CENTAURE
MÉTOPE DU PARTHÉNON
Métope du côté Sud, arrachée de sa place par lord Elgin en 1802. — Londres, British Museum; les originaux des deux têtes sont à Copenhague. (Tombées lors de l'explosion de 1687, les têtes avaient été recucillies alors par le capitaine danois Hartmand, qui appartenait à l'armée du Vénitien Morosini, et qui les envoua d'Athènes à Copenhague). —
Marbre. — Hauteur, ! m. 34. — Vers 440 av. J.-C.
14 pour chaque façade, 32 pour chaque long côté. Les motifs de la décoration avaient été empruntés à diverses légendes. Sur le long côté Sud, les 12 premières et les 12 dernières étaient consacrées à la bataille entre Lapithes et Centaures, ces deux séries se trouvant séparées par 8 métopes inspirées d'une autre histoire. Le hasard
I Es métopes du Parthénon étaient au nombre de 92:
de la destruction ne nous ayant guère laissé que des métopes avec figuration de Centaures, on oublie aisément les détruites et parfois on imagine d'après ce type toutes les métopes du Parthénon. L'erreur est grave, puisque 24 seulement, sur les 92, concernaient les Centaures. Celle de notre planche était la 29€ dans les 32 du Sud, en partant de l'angle Sud-Est.
L'histoire qui a fourni à cette succession de métopes est celle des noces de Peirithoos, que nous avons déjà rencontrée au fronton Ouest d'Olympie (pl. XVII et XVIID)- Mais, tandis que sur un fronton prend place la mêlée entière, elle ne peut. dans une suite de petits tableaux espacés, que se morceler en scènes séparées. Chaque
donc un Centaure d'abord puis
métope présentait une seconde figure qui était, de loin en loin, une femme qu'il saisit et violente, mais, le plus souvent, un Lapithe contre qui il combat. Disposition simple et heureuse : la présence partout du Centaure rappelant incessamment la nature de la légende, cependant que son attitude, ses gestes, sa prise avec l'adversaire mettaient d'une scène à l’autre une variété toujours nouvelle. D'’en bas, tout était lisible, sans confusion, puisque deux figures seulement occupaient la scène : mais l'une de
ces figures était le Centaure, avec sa double forme équine et humaine, avec son puissant corps de cheval son torse et
sur quatre jambes piaffantes, avec ses
bras d'homme animés par une action fougueuse. De
BIBLIOGRAPHIE : Voir, pour l'ensemble des sculptures du Parthénon,
là une vie ardente, multiplié, dont une vingtaine d'épisodes n'avaient pas encore épuisé tous les aspects.
Le Centaure, ici, tient au bout de ses bras levés et balance au-dessus de sa tête un gros vase, une hydrie qu'il a empoignée par deux des anses. Le marbre de cette hydrie devait autrefois être peint en bleu foncé, selon l'usage adopté pour la figuration des objets en métal. Nous comprenons tout de suite d'où vient cette arme improvisée. C'est un des ustensiles qui ont servi pour le festin des noces. Un second vase de grande taille, cratère ou amphore, gît renversé sur le sol, dans une autre métope. Il suffit de ces quelques notes rapides pour rappeler fort clairement la table du banquet à laquelle étaient assis, naguère, joyeux et buvant, les invités de Peirithoos, qu'un vent de folie a tout à coup jetés hors d'eux-mêmes. Devant le Centaure en fureur, un Lapithe est renversé et tâche vainement de se protéger à l’aide d'un bouclier. Déjà son adversaire le piétine, et sur son front va s'abattre la masse de bronze. Il paraît attendre le coup et son visage n'en est pas troublé, sa bouche seulement s’entr'ouvre un peu ; d'autre part, la face du Centaure n'a pas l'air habituel de sauvagerie ; la barbe, longue, n'est pas hirsute : les traits sont d'un homme, non pas d'une demibête. Cette scène, féroce, demeure enveloppée de beauté. La tête du Lapithe était ceinte d'une couronne (autre rappel du joyeux festin) : sa nudité lui est une noblesse ; le calme de son jeune visage a de la grandeur ; et surtout les lignes de la composition, toutes les lignes, celles du vaincu tombé par terre et celles du beau Centaure triomphant, s'accordent, par une secrète harmonie, afin de faire flotter sur l’ensemble, abstraction faite du sujet, un air de pureté, de sérénité. Pareille atmosphère entoure la plupart des métopes du Parthénon ; elle est très différente de celle qui baignait le fronton Ouest d'Olympie.
Michaelis, Der Parthenon : Collignon, Introduction au recueil de photo-
graphies puLlié par Boissonnas et Mansell, Le Parthénon, p. 28 ; Collignon, Le Parthénon, p. 129. — Pour les sculptures du Parthénon conservées et
British Museum, voir Smith, British Museum :
Mansell, pl. 28, et dans Smith, pl. 17.
The sculptures of the Parthenon. — La présente métope est reproduite dans Boissonnas au
ar
PLancHE XLI. LAPITHE ET CENTAURE Londres. British Museum. (Cl. Mansell.)