‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 36 sur 91 · ATHENA LEMNIA (ŒUVRE DE PHIDIAS · texte numérisé non relu

ATHENA LEMNIA (ŒUVRE DE PHIDIAS

Stalue reconstituée, de façon cerlaine, avec un corps et une téte, l'un et l'autre de provenance inconnue, qui ont appartenu à deux exemplaires différents. — Dresde, Albertinum (le corps) : Musée de Bologne (la tête). — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans la plinthe), 2 m. — Vers 450 av. J.-C. (date de l'original).

ERS le milieu du v° siècle, les colons athéniens de Lemnos consacrèrent sur l'Acropole d'Athènes une statue à Athéna. L'œuvre, en bronze, eut pour

auteur Phidias. Elle était fort admirée ; un texte paraît indiquer qu'elle avait reçu ce surnom éloquent : la Beauté même. Du moins, est-il certain que, pour sa tête, elle méritait des éloges particuliers. Lucien, qui fut homme de goût et connaisseur averti, la met d'abord toute sur le pinacle ; puis, précisant, vante les traits de son visage. Or, il existe à Bologne une tête de la plus rare qualité, qu'on n'avait pas beaucoup regardée encore ; on ne savait pas bien si elle était d’un homme ou d'une femme : d'aucuns y voulaient voir un éphèbe et d'autres une Amazone. Cependant, il y avait à Dresde deux grands corps d'Athéna portant l'égide, lesquels attendaient leur tête. Un jour (qui fut un beau jour), Furtwængler découvrit que la tête de Bologne et les deux corps de Dresde provenaient de trois copies d'après un seul et même original ; donc, la tête bolonaise était celle d'une Afhena. Puis, autour de ce noyau central, se développèrent maints raisonnements en vue de démontrer que la statue retrouvée était la Lemnia de Phidias. Tant que Furtwængler vécut, régna et tonna, personne presque, sauf M. Paul Jamot, ne contesta tout haut cette glorieuse attribution. Mais les contradicteurs sont devenus plus nombreux depuis la mort de Furtwængler. La question n'est toujours pas tranchée. Pour moi, sans y mettre de parti pris, puisqu'au

contraire mes réflexions m'ont parfois entraîné en des sens opposés, j'estime que, du grand coup d'éclat porté par Furtwængler, il reste autre chose que le bruit et la fumée.

Athéna est chaussée de sandales assez épaisses. Elle est vêtue d'un péplos ouvert, avec long repli et ceinture par-dessus. Son égide, agrafée à l'épaule droite, traverse la poitrine en biais. La ceinture, un simple cordonnet, passe sur l'égide même, de façon qu'elle serre à la fois celle-ci et la double épaisseur du péplos. La déesse avait dans la main gauche sa lance et dans la droite tenait probablement son casque. Il s’agit, par conséquent, d'une Athéna familière, qui vient de rentrer chez elle, peut-on dire, et déboucle son harnais. Elle n'a pas le bouclier : l'égide n’est plus qu’une élégante écharpe ; la lance, dans la main gauche, lui est un sceptre, non plus une arme : surtout elle a ôté son casque, découvert sa jolie chevelure et tout le contour de sa tête charmante. La tête vient de se tourner vivement à droite ; elle s'incline, avance un peu le délicat ovale de son visage, qui enchantait Lucien autrefois. Mais nulle expression passagère ne s'ajoute à l’adorable pureté de ses traits. La bouche, au dessin sûr, reste immobile, comme les yeux, enchâssés sous la ligne nette des sourcils. Ce qui apparaît sur la physionomie, c'est l’état d'âme permanent, l'âme même de la déesse : une âme de vierge que rien ne peut troubler, haute et fière, intangible ei sereine.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Furtwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, pl. 1-3, p. | ; Monuments grecs, 1l, n°* 21-22, 1893-1894, p. 23 (Jamot);

Rev. archéologique, 1895, I, p. 7 (Jamot).

ÂTHÉNA

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