ÉPHÈBE À LA CAGE STÈLE FUNÉRAIRE
Relief découvert dans l'île de Salamine avant 1829. — Athènes, Musée National. — Marbre. — Hauteur, 1 m. 10. — Fin du V® siècle av. J.-C.
N beau jeune homme se présente debout, le corps Ü entièrement de face, la tête tournée de profil à droite. Son ample himation est posé sur l'épaule gauche, laissant nus les deux bras et la majeure partie de la poitrine et du torse, tandis qu'il couvre le dos, le ventre et les jambes. Le$ mains n'ont pas à le tenir ; la pression des deux pans opposés qui se croisent sur l'épaule en assure l'équilibre, et de cette épaule les grands plis tombent avec une assurance sans lourdeur, cependant que sur le ventre d’autres plis accusent, avec une souplesse d’eau qui court, le mouvement tournant de l'étoffe. Le bras gauche pend immobile le long du corps, et la main tient un petit oiseau ; le bras droit se relève, s'étend, et la main est ouverte devant une petite cage cylindrique dont le détail, aujourd'hui confus, s'accusait autrefois par quelques traits de couleur. Sous la cage, on voit un mince pilastre terminé en haut par une plate-forme: où est accroupi un chat. Contre le pilastre est adossé un jeune garçon nu, vu de face, quiest le petit esclave du personnage principal.
Le lien qui doit exister entre les divers éléments de ce tableau n'apparaît pas clairement. La cage est-elle vide? Vient-on de l’accrocher, ou va-t-on la décrocher? L'oiseau tenu dans la main est-il destiné à y entrer, ou vient-on de l'en sortir? De toute façon, le geste de la main droite reste un peu obscur et incertain. Puis, que fait ce chat? Est-il indifférent à la cage suspendue au-dessus de lui, ou au contraire la guette-t-il? L'accident qui a brisé sa tête empêche de répondre. Enfin, qu'est ce pilastre en relief contre le mur de fond? Je dis : mur, car la cage accrochée oblige à croire que le champ du relie! n'est pas le champ neutre habituel et qu'il y faut re-onnaître une paroi murale. Il n’y a d'ailleurs, dans tout cela, rien qui soit étrange et nouveau. On voit souvent aux mains des éphèbes, sur les stèles funéraires, un oiseau, jouet
vivant ; et, dès lors qu'il y a un oiseau, il peut bien y avoir une cage. Le chat, quoique beaucoup plus rare, compte aussi parmi les animaux familiers : il y en a un, juché sur un tabouret, dans une peinture de vase représentant un intérieur d'école, et un relief, récemment découvert à Athènes, en montre un tenu en laisse par un jeune élégant. Le garçonnet assis (je le suppose, plutôt que debout, assis sur la base saillante du pilastre) reproduit le type connu du petit esclave qui accompagne partout son maître : sûrement, il avait dans ses mains le strigile et l'aryballe à huile, indices d'une prochaine station à la palestre. Donc, nul détail singulier ne surprend : mais tous ces détails ensemble et leur disposition aboutissent à quelque trouble. Disons simplement, sans plus préciser, que cet éphèbe sur sa stèle nous apparaît entouré de ce qui pouvait rappeler en général sa vie de jeune oisif, ses occupations et ses distractions : exercices au gymnase et amusettes à la maison. Qu'importe d'ailleurs? On oublie ces petites choses, en contemplant cette belle forme humaine qui se dresse et domine tout le tableau. Il n’y a qu'à admirer, dans le silence et le respect, ce torse nu épanoui entre les plis de la draperie, ce geste large du bras étendu, puis cette tête au profil si pur, à la physionomie si calme, reflet d'une existence sereine et sans trouble : la beauté resplendit là en sa fleur la plus noble, une beauté que l’on peut qualifier de «( parthénonienne ».
La scène est surplombée par un bandeau de forte saillie, égale à l'épaisseur même du relief. Sur ce bandeau court une frise légère de palmettes et de lis marins, ornements d'une souplesse frémissante sous la rigidité du marbre, en sorte qu’on croit voir réalisée en eux la jolie . fable des Grecs, racontant que ces fleurs et ces plantes naissaient au fond de la mer, puis se détachaient et, montant à la surface toutes pleines de vie et de sève, s'y
pétrifiaient soudain.
BigLiocrAPHiE: Voir Cavvadias, Catal. sculpt. du Musée National d'Athènes (en grec), n° 715 ; Conze, Attische Grabreliefs, n° 1032, pl. 204 ;
Brunn-Bruckmann's Denkmæler, pl. 513 (notice d'Arndt).
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