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UN SAGE STÈLE FUNÉRAIRE

Relief découvert à Carystos, dans l'ile d'Eubée. — Musée de Berlin. — Marbre. — Hauteur 1 m.47. — Fin du V® siècle av. J.-C.

L est fort possible (la distance est si courte) que ce [ marbre ait passé tout taillé de l'Attique en Eubée. On ne peut nier, en tout cas, qu'il appartienne à l'art attique du v° siècle, à l'art de la frise du Parthénon. Même, si l'atelier d'où il est sorti dépendait de la même ville que la nécropole où il fut trouvé, on doit admettre au moins que son auteur avait travaillé à Athènes et qu'il est un parfait représentant de la sculpture athénienne. La forme de la stèle est celle qui était le plus fréquemment en usage à l’époque archaïque : étroite, oblongue, propre à montrer le personnage debout, et couronnée souvent d'une grosse palmette jaillissante. Cette forme, devenue plus rare, existait cependant encore à la fin du v® siècle. et la raideur du cadre ne faisait plus alors nul obstacle au souple jeu de l’art.

Nous voyons ici, se présentant de profil à gauche, un homme, dont la barbe abondante et les chairs un peu épaissies indiquent, sans nulle précision indiscrète, qu'il a atteint l'âge mûr et que les exercices de la palestre ne lui sont plus familiers. Un pan de son himation, posé sur l'épaule gauche, descend en avant; le reste, passant sous l'épaule et le bras droits, lesquels demeurent ainsi, selon la règle, entièrement libres pour l'action, revient en biais, couvre le ventre et a ses plis remontés et refoulés sous l’aisselle gauche par le pommeau (ou la crosse) du haut bâton, posé un peu obliquement, sur lequel le corps s'abandonne. Les bergers grecs d'aujourd'hui se servent

encore de longues cannes pareilles ; s'appuyant d'une aisselle sur la tête de béquille qui termine leur bâton, ils gardent les deux bras libres et restent debout sans fatigue, dominant et surveillant leur troupeau. La main gauche du personnage s’étendait légèrement sur la canne ; et sa droite, relevée à hauteur du menton, faisait un geste discret, accompagnant on ne sait quelle parole prononcée. L'homme est sérieux, digne et grave : un noble citoyen. Il pourrait figurer parmi ces Athéniens de haut rang, qu'on voit groupés par cinq ou six, non loin des Dieux assis, dans la frise du Parthénon, et qui, causant entre eux, le corps abandonné sur la haute canne, semblent attendre l’arrivée de la procession des Panathénées.

Ou bien, dirons-nous encore, sa belle prestance et son apparence réfléchie évoquent le souvenir des sages qui venaient se promener et discuter dans les jardins d'Académos : l’un d'eux s'est arrêté un instant pour mieux isoler son raisonnement : il le poursuit, il l’achève, avec un geste de la main amenée près du menton, comme pour donner plus d’accent à quelque nuance de la pensée ou à quelque intonation de la parole. En tout cas, nous avons ici, écrivait Furtwængler, qui le premier publia cette stèle, nous avons «la vraie représentation de la sophrosyné grecque, la pleine expression d'une existence qui n'est que noblesse et harmonie, expression que l'art grec n'a réussi à rendre qu'à l'époque de sa plus haute perfection ».

BIBLIOGRAPHIE : Voir Beschreibung d. antiken Skulpt. zu Berlin, n° 736 ; Furtwængler, Coll. Sabouroff, pl. 6.

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