir avec respect, laissonsnous docilement guider par cet esprit : nous pénétrerons jusqu'au cœur de l'art grec. Il faut regarder la Vesta Giustiniani comme on fait la colonne aux droites cannelures d'un temple dorique contemporain : on y trouve le même genre de beauté haute et distante, un peu fermée, un peu

secrète, profonde et éternelle.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Friederichs-Wolters, Gipsabgüsse, n° 212. — Pour la draperie, voir Heuzey, Hist. du costume antique, chap. V.

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