ATHENA “ MINERVE INGRES ”, “ TORSE MÉDICIS
Statue découverte à Rome ; longtemps conservée à la villa Médicis ; envoyée à Paris par Ingres, durant sa direction. — Paris,
Louvre. — Marbre, copie d'un original probablement acrolithe, c'est-à-dire qu'il avait en marbre seulement les extrémités
visage et cou, parties nues des bras et des pieds, le reste de la figure étant en bois doré.— Hauteur (avec la plinthe), 2 m. 605. — Seconde moitié du V® siècle av. J.-C. (date de l'original).
E Louvre ne possède, parmi ses marbres antiques, Le nulle figure qui soit plus puissante que celle-là. Il en a de plus grandes, il en a dont la beauté rayonne plus ; il n'en a pas qui donne davantage une impression de stabilité et de force souveraine. Elle a perdu les deux avant-bras et la tête ; en conséquence, la majeure partie des attributs ont disparu, casque, bouclier, lance : l'égide seule est restée. Athéna est vêtue de la fine tunique ionienne, que fixent plusieurs agrafes en haut des bras; puis elle porte un péplos ouvert, avec très long repli et ceinture apparente. L'égide cuirasse sa poitrine. Enfin, un himation aux plis épais est posé sur son épaule gauche et retombe longuement par derrière.
On fut enclin pendant longtemps à croire que nous avions là une copie réduite de la colossale Athéna, œuvre de Phidias, qui se dressait sur l'Acropole, non loin des Propylées, et à laquelle finit par être donné le surnom de «Promachos». Ce bronze, de exceptionnelles, dont on voyait au loin étinceler la lance
inexact dimensions d'or, était comme une sentinelle armée, gardienne vigilante de la ville ; nous aurions aimé la retrouver, malgré les proportions très diminuées, dans le marbre imposant que nous possédons. Mais des recherches récentes obligent à écarter l'hypothèse, puisque l'original du marbre était une figure acrolithe et que ses dimensions ne dépassaient point celles de la copie. L'œuvre demeure donc indéterminée.
Non seulement elle n’est pas la « Promachos», mais on doit écarter, je crois, toute attribution à Phidias. Sans
doute, l'ample péplos avec long repli est celui même que porte la Parthénos, et il faut en considérer surtout l'esprit qui l'anime, cette noblesse et cette grandeur qui s'exhalent de ses plis droits. Mais il y à une autre chose : c’est le parti que l'artiste a tiré du vêtement de dessous. Quand Phidias employa la tunique ionienne, ce fut de la façon la plus simple, sans nulle recherche de l'effet, tandis qu'ici, très visiblement, les bords du péplos ne sont tellement écartés que pour laisser voir la jambe droite tout entière et, le long de celle-ci, cette foison de plis si menus, si soyeux, qui semblent rire et sourire sur la peau, et font contraste avec la sévérité du péplos voisin. Un tel jeu, même exécuté avec maîtrise, est-il en parfaite convenance avec le type si grave d'Athéna au V° siècle? En tout cas, il y a là un commencement d'artifice, une tentative afin d'obtenir, par l'opposition des deux vêtements, un élément d'intérêt inattendu et un peu superficiel. Rien ne nous autorise à croire que Phidias eût jamais abandonné, pour la poursuite d'un pareil agrément extérieur, la limpide simplicité et le naturel parfait qu: sont l'essence même de ses créations. Mais, si l'œuvre n'est pas de lui, elle est sûrement de son temps ; elle doit avoir été exécutée par un disciple tout pénétré de l'esprit du maître, capable lui aussi d'un faire grand et puissant. Seulement, grâce à une habile juxtaposition, il a su joindre au caractère de puissance quelques fleurs de grâce ; et ainsi obéissait-il peut-être à une secrète poussée de l'art, qui allait bientôt descendre des hauteurs olympiennes pour chercher d’autres sortes de beauté plus prochaines.
BigLiocraPHiE : Voir Furtwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, p. 46 ; Wien. Jahreshefte, XI, 1908, p. 169 (Amelung) ; Arch. /ahrbuch,
XXVIIT, 1913, p. 353 (Frickenhaus).
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