‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 43 sur 91 · DIVINITÉS ASSISES DÉTAIL DE LA FRISE DU PARTHÉNON · texte numérisé non relu

DIVINITÉS ASSISES DÉTAIL DE LA FRISE DU PARTHÉNON

Morceau de la frise côté Est. abattu par l'explosion de 1687 et retrouvé en 1836. — Athènes, Musée de l'Acropole. — Marbre. — Hauteur, 1 m. — Vers 440-438 av. J.-C.

UR une des faces du Trésor Siphnien, à Delphes, le S sculpteur avait montré les dieux, assis autour de

Zeus, tenant conseil et discutant vivement au sujet des combats qui se livrent dans la plaine troyenne (pl. V). Phidias, lui, nous les montre assis au milieu de l'Acropole, calmes, sereins, tous d'accord, assistant au grand acte de foi et d'amour que la cité athénienne exhale vers le ciel. Les Invisibles ont quitté soit l'Olympe ou leurs temples de l'Attique, ils se sont réunis ensemble, ils ont pris place sur les sièges qu'on leur avait pieusement préparés. Ils seront présents tout à l'heure au sacrifice solennel, et déjà ils voient arriver la procession: On jugerait, au premier abord, que leur mise est un peu négligée, comme s'ils étaient venus sans avoir le temps de s'habiller avec soin et de se parer. Il faut prendre garde, cependant, que plus d'un attribut, rapporté en métal, a disparu aujourd'hui. Ainsi, Athéna tenait dans la main droite sa lance ; mais il est vrai qu'elle n’a ni casque, ni égide, ni bouclier, et que son vêtement, d'une suprême élégance d’ailleurs, semble plutôt un vêtement d'intérieur. De ce manque d'’apparat résulte un charme d'intimité, qui fait contraste avec la pompe des Panathénées ; et n'est-il pas délicieux de sentir que ces puissants dieux sont là, non pas en visite chez autrui, mais vraiment chez eux, comme si l'Acropole était devenue, pour l'instant, un autre Olympe?

Ils sont partagés en deux groupes qui s'opposent et dont chacun est tourné vers l'une des deux files de la procession. Le groupe qui regarde vers l'angle Nord-Est, vers les jeunes filles de la planche XLIV, comprenait les divinités suivantes : près du milieu, Athéna et Héphaistos, puis Poseidon et Apollon, puis une déesse et enfin Aphrodite, ayant debout près d'elle son fils Éros, un charmant garçonnet ailé qui abrite du soleil, sous une haute ombrelle, sa tendre chair et son teint fleuri. Le morceau reproduit dans la planche XLVI montre les trois qui se trouvaient assis en avant d Héphaistos, en arrière d'Aphrodite. Poseidon tenait dans la main gauche un attribut, qui a maintenant disparu. Son himation, tombé sur les jambes,

laisse le torse entièrement nu ; on y sent la maturité de

l’âge, comme aussi sur le visage à barbe longue : et cette barbe, ces cheveux emmêlés semblent garder le souvenir de l’eau de mer qui a ruisselé sur eux et du vent de mer qui les a agités. Apollon, vêtu d'un pareil himation, mais dont un pan était ramené par-dessus l'épaule et l’avantbras gauche, devait avoir dans la main gauche une cithare. Il se retourne vers Poseidon, nous présentant ainsi son torse de face, sa tête de trois quarts : et la fraîche jeunesse de son visage et de sa poitrine de vingt ans contraste d'heureuse façon avec l'aspect rude et fatigué du vieux marin, derrière lui. Vient ensuite, assise sur un siège sensiblement plus bas, quoique relevé par un large coussin, une déesse énigmatique et charmante. Sa chevelure est cachée presque entièrement par les plis d’un foulard (kekryphalos) qui en fait plusieurs fois le tour. Le fin chiton, qui lui vêt le corps, tombe par devant en mille plis souples : et un himation s’enroulait sur ses jambes. Le geste de sa main droite, ramenée presque contre l'épaule, doit peut-être s'expliquer par un mouvement de surprise à la vue du beau cortège qui arrive.

Qui est cette déesse? On a voulu y reconnaître Peitho, laquelle est une compagne fréquente d'Aphrodite. Mais, si Aphrodite est devant, Apollon est derrière ; et on voyait aussi en elle la sœur du dieu, Artémis. Cependant, on ne peut guère la séparer d’'Aphrodite ; car celle-ci posait, avec nonchalance, son coude et son bras droit sur la jambe de sa voisine : c'est pourquoi on a prononcé (comme on l’a fait aussi pour une statue du fronton Est, pl. XLIX), le nom de Dioné, mère d'Aphrodite. De quelque façon qu'on la nomme, c’est une figure de la plus rare séduction. Son beau visage, vu de profil, est frais et naïf. Sa tête est portée par un cou délicat, rayé de trois traits légers, annonciateurs du futur « collier de Vénus ». Sur le joli foisonnement des plis fins, la main droite se ferme à moitié, avec une grâce incomparable. Puis, le mouvement qui ramène de face la jeune et florissante poitrine provoque un glissement du chiton sur l'épaule gauche ; et cette épaule nue, tant le modelé en est sensible, semble une chair vivante, tiède et douce.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Casson, Catal. Acropolis M., Il, n° 856 : Boissonnas et Mansell, Le Parthénon, pl. 128.

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