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ANCHE LXI

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CARYATIDE STATUE-COLONNE A L'ÉRECHTHEION

Statue ayant appartenu à un portique de l'Érechtheion, enlevée de sa place par lord Elgin en 1801. — Londres British Museum. — Marbre. — Hauteur. 2 m. 30. — Vers 415 av. J.-C.

IX statues pareilles formaient la colonnade d'un S petit portique au flanc Sud de l'Érechtheion. Le

nom de Caryatides, par lequel nous désignons ces statues, n'était pas celui qu'employaient les Grecs au ve siècle. Ils disaient simplement : les corés, «les filles », appellation impersonnelle qui ne fait allusion qu'au sexe féminin et à l'air de jeunesse de la figure. Le mot Caryatides, au contraire, avait un sens défini, puisqu'il évoquait immédiatement la ville de Caryæ la danse dite caryatis qui était une spécialité de Caryæ, et les femmes mêmes qui exécutaient cette danse (voir notice de la pl. LXXXIID). À proprement parler, une statue qualifiée de Caryatide ne peut être qu'une figure faisant un pas ou un geste de danse à la mode de Caryæ : un de ces gestes était celui de la main droite se portant au-dessus de la tête comme pour soutenir un fardeau. Au 1v® siècle, le mot se découvre avec ce sens local et spécial : puis, le sens s'étend et le mot finit par n'être plus qu'un terme général d'architecture, désignant tous supports animés. Mais il est certain que, au Vif siècle, les statues-colonnes des résors Siphnien et Cnidien à Delphes et, au V sècle, celles de l'Ereehtheion étaient dites

bonnement corés ; plus tard seulement, elles furent englobées dans l'appellation généralisée de caryatides.

Il y avait à masquer, du côté Sud de l'Érechtheion, une porte basse au-dessous du niveau du sol et un petit escalier étroit et raide, qui constituaient ensemble une entrée commode, mais inélégante. On la dissimula par

un avant-corps, une proslasis, que certaine inscription

officielle appelle la prostasis des corés. L'emmarchement du temple se prolonge, se replie à angle droit. soutient un mur également rectangulaire: et sur ce mur se dressent, calmes et puissantes, les six corés porteuses de l'entablement. Elles ont sur la tête le coussinet circulaire, dont on use pour porter plus commodément les fardeaux ;: mais ce coussinet s'élargit, s'évase, devient un échinos de chapiteau, avec un cercle de perles et un cercle d'oves, sur quoi, posent un abaque et ensuite l’architrave. Le poids est amorti par une chevelure épaisse, laquelle. après avoir enroulé deux nattes autour de la tête. fournit encore de grosses boucles sur les épaules et une lourde masse sur la nuque et le dos. Ainsi se trouve habilement renforcée cette partie étroite et délicate qu'est le cou, que les Grecs, dans leurs analyses du corps humain, comparaient à un isthme. Les six corés étaient pareillement vêtues. Un large péplos fermé, avec repli et ceinture, prolongeait jusqu'aux pieds ses belles cannelures; par-dessus la ceinture, on voit bouffer les plis du colpos qui ont ici, sur les hanches, une particulière ampleur. Puis, aux deux épaules est fixée une calyptra, qui retombe par derrière, pliée en double, et descend jusqu'aux jarrets. C'est donc exactement le même costume grave, costume des fêtes et des processions, que nous avons vu déjà aux jeunes filles de la frise du Parthénon. (pl. XLIV-XLV). Seulement, ici, tandis qu ne des mains penndait inoccupée le long du corps, l’autre main tirait légérement à soi et ramenait en larges plis courbes un des pans de la calyptia , curieux souvenir du geste habituel aux corés archaïques (pl. Il).

BisLiocrapuie : Voir Smith, Catal. greck sculpt. in Br. M., 1, n° 407 ; Rayet, Mon. de l'art antique, 1, pl. 40 ; Lechat, La sculpture attique av.

Phidias, p. 493.

ANCHE LXII. CARYATIDI

LXTII

CARYATIDE

Même statue, vue de dos.

ETTE belle vue de dos de la Caryatide met en pleine 6 lumière ce que nous avons dit, au cours de la notice précédente, au sujet de la lourde masse des cheveux rejetés sur la nuque et le dos, et surtout de la calyptra qui retombe par derrière, pliée en double, et descend jusqu'aux jarrets. Il y a lieu de remarquer principalement qu'une des mains tirait légèrement à soi et ramenait en larges plis courbes l’un des pans, le plus long de la calyptra : ces nobles plis du grand pan, s’opposant à ceux plus serrés, en ellipses concentriques, du petit pan, sont d’une beauté achevée.

On croirait d'abord que ces six statues sont identiques: Non pas ; elles sont aussi pareilles qu'il le faut pour remplir exactement leur office architectural, mais il s'y découvre mille petites différences qui font que chacune a un être propre, est une personne, distincte des autres personnes. Si nobles, si majestueuses, elles demeurent essentiellement vraies et vivantes. Phidias, quand elles se dressèrent sur l'Acropole, n'était plus ; mais l’art de Phidias y resplendit toujours inaltéré, dans la vérité jointe à la sereine grandeur. Les belles corés, les belles « filles »! Tournées

vers le Parthénon, elles ne cessent pas de le regarder, etil semble que leur désir serait d'aller le rejoindre : elles y retrouveraient, en effet, leur véritable famille.

Longtemps on a considéré que cette prosfasis de l'Érechtheion était une création miraculeuse du génie grec, que rien n'avait précédée ni annoncée. Les découvertes de Delphes ont appris, au contraire, que, cent ans plus tôt, de triomphantes corés portaient déjà des entablements de portiques. N'était-ce pas une idée fort simple, au fond, de remplacer le support architectural par un support animé, la colonne par une figure féminine? Est-ce que la femme grecque, long vêtue, enveloppée par l'immobilité de son vêtement plissé, n'éveillait pas la comparaison avec une colonne cannelée? Idée d'artiste, peut-être, mais qui devait venir aisément à l'esprit d'un artiste. La même idée, prise à l'inverse, a été exprimée par Nicolas Poussin, et elle s'était offerte spontanément à son imagination, lorsqu'il disait, parlant des belles filles de Nîmes, qu’ «elles ne délectent pas moins l'esprit par la vue que les belles colonnes de la Maison carrée, vu que celles-ci ne sont que de vieilles copies de celles-là »,

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