‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 50 sur 91 · DIADOUMENE (ŒUVRE DE POLYCLÈTE · texte numérisé non relu

DIADOUMENE (ŒUVRE DE POLYCLÈTE

Statue découverte à Délos en 1894. — Athènes. Musée National. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur

(sans la plinthe). ] m. 86. — Vers 435 av. ].-C. (date de l'original).

‘ABORD, supprimons en pensée le tronc d'arbre qui D était la jambe gauche : car le copiste, oubliant ce que doit être un simple support, lui a prodigué des attentions intempestives et conféré une valeur fâcheuse Ce jeune homme qui enroule autour de sa tête le bandeau insigne de victoire, ne diffère point de son aîné le- Doryphore (pl. LI et LIT) par la structure ni par l'attitude. il lui ressemble comme un frère, peut-on dire : mais c'est un frère plus jeune, un peu plus délicat de nature, et en qui son auteur semble avoir mis une affection plus tendre Il est aussi vigoureux, certes, aussi viril : il le paraît un peu moins. Les proportions sont demeurées sans changement, et le rythme de la pose nous offre une cadence connue : mais ces notes connues ont pourtant, ICI, une sonorité plus adoucie, plus fondue. L'idée de grâce, à quoi le Doryphore ne faisait point penser, s'éveille dans l'esprit : une grâce qui, assurément, n'a rien de fragile, mais qui répand sur la robustesse de la figure un rayon aimable. Le torse, musclé avec non moins de vigueur, n'a point l'aspect aussi carré. Les jambes, toujours solides, semblent aspirer à plus de sveltesse. Surtout le geste des deux bras, doucement levés et écartés, communique au corps un imperceptible balancement, plein de charme ; et la tête, docile à cet appel des bras, un peu penchée, un peu tournée, accueille avec une joie secrète le bandeau qui s'enfonce dans l'épaisseur de la chevelure, comme le lien autour de la gerbe.

Ce frère plus jeune du Doryphore, issu exactement des mêmes principes que son aîné, montre donc un certain adoucissement dans l'application de ces principes. C'est

un fait: et nous pouvons, heureusement, en expliquer

l'origine. Une brève information, tourmie par Platon dans son Protagoras, nous donne à croire que Polyclète fit à Athènes un séjour prolongé avant 430. Les splendeurs du Parthénon venaient alors de s'épanouir, une incomparable Horaison de temples et de statues rayonnait en Attique, le pays était devenu, par cette abondante production: comme un jardin enchanté, qui « frappait l'étranger de l'admiration la plus vive” (Plutarque). Or, l'étranger, en ce cas particulier, était un artiste puissant et mûr, habitué à observer et à réfléchir . il avait été formé dans un atelier aux traditions sévères : 1] venait d’une région où la force surtout était en honneur, où l'architecture avait atteint son idéal dans le puissant temple d'Olympie, où la sculpture poursu.vait le sien dans la figuration en bronze des robustes nudités athlétiques. Et voici qu'un air plus léger et plus suave l'enveloppait, qu'une lumière plus fine et plus gaie l'éclairait ; rien n'était changé quant au fond, mais tout se présentait sous un jour quelque peu différent. C'était encore l'ordre dorique, comme à Olympie, qui se dressait au Parthénon et aux Propylées, mais illuminé cette fois par un mystérieux reflet, par la grâce subtilement unie à la noblesse, et, comme a dit le poète, par un «sourire humain », qui manquait à l'austérité du temple olympique. La différence d'esprit qui existe entre la construction d'Olympie et ie Parthénon est du même ordre que celle qui sépare du Doryphore le Diadoumène. Notre comparaison ne doit pas, bien entendu, dépasser le vague de cette indication générale ; elle n'a pour but que de faire mieux apparaître ce que j'appellerai l'âme moins dorienne du Diadoumène. après l'âme plus dorienne du Dorybhore

BiBLIOGRAPHIE : Voir Monuments Piot, III, 18%, pl. 14 et 15, p. 137 (Couve); Furtwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, p. 437

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