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LE CONSEIL DES DIEUX DÉTAIL DE LA FRISE DU TRÉSOR SIPHNIEN A DELPHES

Relief trouvé à Delphes (avec le reste de la frise) en 1894. — Musée de Delphes. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 65. — Dernier tiers du VI® siècle av. J.-C.

A frise du Trésor Siphnien déroulait, sur les quatre côtés de l'édifice, quatre sujets différents. Ceux de l'Est et de l'Ouest étaient empruntés à la légende

troyenne. À l'Ouest, il s'agissait d'un combat dans la plaine, où allaient s'engager les dieux. A l'Est, la bataille se livrait entre Ménélas suivi d'Ajax et Hector suivi d'Énée pour le cadavre de Patrocle, cependant qu'en haut de l'Olympe «les dieux, assis auprès de Zeus, discutaient entre eux » (Iliade, IV, 1). Le sculpteur n'avait point charge, bien entendu, de traduire avec fidélité le récit homérique ; il s'en inspirait seulement et 1l était repris aussitôt par les exigences de la forme matérielle. Les dieux, qui discutent de loin et de haut sur le sort des combattants, sont figurés ci tout proches des guerriers et nécessairement au même niveau : c'est à nous d'isoler la scène et de la reporter, au-dessus de la plaine sanglante, sur « le plancher d'or» de l’Olympe. Les dieux sont montrés assis sur une seule ligne, se masquant la vue l'un à l'autre : c'est à nous d'infléchir leur alignement et de nous les représenter formant un demi-cercle autour de Zeus qui les préside. — La hiérarchie divire se marque par le choix des sièges. Zeus, le maître, a un large trône ; les autres n'ont que des tabourets. Ce trône, à haut dossier, a son accoudoir de droite (le seul visible) supporté par de petites figures où l'on reconnaît une femme affolée que poursuit un Satyre gaillard ; ces figurines, hautes de 0 m. 07 à peine, en partie détachées et en partie taillées à relief contre le dieu même, sont des plus amusantes. Les tabourets, garnis, comme aussi le trône, d'un coussin plat, ne sont pas du tout pareils : les pieds, verticaux dans les uns, se croisent dans les autres en diagonale, et leur forme indique ici limitation de pieds en métal et là de pieds en bois. Variantes heureuses, qui ne tirent point le regard, mais suffisent à lui épargner une impression monotone.

Zeus est donc au sommet du demi-cercle formé par

l'assemblée. Il avait devant lui, assise sur un petit tabouret,

la jeune Hébé (presque totalement détruite) qui se retournait et lui posait familièrement la main sur ses genoux. A sa droite et à sa gauche étaient de chaque côté quatre divinités : à droite, Apollon, Artémis et Léto, puis Arès, dieux du parti Troyen ; à gauche, les déesses du parti Grec, Héra (de qui il ne reste pour ainsi dire rien), Athéna, puis Déméter et Coré. Zeus entendait les récriminations d'Héra, qui avaient aussitôt leur effet, en sens contraire, dans l'un et l'autre clan : Athéna se retournait vers Déméter et Coré qui lui parlaient vivement, cependant qu'Artémis et Léto n'étaient pas moins animées avec Apollon et qu'Arès faisait le mouvement de se lever. Même agitée, la scène aurait pu paraître froide, et ces neuf ou dix figures assises en ligne risquaient de se ressembler beaucoup, parce que nous sommes à une époque encore où tant les gestes que les costumes et les coiffures gardent une raideur compassée. Mais que de souplesse déjà, malgré la persistance des anciennes servitudes ! Que de fines variantes dans l'arrangement des chevelures et des vêtements ! Que d'adresses légères dans ces figures qui, d'un clan à l’autre, s'opposent ! Égide d'Athéna et bouchier d'Arès ; puis (pour citer quelques détails disparus, mais certains) lance d'Athéna et lance d'Arès, sceptre de Déméter et arc d'Apollon, de part et d'autre du sceptre royal de Zeus; Apollon se tournant et s'offrant de dos, Athéna se tournant et s’offrant de face : gestes animés du groupe Artémis-Léto, répondant à ceux du groupe Démster-Coré !.. On trouve là ce mélange savamment dosé de ressemblances et de différences, par quoi l'art grec a toujours, dans ses grandes compositions, sauvé la symétrie en évitant la monotonie. L'habileté du sculpteur consiste notamment en ce qu'il a su distribuer ces ressemblances dans chacun des deux groupes opposés, de façon qu'elles ne fussent pas simple répétition, mais plutôt un rappel, un écho. À saisir toutes les subtiles nuances de ces échos répétés, l'esprit goûte une vive jouissance.

BiBLiOGRAPHIE : Voir Fouilles de Delphes. IV, pl. 11; Poulsen, Delphi (éd. anglaise), p. 120.

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