‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 56 sur 91 · ARES ‘“ MARS BORGHÈSE · texte numérisé non relu

ARES ‘“ MARS BORGHÈSE

Statue de provenance inconnue ayant appartenu à l'ancienne collection Borghèse, achetée par la France en 1808. — Paris, Louvre. — Marbre. copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans la plinthe), 2 m. 05. — Fin du V® siècle av. J.-C (date de l'original).

N a proposé pour cette statue divers noms: Achille, O Päris, Thésée, Arès. Le dernier est généralement

préféré, et il semble avoir les meilleurs titres à la

préférence. Néanmoins, quelque incertitude subsiste toujours. La figure devait, de la main gauche, s'appuyer légèrement sur une lance. Elle est dans une position de repos complet, les deux pieds à plat sur le sol. La jambe droite est ployée, le bras droit retombe inactif : le poids du corps porte sur la jambe gauche. La tête est coiffée d'un casque richement ciselé, qui laisse déborder sur les tempes et la nuque les boucles d'une abondante chevelure. Un anneau de jambe, ornement imprévu, est passé au-dessus du pied droit. Voilà tout ; la description est vite faite, comme pour les statues de Polyclète. Mais, comme pour celles-ci également, il reste une autre chose, presque indéfinissable, et qui est d'importance capitale : le rythme. Cette cadence intime, qui règle tous les mouvements, qui accorde toutes les proportions, qui communique à la matière une vie harmonieuse, on la perçoit ici déterminée par un sens aussi fin et aussi sûr que dans les chefs-d'œuvre une eurythmie supérieure

polyclétiens L'eurythmie.

tait le mérite de cette statue, une des plus belles qui soient au Louvre. Est-il besoin de dire qu'un mérite de cet ordre ne se laisse saisir et pénétrer qu'après étude?

En outre, la figure offre quelque chose de nouveau, qui est étranger aux créations de Polyclète. Dans la tête qui se penche et fixe son regard au sol, il y a une sorte de rêverie silencieuse, dont la cause, d’ailleurs, reste inconnue. Or, ce n'est point là un cas exceptionnel. On connait, pour la même époque, d'autres statues — l’une d'elles est Justement au Louvre, non loin du Wars Borghèse, et s'appelle Minerve à la ciste — lesquelles présentent ce même visage incliné, avec un air méditatif et rêveur. Que nous apercevions ou non le motif de leur rêverie, toujours y a-t-il rêverie. Ce trait ne paraît pas s'être rencontré auparavant, du moins dans les œuvres statuaires des grands maiïtres. Statues au clair visage, peut-on dire de celles-là ; tandis que maintenant, avec le Mars Borghèse, avec la Minerve à la ciste, on sent que ce visage peut se voiler ou s'assombrir : une vie intérieure commence. Les Grecs ne doivent pas aller bien loin dans cette voie neuve ; encore ont-ils su l'ouvrir et y faire les premiers pas.

BiBLIOGRAPHIE : Voir Friederichs-Woiters, Gipsabgüsse, n° 1298 ; Furiwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, p. 121,

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