‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 4 sur 91 · SCULPTURES · texte numérisé non relu

SCULPTURES

STATUE ARCHAIQUE DE FEMME

Statue trouvée sur l'Acropole d'Athènes en 1888. — Athènes, Musée de l’Acropole. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 92. — Vers 500 av. J.-C.

NTRE toutes les dames archaïques assemblées dans la salle centrale du Musée de l’Acropole, il en est une qui attire en général la préférence des visiteurs;

on me pardonnera de dire qu'elle est restée particulièrement chère au souvenir de celui qui, le premier, l'a fait connaître hors d'Athènes. Elle ne se distingue du gros de ses compagnes par nul détail singulier, ni dans l'attitude ou le geste, ni dans le costume ou la coiffure. Mais son visage a une expression ravissante. Modelé avec une suprême délicatesse, caressé par un ciseau qui lui a communiqué le moelleux de la chair, il apparaît tout pénétré d'une fine et douce vie morale. La bouche sourit d'un sourire léger, que l’on sent plutôt qu'on ne le voit, qui ne fait qu'éclairer la physionomie sans l'épanouir : et ce sourire tout intérieur est en complète harmonie avec le calme modeste des yeux baissés, à demi voilés par les paupières. Les joues, délicieuses de jeunesse, fraîches et candides, semblent participer aussi à cette douceur recueillie de la bouche et du regard. Tout cela fait un charme exquis et pénétrant, d'une qualité très rare dans la sculpture archaïque. Car les autres dames, habituellement, ont le visage levé avec fermeté, le regard droit et fixe ; une lumière nette et sans mystère émane de leur être ; il n'y a rien en elles de recueilli, de modeste, de secret. Puis, elles dressent leurs seins gonflés, comme le signe d'une force de vie éclatante. Au contraire, rotre petite coré a, sous un cou un peu long, une poitrine quasi plate, et cette maigreur éveille une idée de grâce fragile, qui s'allie heureusement avec la finesse tendre du visage.

Certaines personnes, promptes à saisir de vagues ressemblances, sont allées jusqu'à s'exclamer : « On dirait d'une sculpture du Moyen Age! C'est une sainte de notre x siècle ! On trouverait sa pareille dans telle cathédrale ! » Laissons-la dans son temps et ne lui prêtons pas des sentiments étrangers à son temps. Ne songeons pas non plus à voir dans cette coré un portrait. C’est une des nombreuses figures féminines où l'art grec s'efforçait d'atteindre à toujours plus de vie et de beauté dans une représentation anonyme et impersonnelle de la femme. À cette conception purement grecque ressortissent toutes les figures de corés. Aucune d'elles n’est un portrait, encore que les traits particuliers y soient nombreux, le sculpteur s'appuyant toujours sur l'observation de la nature. Des traits individuels existent donc ; mais avec cela il n'y a aucune figure qui représente une personnalité : aucune n'a été faite d'après un modèle déterminé, à seule fin d'exprimer l'être intérieur de ce modèle, ce qui est l'essence du portrait.

On aimerait, cependant, faire ici une exception et retrouver dans cette si charmante statue l'effigie véridique, authentique d'une Athénienne. On aimerait pouvoir se dire, par exemple, que le sculpteur avait près de lui, dans sa propre fille, ce type de beauté frêle et douce, modeste et recueillie, et qu'il a voulu reproduire son fin sourire et ses yeux baissés;: du moins se serait-il inspiré de ce visage aimé et en aurait-il transporté dans son œuvre les principaux caractères... Mais cela n'est que

rêve.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Dickins, Catal. Acropolis M., n° 674; Lechat, Au Musée de l'Acrop. d'Athènes, p. 279, pl. | et 2. — Pour la draperie,

voir Heuzey, Hist. du costume antique, p. 12-18, 212-220.

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