FEMME NUE “ VÉNUS DE L’ESQUILIN
Statue trouvée à Rome, sur l'Esquilin, en 1874. — Rome, Palais des Conservateurs. — Marbre, copie d'un original en bronze.
— Hauteur (avec la plinth2), 1 m. 55. — Vers 450 av. J.-C. (date de l'original).
ETTE petite statue est, par certains côtés, une manière 6 d'énigme, dont la solution ne se découvre pas nettement. D'abord, l'auteur de la copie lui donna un sens que n'avait sûrement pas l'original. Il a ajouté les accessoires placés contre la jambe droite: ce coffret fleuri, dont on ne voit qu'une face, puis ce haut vase fin, imité d'un modèle en métal, sur lequel tombe et se répand la draperie. Autour de ce vase, dans l'étroit encadrement qu'a ménagé une savante disposition de l'étoffe; s'enroule le serpent égyptien (uraeus), le serpent d'Isis. Nous devons donc regarder vers les combinaisons plastiques issues du syncrétisme alexandrin et reconnaîtreici une /sis- Aphrodite. Mais une telle association était absolument étrangère au siècle qui vit naître l'original dont s'inspira, pour l'essentiel de son œuvre, l'auteur de la statue en marbre. Que représentait donc cet original? Il y a là une première incertitude, car le nom d'Aphrodite ne s'impose en aucune laçon, et peut-être aurait-on raison de préférer celui d'Atalante, la vierge guerrière et chasseresse, l'égale des héros et des plus vaillants athlètes, que des vases peints du v® siècle nous font voir nue, s'apprêtant pour l'épreuve. Cependant un doute reste possible.
Quel que soit son nom, cette femme est nue. Un foulard sur ses cheveux, des sandales sous ses pieds, font toute sa vêture. En cela consiste l'intérêt capital de l'œuvre. Car la nudité féminine dans la statuaire est chose inconnue au V° siècle ; or, avec cette statue, nous n'avons pas encore franchi le milieu de ce siècle. Les vases peints, la sculpture en bas-relief (pl. XXII), les petits
bronzes nous présentent quelques rares exemples
de femmes nues ; mais non la statuaire. L'original de la Vénus de l'Esquilin a été, autant que nous sachions, la première statue, purement grecque, représentant en ronde bosse la femme nue. Et n'est-ce pas chose deux fois fà-
cheuse, que nous ne puissions connaitre le nom ni la
BIBLIOGRAPHIE : Voir Ilelbig, Führer in Kom (G éd.), [, n° 939.
qualité d'une figure, qui est à ce point exceptionnelle et nous paraît même unique dans son temps?
Le poids du corps porte sur la jambe droite : la gauche est détendue, un peu ployée, le talon a quitté le sol : mais les deux jambes restent aussi rapprochées que possible, quasi collées l'une à l'autre. Le torse s’allonge en haut, par suite du mouvement des bras, tous deux levés, et s’activant au travail de la coiffure. Les cheveux sont peignés, rangés: il s’agit maintenant de fixer sur eux une mitra. La main gauche (conservée en partie) appuie sur le chignon, le maintient, cependant que la droite guide souplement le foulard, déjà roulé plusieurs fois autour de la tête et qui va bientôt venir s'appliquer contre le chignon et former poche pour le contenir. La tête, naturellement, se prête avec docilité au travail des mains sur elle et autour d'elle : c'est pourquoi elle s'incline en avant et sur la droite. Il n'y a là nulle intention de coquetterie : le mouvement de la tête est tout juste une suite du mouvement des bras, et son inclinaison est en rapport exact avec l’obliquité de la ligne des épaules. Le corps développe les qualités d'une belle plante humaine, vigoureuse, pleine de sante et de force. Mais cette force semble se ramasser au lieu de s'épanouir ; elle a quelque chose de serré et de condensé. Les petits seins durs, très espacés, ne commandent point la forme de la large poitrine ; plus bas, le contour des hanches accuse à peine un léger renflement. La chair na rien de coulant, de « souef », comme disait le vieux trançais ; elle aurait plutôt la verdeur d'une chair d'éphèbe, durcie par la palestre. C'est nudité féminine (chose si rare pour l'époque !), mais sans le vrai physique féminin, sans les fines douceurs et les charmes souples de la chair féminine. Tant de fermeté pleine et serrée dans les lignes de ce corps : d'autre part, tant de fixité dans les traits de ce visage, tant de calme dans cette physionomie : l'harmonie de l’ensemble est irréprochable