CAVALIERS DÉTAIL DE LA FRISE DU PARTHÉNON
Morceau de la frise, côté Ouest, encore en place au Parthénon. — Marbre. — Hauteur, 1 m. — Vers 440-438 av. J.-C.
ous le portique du Parthénon, le long de ses quatre S côtés, on voyait se succéder d'une façon continue l'immortelle frise. Elle avait une longueur totale de 159 m. 42 (21 m. 18 pour chacun des petits côtés, 58 m. 53 pour chacun des longs), et sa hauteur était de | mètre. Le relief, très plat, atteint à peine 0 m. 045 ou 0 m. 05 de saillie, sauf dans la partie supérieure, pour les têtes des hommes ou des chevaux, où il va jusqu’à O0 m. 055. Si on considère que la frise était placée à plus de [1 mètres audessus du pavé du portique et qu à cette distance le-relief paraissait d'autant plus aplati, on doit reconnaître qu'elle faisait exactement, autour du temple, l'effet d'un bandeau brodé ceignant une tête royale. Quel goût suprême d’avoir choisi une telle place dans l'édifice et, pour cette place, ce bandeau mince, développant par un glissement sans heurt sa brillante décoration peinte !
Le sujet de la frise était exclusivement athénien, emprunté à la grande fête des Panathénées. Cette procession solennelle, qu'Athènes menait périodiquement en l'honneur de sa patronne Athéna, Phidias eut la magnifique idée de la dérouler, comme hommage suprême à la déesse, sur son temple même. Mais, ce que lui offrait la réalité, il sut avec une étonnante maîtrise le remamier, le recréer à neuf, en modifier les éléments, pour en faire un hymne triomphal moins en l'honneur des dieux de la cité que de la cité même. Un des traits les plus frappants du cortège, tel que nous le voyons au Parthénon, c’est le rôle et le grand nombre des cavaliers. Périclès en avait récemment réorganisé le corps, l'avait porté à un chiffre jusque-là inconnu, l'avait mis au premier plan dans l'État : et Athènes était fière de ses cavaliers autant que de ses vaisseaux. Phidias alors, entrant dans les vues de Périclès son ami, sut donner par son art à cette brillante et caracolante jeunesse athénienne la plus splendide consécration. Ils sont là cent quarante environ, avec leurs montures pleines de feu, et ils occupent, eux seuls, le côté Ouest et une grande partie des deux longs côtés Nord et Sud. Tous ils sont jeunes, et leurs joues sans barbe sont des
joues de vingt ans. On en découvre deux seulement, je crois, barbus et d'âge plus mür. Ceux-là ne paraissent pourtant pas des chefs, ils ne conduisent pas la cavalcade : au contraire, ils sont parmi les derniers qui se mettent en mouvement, et l'un d'eux même n'est pas encore monté à cheval. C'est donc seulement le désir de varier un peu les physionomies qui leur a fait donner ce visage d'hommes faits. Mais, à part ces exceptions, la jeunesse brille sur toutes les têtes, et en cela seulement se ressemblent ces beaux cavaliers, qui, autrement, ont chacun son air et son allure propres, avec détails particuliers du costume ou de la coiffure.
En voici deux, pris au hasard. Ils vont partir ; ils n'ont pas encore rejoint le gros de la troupe, et ils n’ont pas encore leur monture bien en main. Le premier trait sur les rênes (celles-ci, comme la bride, étaient, suivant les endroits, indiquées en couleur ou rapportées en métal, et elles ont aujourd'hui disparu) : il a la tête nue, les jambes nues ; il porte, par-dessus son chiton, une cuirasse. Le second avait les rênes rassemblées dans la main gauche, et sa droite, étendue au-dessus de la tête du cheval, tient le manche d’un petit fouet (tout pareil à celui qu'on voit sur un relief archaïque de l’Acropole : pl. XII). Il est coiffé d'un casque de cuir, dont les garde-joue, inutiles pour l'instant, sont remontées de chaque côté du crâne et nouées ensemble; il est chaussé de hautes embades collantes, avec, sous le genou, un revers découpé en festons flottants ; il est vêtu d’un fin chiton, serré à la taille et relevé par une double ceinture, puis de la belle chlamyde agrafée qui couvre les épaules, mais dont le vent chasse par derrière les deux extrémités flottantes, si joliment appelées «les ailes thessaliennes ».. Ils vont, les deux brillants cavaliers, rejoindre leurs compagnons, et tous ensemble monter, non pas à l’Acropole où les chevaux ne pénétraient pas, mais, peut-on dire sans exagération, monter vers l'Olympe, vers l'éther élyséen, monter vers la gloire dans cette grave fête de l’art, conçue et réalisée
par Phidias.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Boissonnas et Mansell, Le Parthénon, pl. 81. — Pour le costume, voir Heuzey, Hist. du costume antique, chap. II.