PORTEURS D’'AMPHORES DÉTAIL DE LA FRISE DU PARTHÉNON
Morceau de la frise, côté Nord. abattu par l'explosion de 1687 et retrouvé en 1833. — Athènes, Musée de l'Acropole. — Marbre. — Hauteur, 1 m. — Vers 440-438 av. J.-C.
PRÈS les cavaliers nombreux et serrés, que leurs A petits chevaux paraissent soulever doucement en
cadence, venaient, sur les côtés Sud et Nord du Parthénon, d’autres éléments de la procession. Au Nord par exemple, quelques chars attelés à quatre ou à deux chevaux ; un groupe d'hommes, généralement âgés, qui devaient porter des rameaux verts : quelques musiciens, joueurs de lyre et joueurs de flûte ; des porteurs d’amphores et d'auges destinées à l'accomplissement du sacrifice prochain ; enfin les animaux mêmes de ce sacrifice, quelques moutons et quelques génisses avec leurs conducteurs. C'était la comme un échantillonnage, réduit à quelques figures seulement, des pelotons divers, parfois très importants, qui composaient le cortège entier. Ainsi, vers l'extrémité du côté Nord, à 8 mètres environ de l'angle Nord-Est, se voyaient ensemble quatre jeunes hommes allant à la file, chacun apportant une large amphore pansue, pleine de vin ou d'huile. Les trois premiers sont debout et marchent, le quatrième est momentanément arrêté et il se baisse sur le sol. Or, rien n'est plus passionnant que l'étude comparée des trois premières figures, et l'intérêt qu'elles excitent ne fait que croître, à mesure qu'on les examine.
La frise du Parthénon comptait plus de trois cent cinquante personnages humains, dont un certain nombre, il est vrai, sont perdus ; pourtant il en reste bien assez pour qu'on soit assuré que pas un dans cette foule ne répétait l'autre, n'en était le décalque ou la copie. Chacun était un individu et respirait sa vie propre, distincte de celle
du voisin : l'action pouvait être la même, l'attitude était différente ; le manteau pouvait être pareil et pareillement drapé, quelques plis suffisaient à lui donner un cachet personnel. Voila ce que démontrent à merveille les trois porteurs d'amphores. Ils sont de même taille, marchent du même pas, ils sont également jeunes et imberbes ; ils sont vêtus du même himation librement enroulé autour du corps ; ils portent de la même façon, sur la même épaule, en le retenant avec la même main par une anse, le même vase rempli et lourd. Ils sont donc identiques? Non ; ils accomplissent identiquement la même action, mais il n'y a pas en eux deux traits qui se répètent. Considérons l'inclinaison plus ou moins forte de la tête vers l'épaule droite, la ligne suivant laquelle le bras droit se détache du corps, le drapement de l’himation et le plus ou moins de nu qu'il laisse à découvert, la manière dont le bras gauche des deux premiers porteurs remonte légèrement vers l'amphore, tandis que le bras du troisième reste inactif sous la draperie qui le recouvre... Les différences, à mesure qu'on les regarde, deviennent plus saillantes. Non pas qu'elles soient cherchées ; nulle part ne s'aperçoit trace du moindre effort. C'est bonnement la vie ; et nous sentons, en effet, la vie individuelle de ces figures simples et magnifiques, auxquelles s'ajoute, derrière elles, au second plan, la rapide silhouette, tellement juste, du quatrième porteur, lequel a posé un instant son amphore, va la recharger et nous fait si bien comprendre, par la façon dont ses deux mains s'agrippent sur les anses, le vigoureux coup de reins qu'il devra donner.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Casson, Catal. Acropolis M., IL, n° 864 ; Boissonnas et Mansell, Le Parthénon, pl. 117.
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