CORE “ SAPPHO ALBANI
Statue de provenance inconnue. — Rome, villa Albani. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur, environ 2 m. — Seconde moitié du V® siècle av. J.-C. (date de l'original).
ÉMÉTER ne se conçoit pas sans Coré, ni Coré sans D Déméter. La mère et la fille sont tendrement unies, inséparables sauf intervention du violent Hadès. C'est plus qu'un lien d'affection qui les assemble ; la profondeur de cette affection est unique, et, les isolant du monde entier, les resserre d'autant plus : ce ne sont pas deux déesses, ce sont les-Deux-Desses, selon la simple et forte désignation éleusin'enne. De ce fait, il est résulté, quant au type plastique, certaine réaction de l'une sur l'autre. L'âge et les douleurs de la mère devaient s'évoquer à la seule vue de l’une, et sur l’autre, au contraire, devait s'épanouir la jeunesse.
Rapprochons la Déméter de Cherchel (pl. LV) et la Core Albani, l'opposition saute aux yeux. Non pas qu'on devait s'attendre à trouver en la jeune Coré une personne aux membres délicats et au corps fragile : ce n'est plus icila vierge jouant avec les Nymphes et cueillant des fleurs dans la prairie de Nysa : elle est à présent Perséphone,. l'épouse du Zeus souterrain. D'autre part, on sait que la sculpture du v® siècle, pour la figuration du corps humain, faisait encore peu de différence entre les sexes et que, fidèle toujours à l'idéal athlétique, elle donnait à tous, hommes et femmes, la même structure carrée, large et puissante. Mais il y a la draperie, et la draperie grecque a une particulière éloquence. Coré n'est pas vêtue, comme sa mère, du péplos aux rigides cannelures, et elle n’a point non plus la calyptra, qui semble un voile de deuil. Elle porte la tunique ionienne et l'himation. Sa tunique, dont les bords sont rattachés ensemble de l'épaule au coude,
est d'un tissu très fin et très souple, qui forme sur la poitrine mille fronces charmantes : elle a un repli peu long, et une ceinture qu’on ne voit pas, mais que révèlent les bouillons du colpos. L'himation est posé d'abord sur l'épaule gauche, d'où il descend par derrière, puis revient par devant pour draper les jambes. I] est maintenu par la pression du bras gauche contre le corps : et on observera que ses plis, en remontant ainsi vers le flanc, rebroussent avec eux les bouillons du colpos de la tunique et leur font prendre aussi une direction montante. En somme, c'est le même costume, composé des mêmes pièces, ajusté avec la même élégance que dans la Coré du relief d'Éleusis (pl. XXXVIID) ; et on n'a pas manqué de faire à ce propos une hypothèse parallèle à celle que nous avons rappelée pour la Déméter de Cherchel, à savoir que l'original de la statue Albani devait avoir servi de modèle au relief. Mais cette seconde hypothèse est à écarter pour le même motif que la première : les dates des deux œuvres sont interverties, et c’est la statue qui, selon toute vraisemblance, est plus récente que ie relief.
Au-dessus de ces frais vêtements, la Coré Albani dresse une tête jeune et claire. Sa chevelure est enveloppée quasi toute dans une sorte de foulard (kékryphalos) qui n’en laisse rien apparaître qu'une petite partie sur les tempes. [l est probable que la main gauche (mal restaurée) jadis s'appuyait légèrement sur une haute torche, rappel des cérémonies nocturnes des Mystères ; et on peut supposer dans la main droite une fleur, rappel du narcisse miraculeux de la plaine de Nysa.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Helbig, Führer in Rom (3° éd.), II, n° 1922. — Pour le costume, voir Heuzey, Hist. du costume antique, p. 212-220.