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ŒUVRE DE MYRON) STATUE DU GROUPE “ ATHÉNA ET MARSYAS

Statue découverte à Rome en 1884. — Musée de Francfort. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans

la plinthe), 1 m. 73. — Milieu du VE siècle av. J.-C. (date de l'original).

ANS l'œuvre abondante de Myron, les représenta- D tions féminines tiennent peu de place. Les textes

anciens n'en citent de lui pour ainsi dire pas, sauf une Athéna groupée avec Marsyas, sur l'Acropole d'Athènes. La statue de Marsyas nous est connue par une copie en marbre, au Latran ; celle d'Athéna, par plusieurs copies, également en marbre, dont la plus complète et la meilleure est à Francfort. L'ensemble du groupe a pu être reconstitué avec une grande exactitude, et voici quel en est le sens. Athéna, qui inventa la flûte double, vient à l'instant d'essayer ce nouvel instrument. Attiré, charmé par ces sons inconnus, le Silène Marsyas s'est approché en dansant. Soudain la déesse, ayant aperçu que ses joues étaient gonflées et ses traits déformés par la nécessité de souffler avec sa bouche, a pris la flûte en dégoût, l'a jetée sur le sol, et a déjà fait un mouvement pour s'éloigner. À ce moment précis, elle voit le Silène, elle devine son envie, elle sait qu'il va s'emparer avec amour de l'instrument mélodieux, mais haïssable : et alors, s'arrétant une seconde sans même se retourner tout à fait, elle semble, d'un geste de sa main gauche abaissée, renouveler la condamnation de la flûte, lui marquer son définitif mépris, tandis que, levant la lance dans sa main droite, elle est comme prête à bâtonner Marsyas. Et celui-ci s'arrête brusquement ; il n'ose braver en face la déesse, cependant que ses yeux ardents et fixes ne peuvent pas se détacher de la flûte convoitée, qui sera d’abord son orgueil et causera plus tard son malheur.

Elle est charmante, cette Athéna de Myron, et telle qu'on ne l’eût certes pas aitendue d'un sculpteur qui avait mis dans les sujets athlétiques toute sa complaisance. Son corps mince, ses seins à peine éclos, ses épaules presque menues font de la puissante Olympienne une délicate jeune fille. Oublions le casque : ce pourrait être la jolie et sérieuse Nausicaa, revenant d'une promenade aux

champs. À ses pieds sont liées d'épaisses sandales. Elle est vêtue d'un péplos ouvert, avec long repli et ceinture pardessus. Celle-ci a une importance qui ne lui est pas habituelle ; faite d'une large bande, elle est nouée par devant d'un gros nœud double, et les deux extrémités en retombent symétriquement sur le ventre. Disposition rare, qui reproduit, avec plus de souplesse, celle que nous avons observée dans l'antique « statue xoanisante » (pl. ID).

La hauteur de la tête est plus que doublée par la présence d'un casque, de la forme dite corinthienne. Ce casque d'une seule pièce, avec nasal et garde-joues fixes, est pour l'instant remonté et rejeté en arrière, comme le veut l'usage en dehors du combat ; et l’on croirait volontiers que, sous un tel couvre-chef, la jeune tête semblera écrasée. Mais non ; elle n’en est pas du tout surchargée et n'y perd rien de sa grâce. Bien mieux : au timbre du casque s'ajoutait un cimier qui le rehaussait encore ; et ainsi la taille de la frêle déesse arrivait à dominer celle de Marsyas. La chevelure, si peu qu’on en voie, a été l'objet de soins raffinés : elle se retrousse sur le front et sur la nuque et forme à ces deux places un gros rouleau ; puis, du rouleau frontal glissent et s'échappent de chaque côté deux boucles qui, après avoir sinueusement serpenté, retournent se cacher dans le rouleau de la nuque.

Belle statue, et séduisante, et surprenante. On dirait que Myron l’a tendrement choyée, comme une Benjamine tard venue au sein d’une famille qui ne comptait guère, jusque là, que de florissants athlètes. Il a donné à la guerrière Pallas des formes gracieuses d'adolescente : il l'a parée d'un charme subtil de jouvencelle. Une seule figure divine au v® siècle peut, je crois, lui être comparée pour son air de jeunesse : c'est, dans le fronton est du Parthénon, la jeune Iris, qui laisse à peine apparaître, sous l’étoffe qui lui couvre la poitrine, la naissante rondeur

de ses seins.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Arch. Jahrbuch, XXII, 1908, pl. 3 et 4, p. 125 (Sauer); Wien. Jahreshefte, XII, 1909, pl. 2-5, p. 154 (Pollak) ; Ant. Denk-

mæler, Il, pl. 9, p. 8 (Dragendo rf).

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