DÉMÉTER ET CORE GROUPE DE FRONTON AU PARTHÉNON
Groupe du fronton Est, enlevé de sa place par lord Elgin en 1801. — Londres, British Museum. — Marbre. — Hauteur actuelle, 1 m. 48. — De 440 à 438 av. J.-C.
près Hélios et ses chevaux, après Dionysos, en A allant vers le milieu, on trouvait tout de suite
deux figures féminines assises. La première s’appuie du bras gauche sur l'épaule de sa voisine ; et ce geste familier, joint à je ne sais quel air d'abandon, signifie qu'il existe entre les deux personnes un lien d'affection tendre. On a donc reconnu en elles Coré et Déméter. Cette appellation se trouve confirmée par un détail singulier et très remarquable. Les divinités sont assises Chacune sur un coffre carré, que rehaussent d'épais tapis pliés ; or, ces coffres sont la reproduction en marbre de coffres rituels en bois, qui servaient au culte des Deux Déesses, à Éleusis. Seulement, laquelle est Coré, laquelle Déméter? Les avis se partagent : il semble pourtant que la première est un peu plus jeune d'aspect, un peu plus petite de proportions, et que sa draperie aussi a quelque chose de moins matronal.
Déméter serait donc la déesse qui tenait de sa main gauche levée le sceptre ou la haute torche. Elle est vêtue d'un péplos fermé, avec long repli et ceinture ; on voit par devant, en haut des jambes, dépasser sous le bord du repli la saillie bouffante du colpos. Elle porte en outre un grand himation, dont un pan est posé sur son épaule gauche : cet himation l'enveloppe toute par derrière, avant de venir se disperser sur les jambes. Coré est vêtue de même. Mais son péplos est plus étroit, comme on le constate aux emmanchures très courtes ; 1l est aussi moins long, car le repli s'arrête bien au-dessus de la ceinture (celle-ci est visible par derrière) ; et il ny a point de colpos. Son himation, sur quoi elle est assise, couvre ses deux jambes et l'un des pans retombe longuement à gauche, jusqu'au pied. D'un vif mouvement qui lui incline fortement le cou, Déméter tournait la tête vers sa fille, et sans doute, accompagnant son dire d'un geste de la main droite, elle lui apprenait la grande nouvelle. Ses
paroles, commencées à peine, n'ont pas enco:e traversé
l'esprit de Coré, qui demeure calme, le buste bien posé, les deux mains immobiles. C’est donc juste au milieu de ce groupe, pour ce qui concerne l'aile gauche du fronton, que s’est jusqu'ici avancé, à la façon d'une vague, le bruit de la Naissance merveilleuse : mais la vague poursuit sans arrêt : Coré va savoir, et son bras droit se trouve tellement près de l'épaule gauche de Dionysos, que l’attention de celui-ci va être appelée à son tour.
On dirait que le hasard de la destruction, en supprimant les têtes de ces deux figures, en mutilant leurs bras et en respectan! leurs corps drapés, a voulu que notre pensée se portât tout entière sur la draperie. Celle-ci est incomparable. Chez l'une et l’autre déesse, le péplos et l’himation ont chacun une beauté, une largeur, une grandeur et surtout une vie, qui défient toute description. Considérons, entre ces deux figures, ce petit espace où s'aperçoivent les angles des deux sièges, avec l'épaisseur des tapis pliés. La retombe, en cascade onduleuse, un pan de l'himation de Déméter, et rien au monde n'est d'une vérité plus enchanteresse que cette chute et cet amoncellement, tandis qu'en face une autre partie du vêtement étale sur la cuisse ses sillons profonds, pour aller ensuite glisser et s'écouler sur le péplos entre les jambes. Il y a la, comme l'écrivait Beulé, { une souplesse, une abondance, qui ne laissent aux écoles postérieures que le raffinement pour progrès. Jamais ciseau n'a pu surpasser la richesse de ces draperies, aux plis moelleux, innombrables, au jeu varié. Légères, délicates, mais sans transparence... elles n’accusent les formes qu'en le; accompagnant de leurs mouvements larges et harmonieux. En outre, comme si l'enveloppe même du corps participait à la vie, elles ont un caractère qui semble émaner d’elles-mêmes et de leur disposition. Saisir cette expression silencieuse que notre personnalité communique aux objets, aux vêtements dont elle s’entoure, n'est-ce pas plus difficile que de saisir la nature elle-même? »
BiBLioGRAPHIE : Voir Smith, Catal., greek sculpt. in Br. M., I, n° 303 Eet F ; Smith, Sculpt. of the Parthenon. pl. 3 : Boissonnas et Mansell, Le
Parthénon, pl. 48.
PLANCHE XLVIII. DéÉMÉTER ET CoRÉ Londres. British Museum. (CL Hachette