‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 48 sur 91 · DORYPHORE (ŒUVRE DE POLYCLÈTE · texte numérisé non relu

DORYPHORE (ŒUVRE DE POLYCLÈTE

Statue découverte à Pompéi, dans une palestre, en 1797. — Musée de Naples. — Marbre, copie d'un original en bronze. —

Hauteur (sans la plinthe), 1 m. 97. — Vers 445 av J.-C. (date de l'original).

N homme jeune, un superbe mâle aux formes par- U faites s’avance d'une marche calme et n'a plus qu'à poser un pied près de l'autre pour s'arrêter;

il est nu : il portait dans la main gauche, contre l'épaule, la forte lance de guerre (doru). C'est de là qu'il avait pris, dans l'Antiquité, son appellation habituelle. On ignore en quelle ville grecque se trouvait l'original et quelle destination il avait reçue : mais cette copie, découverte dans une palestre, s'y dressait comme une leçon, un exemple, un idéal. En un tel lieu, dominant les vivantes nudités façonnées par les exercices palestriques, la statue répondait le mieux à l'ambition de son auteur. Car Polyclète, reprenant toujours dans ses œuvres successives l'étude des contours, des lignes, des proportions, de tout ce qui peut faire un corps humain accompli, jeune et fort, puissant et beau, selon le degré d'épanouissement que permet son âge, s'était élevé dans le Doryphore à la science la plus consommée et au sentiment le plus affiné. Il avait cette fois touché le point suprême : et il pouvait croire que, non pas seulement dans les ateliers de sculpture, mais dans les gymnases où s'améliore et s’embellit le corps vivant, sa création d'art serait digne à jamais de servir de modèle. D'ailleurs le maître ayant consacré un écrit théorique aux proportions du corps humain, nous savons que les

anciens reconnaissaient dans le Doryphore la plus complète et la plus juste application des principes posés : c'est pourquoi ils avaient attribué à la statue, comme surnom, le titre même du traité : le Canon, la Règle, la Loi. Cette loi n'avait rien d'impératif, et nulle autorité ne pouvait l'imposer. Mais il est naturel que les ateliers qui, depuis longtemps, travaillaient à.forger la beauté athlétique, aient aussitôt salué l'inégalable modèle. À Sicyone et Argos particulièrement, on cherchait et peu à peu on approfondissait cet idéal de robustesse carrée, de stabilité puissante, qui devait satisfaire les secrètes aspirations des Doriens du Péloponnèse. L'art de Polyclète le révéla : ce n'était pas une invention, une trouvaille inattendue du génie, mais plutôt, peut-on dire, une lumineuse éclosion de l'idéal longtemps couvé et amené à son terme. Le Doryphore incarnait, avec une juste mesure, le sentiment dorien dans la statuaire grecque, comme le représentait dans l’architecture de ce temps le grand temple d'Olympie. Quelle belle architecture n'est-il pas lui-même, avec en plus la vie et le mouvement ! Quelle harmonie souveraine, formée de tous les rapports entre les lignes et entre les contours ! Quelle eurythmie tranquille et simple, correspondant aux qualités de gravité et de pondération qui faisaient alors le fonds solide de l'esprit dorien !

BigLiocraPHi : Voir Ruesch, Guida d. Museo di Napoli, n° 146 ; Furtwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, p. 417 ; Rayet, Mon. de l'art

antique. I, pl. 29 (notice de Guillaume),

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