DÉMÉTER DE CHERCHEL
Statue trouvée à Cherchel (Algérie) en 1851 (tête) et en 1879 (corps). — Musée de Cherchel. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans la plinthe). 2 m. 10. — Deuxième moitié du V® siècle av. J.-C. (date de l'original).
ÉMÉTER est vêtue d'un péplos fermé, avec repli et
une ceinture que dissimulent les bouillons du
colpes. Elle a en outre, posée sur sa tête, une calyptra passablement longue, dont les pans retombent sur les deux côtés de la poitrine, puis, à hauteur de la taille, sont relevés et rejetés en arrière par-dessus les épaules. Il n'y a dans les plis de ces vêtements, ni finesse ni élégance ; ils sont gros et dénotent un tissu sans moelleux. Surtout les bouillons du colpos ont une épaisseur dont on ne trouve guère d’autres exemples, sauf peut-être chez certaines des Danseuses d'Herculanum. Ils se soulèvent avec une sorte de lourdeur et se heurtent avec brusquerie. Le même caractère de quasi rudesse s'aperçoit aussi dans les grosses ondulations de la chevelure autour du visage. Tous ces détails s'accordent bien avec le caractère général de la figure : large, robuste, massive, telle nous apparaît la déesse. Ce n'est point là un accident. Déméter, dans l'assemblée olympienne, n'a pas la fleur d'éternelle jeunesse qui pare une Artémis, une Athéna, une Aphrodite ; elle est essentiellement une mère (son nom même ne
permet pas de l'oublier), une mère à qui sa fille tut arrachée
par violence et qui en souffrit une douleur sans consolation. Un certain aspect matronal est donc inséparable du type de Déméter ; et, alors que l'art grec ne songeait pas encore à faire paraître une âme sous un visage, du moins ne manquait-i} pas de rechercher les traits physiques, propres à l’âge, à la maternité, à l'austère sérieux de la déesse sans sourire.
Tel est aussi l'aspect de Déméter dans le relief d'Éleusis (pl. XXXVIID). Avec plus de sereine majesté, elle porte le même poids de gravité et de dignité triste. La ressemblance est assez marquée entre la Déméter de Cherchel et celle d'Éleusis, pour qu'on ait supposé à plusieurs reprises que l'original de la statue avait pu servir de modèle au relief. Cette hypothèse semble peu acceptable, par la simple raison que la statue, en dépit de ses apparences rudes, doit être postérieure au relief. Au reste, la ressemblance n’a pas de quoi surprendre: ce n’est qu'une rencontre, toute naturelle dans la même région et presque à la même époque de l'art, entre deux représentations d'une figure divine, dont les traits généraux, fixés par la légende, s’offraient à tous les artistes égale ment.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Gauckler, Musee de Cherchel, p. 102, pl. 5; 57% Berlin. Winckelmannsprogramm, pl. 1-5, p. 9 (Kekulé von Stra-
donitz).