‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 44 sur 91 · DIONYSOS FIGURE DE FRONTON AU PARTHÉNON · texte numérisé non relu

DIONYSOS FIGURE DE FRONTON AU PARTHÉNON

Statue du fronton Est, enlevée de sa place par lord Elgin en 1801. — Londres, British Museum. — Marbre. — Hauteur, 1 m. 30. — De 440 à 438 av. J.-C.

Es deux frontons du Parthénon offraient, pour la [LL décoration sculptée, le champ d’un triangle isocèle, mesurant 28 m. 35 à la base et 3 m. 45 en hauteur. Les figures qui y avaient pris place furent exécutées en ronde bosse, avec leur plein volume et les détails du revers exactement indiqués, souvent même terminés: elles étaient toutes de proportions plus grandes que nature. A l'Est, on voyait la naissance d'Athéna, dans l'Olympe, parmi l'assemblée des Immortels, laquelle était encadrée aux extrémités, d'un côté par les chevaux du Jour s'élançant hors des flots, de l’autre par les chevaux de la Nuit s'enfonçant dans la mer. Du cerveau de Zeus, fille de sa pensée, la déesse venait de jaillir, toute formée, toute vêtue, tout armée, en poussant son cri de guerre. Le miracle frappait de stupeur les dieux les plus voisins, et l'étonnante nouvelle s'en propageait de proche en proche jusqu'aux limites de l'assemblée. Les dieux les plus éloignés ne la connaissaient pas encore, et ils gardaient leur immobilité contemplative, tournant le dos au lieu de la scène capitale.

Ainsi, presque au bout de l'aile gauche du fronton, un jeune dieu, étendu par terre, n’a rien perçu de l'événement ; il ignore toujours Athéna et regarde vers l'angle, vers les chevaux d'Hélios. C'est Dionysos, qu'on a longtemps appelé, qu'on appelle encore quelquefois t Thésée ». Indolemment couché sur un rocher commode, dont une peau de panthère d'abord, puis la draperie du dieu luimême ont fait une couche quasi moelleuse, il devait tenir dans sa main gauche un thyrse, et sa droite levait probablement une coupe. Il s'appuie du coude gauche

pour relever un peu son torse, qui s'offrait au spectateur

presque de face, cependant que les jambes se voyaient de profil, et, grâce à leur savant écartement, ne se masquaient pas l'une l'autre à qui les regardait d'en bas. { Un artiste seul pourra louer dignement ce marbre qui sera toujours parmi les antiques l'idéal de la beauté virile: la pose si noble et en même temps naturelle: les os accusés avec une science infaillible et un sentiment hardi qui donnent au corps la légèreté en même temps que la force: les muscles, les chairs dont les os sont revêtus et dont la noblesse répand sur tant de fermeté une grâce inimitable: l'expression enfin qui respire dans chaque partie et qui est comme l'âme de la matière » (Beulé).

De toutes parts, que nous soyons devant la statue, ou que nous passions derrière elle (en quoi nous sommes plus favorisés que les anciens), de toutes parts elle nous apparaît magistrale. Cette large poitrine tranquille, ces muscles du dos fermes et souples, le profil admirable des hanches et des cuisses nous y montrent partout la puissance unie au calme, le divine beauté jointe à la force. Et l'on comprend que l'artiste ait été conduit à travailler le revers de sa figure presque avec autant d'amour que la face, parce qu'il n'y a point dans une belle créature de parties inutiles et sacrifiées, qu'il y a au contraire intime dépendance réciproque entre toutes les parties, l'être de chacune étant secrètement lié à l'être de toutes les autres, et qu'enfin c'est par l'ensemble seulement que peut fleurir la beauté suprême. Ce corps magnifique est la seule figure nue qui subsiste dans le fronton de la façade principale ; malgré ses quatre membres mutilés, sa tête écrasée devenue fruste, malgré l'usure et les blessures, elle reste digne des statues drapées qui sont la grande gloire de ce fronton.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Smith, Catal. greek sculpt. in Br. M., 1, n° 303 D ; Smith, Sculpt. of the Parthenon, pl. 2 ; Boissonnas et Mansell, Le Parthé-

non, pl. 47.

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