‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 31 sur 91 · UN POËTE · texte numérisé non relu

UN POËTE

Statue de provenance inconnue. — Paris, Louvre. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans la plinthe ),

1 m. 68. — Milieu du V® siècle av. J.-C. (date de l'original).

NTRE tant de figures impersonnelles et idéales,

FE hommes ou dieux, qu'a produites la statuaire grecque dans la première moitié du v° siècle, un portrait, une statue-portrait est un fruit des plus rares. Considérons donc avec intérêt le marbre du Louvre, qui représente un porte-lyre, passant devant nous, sa lyre à la main. C'est un homme de taille plutôt courte, d'âge mûr, bien en point, qui s’achemine d'un pas assuré et rapide. Il est vêtu d’un himation drapé de la façon suivante : un pan, posé sur l'épaule gauche, retombe par devant et sur le bras gauche : puis le reste du vêtement, tiré de derrière en avant, contourne le flanc droit, couvre le ventre, est rejeté enfin sur l'avant-bras gauche. Restent nus, par conséquent, les trois quarts de la poitrine et le haut de l'épigastre, ainsi que l'épaule et le bras droits. Les pieds sont chaussés de jolies sandales, avec deux languettes pour protéger le talon et le cou-de-pied, une large bande par-dessus les orteils, puis un entrecroisement de lanières qui s’achèvent en long nœud souple. Tous ces détails charment par leur élégance aisée et fine. La lyre que tient la main gauche a la forme ordinaire, celle d'une carapace de tortue, que prolongent deux minces cornes divergentes, un peu incurvées ; mais on doit, par la pensée. ajouter autour de la caisse sonore divers compléments, le chevalet ou joug, les cordes, etc.., peut-être aussi le petit plectron, maintenu par un cordonnet. Ces menues choses avaient été l'objet d'un soin délicat : et il ne faut pas douter que, dans la statue originale, la lyre entière ne fût dorée, comme aussi les courroies et pièces enjolivées des sandales. La tête du personnage offre au jugement un petit problème malaisé. Car il est certain que, en cette partie, le copiste n'a pas reproduit fidèlement son modèle. Pour quelque raison et sous quelque influence qu'il ait agi.

sûrement 1l a modernisé la tête ; 1l y a introduit des traits que ne connaissait pas encore l’art du V® siècle. Nos yeux doivent tâcher de la voir sous un aspect plus généralisé, je dirai même plus schématique, moins voisin du caractère individuel, plus conforme en somme au type de certaines têtes, à longue barbe et cheveux courts, de la période dite de «style sévère », comme par exemple le « Phérécyde » de Madrid.

Et maintenant, où va-t-il, ce poète à la démarche allègre ? Il semble pressé d'arriver. Empruntant le geste fréquent des figures féminines archaïques qui relèvent d’une main leur chiton trainant, il a pris lui aussi quelques plis de son himation et il les relève un peu de la main droite pour mieux dégager sa marche. Ce n'est plus tout à fait le geste coquet et gauchement maniéré des anciennes corés, c'est un geste naturel pour écarter la gène possible du vêtement. Par là, comme d'ailleurs par toute son allure, la statue du Louvre rappelle la petite Artémis de Pompéi au Musée de Naples, cette jeune personne si vive, si alerte, que l’on imagine se faufilant avec prestesse par les rues étroites que remplit la foule. Et peut-être les deux artistes, auteurs de l’une et de l’autre statues, ont-ils obéi à la même inspiration : représenter, après tant de figures immobiles, une figure se mouvant, ayant sauté (dirai-je) à bas de son piédestal, et marchant, et heureuse de marcher. Quant à désigner un but à cette marche, cela est impossible; ira-t-on supposer que le poète s'empresse vers une assemblée réunie pour l'entendre, qu'il se dirige avec sa lyre d'or vers la tribune d’où ses chants s'épandront?... Et nous ne saurions davantage déclarer ni seulement soupçonner qui était ce poète ; toute indication d'ordre iconographique fait défaut. Qu'il serait bon de pouvoir — mais on ne le peut — nommer Pindare |

BigLiocRAPHIE : Voir Wien. Jahreshefte, III, 1900, pl. 1 et 2, p. 78 (Wolters),

Page 1