DISCOBOLE (ŒUVRE DE MYRON
Même statue, vue de dos.
Nous devons exprimer ici à M. Paribeni, directeur des Antiquités et aussi conservateur du Musée des Thermes (Musec Nazionale
Romano) et à M. le directeur du Cabinet photographique du Ministère de l'Instruction Publique, notre très vive reconnaissance
pour la façon si gracieuse avec laquelle ils nous ont procuré, pour rotre publication, cette belle et très rare photographie de la
vue de dos du Discobole restauré aux Thermes. Nous les prions donc de bien vouloir agréer nos remerciements, que nous souhaiterions plus chaleureux encore : et il est bien entendu que cette image demeure leur propriété exclusive.
OICI encore une statue vue de dos, une des plus intéressantes qui soient et des moins. connues tournée de cette façon. Car c'est ainsi qu'il fau-
drait considérer d'abord le Discobole de Myron. Nulle part on ne voit mieux s’étaler, a-ec tant de violence et de frénésie, l'élan formidable.
L'athlète est représenté balançant, pour le jeter, le lourd disque de bronze. Lecorps porte sur la jambe droite, dont le pied s'appuie au sol, ou mieux s’y agrippe de ses orteils crispés ; le genou se ploie, tourne, comme une charnière assouplie, docile aux moindres impulsions, soit qu'il s'agisse de s'abaisser ou de se relever un peu. Le bras droit vient de se tendre en arrière, il va immédiatement se détendre en avant et lâcher le poids. C’est donc à droite que toute la force agit, dans la jambe droite, pour fixer solidement le point d'appui, dans le bras droit pour l'énergique détente de la machine entière. Le reste du corps est passif, se soumet sans résistance à ce que les membres de droite exigent de lui: la jambe gauche, allongée derrière, traîne par terre le bout de ses orteils : le bras gauche, quasi inerte et mort, suit par réflexe les
mouvements du bras actit : la tête enfin se tourne, obéissante, du côté où le veut l'effort du moment. L'unité est parfaite ; tout, dans ce corps violemment animé, concourt au même but. Comme ces membres, qui semblent, si on peut dire, suivre chacun son instinct, se répondent le bras droit allongé en arrière, et pareillement la jambe gauche : le bras gauche ramené en avant, et pareillement la jambe droite ! Quel subtil calcul a déterminé, quand on regarde
bien l’un à l’autre par un savant chiasmos :
la statue de face, cette suite de quatre grands angles qui se succèdent : l’un formé par le bas des deux jambes, le second par le bas de la jambe gauche et la cuisse droite, les deux derniers par chacun des bras respectivement avec le torse ! Enfin, quel équilibre justement mesuré, exact et nuancé, quelle symmetria et quelle eurythmia dans cette figure tourmentée, tordue, qu'un vent de tempête paraît rouler sur elle-même ! C'est par derrière qu'on a le sentiment le plus net du grand effort qui s'accomplit : on voit clairement que l’homme a atteint la limite du possible, et que, si le disque s’échappant nele relève aussitôt, il va tournoyer et tomber.