‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 60 sur 91 · VICTOIRE -D'OLYMPIE (ŒUVRE DE PAIONIOS · texte numérisé non relu

VICTOIRE -D'OLYMPIE (ŒUVRE DE PAIONIOS

Statue découverte à Olympie en 1875. — Musée d'Olympie. — Marbre. — Hauteur, 2 m. environ. — Vers 420 av. J.-C.

"EST pitié, que l’état où la ruine a réduit cette

statue qui fut une des plus hardies créations et

une des plus belles productions de l'art grec. Il faut un sérieux effort pour reconstituer en pensée la Victoire d'Olympie entière et intacté, avec ses ailes éployées, avec l'immense voile de l'himation gonflée derrière elle, descendant des cieux rapide, puissante, souveraine. Elle portait un vêtement singulier, une sorte de péplos ample et fin, en deux pièces séparées, l’une pour le devant, l’autre pour le derrière, toutes deux avec un long repli, agrafées ensemble sur la seule épaule droite, ramenées l’une sur l’autre en dessous du sein gauche et serrées à la taille par une ceinture. Le repli du côté droit était ainsi à hauteur normale, en raison de l’agrafe ; il n'en allait pas de même à gauche, et nous voyons le repli de la pièce d'arrière s'allonger en pointe très bas sur le côté de la cuisse. La résistance de l'air a pour ce double vêtement les effets suivants : la pièce de devant se plaque fortement contre le ventre et la jambe droite, cependant que la jambe gauche est dégagée : la pièce d'arrière est refoulée dans le vide : les extrémités du repli sous la ceinture étaient rejetés par devant de gauche à droite, et, par derrière, ils sont chassés horizontalement. Au-dessous de ses larges ailes éployées, la figure tenait dans ses deux mains, l’une levée, l'autre abaissée, les bords du grand himation, que le vent creusait comme une voile de navire et qui forme donc parachute, ralentissant le mouvement de descente. Ce refoulement en arrière de toute la draperie, péplos et himation ensemble, était une conséquence natureile du sujet même. On voit aussi quel secours précieux en résultait pour la solution du difhcile problème d'équilibre qu'imposait au sculpteur le poids de cette figure

jetée en avant. Pourtant, cela n'était pas assez: il fallait encore, sous les pieds et sous les plis refoulés des vêtements, un bloc massif qui fit contrepoids. Mais ce bloc, le sculpteur eut l'admirable idée de le tailler en forme d'un aigle volant, symbole de l'élément aérien, en sorte que, de la partie la plus inerte de son marbre, il sut tirer une impression de légèreté fuyante et impalpable.

Sur son piédestal de 9 mètres de haut, la Messagère céleste envoyée par Zeus était représentée, non pas au moment où elle s’élance de l'Olympe et non plus au moment où elle touche le sol, mais en pleine traversée, entre ciel et terre. Seuls le redressement progressif de son corps et l'himation-parachute indiquaient que le vol allait bientôt cesser ; mais pour l'instant il continue. D'en bas on voit plane l'aigle, ses ailes sont battantes: son vaste himation (peint

la déesse descendre : elle vient des régions où

en rouge) met derrière elle comme le fond d'une grotte pourprée ; le-vent colle étroitement sur son corps les draperies qu'il ne fait pas tourbillonner, et, du milieu de ces remous de l'étoffe, la jambe gauche pousse en avant sa nudité éblouissante. L'œuvre de Paionios était, en marbre, d'une hardiesse inouïe ; maïs les difficultés de la tâche ne se révèlent qu à l'analyse, tant cette tâche apparaît aisée, spontanée, suivant sans effort son cours naturel, faisant des obstacles mêmes autant de moyens pour un exposé plus lumineux de l'idée de vol. Œuvre de tous peints admirable, et magnifique achèvement d'un effort qui durait depuis le temps lointain où Archermos de Chios avait osé, le premier, représenter en statuaire Niké ailée et volante. Le grain précieux n'avait pas cessé de lever, de croître, de fructifier : Paionios en amena le fruit au point suprême de maturité et de beauté

BigLiocrAPHie : Voir Olympia, HI : Treu, Bildwerke in Stein, p. 182 ; Furtwængler et Urlichs, Denkmæler griech. und rœm. Skulptur G® &a ),

pl. 12, p. 41 (notice de Furtwængler).

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