‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 6 sur 91 · PLANCHE VIII · texte numérisé non relu

PLANCHE VIII

LESVDEURSSŒEURS STÈLE FUNÉRAIRE

Relief découvert à Pharsale en 1861. — Paris, Louvre. — Marbre. — Largeur (en bas), 0 m. 67. — Commencement du Ve siècle av. J.-C.

ÉON HEUZEY, presque encore au début de sa longue [« glorieuse carrière, eut la joie, ayant découvert ce marbre, de pouvoir l'acquérir pour la France et de le faire entrer au Musée du Louvre. C'est le reste d'une stèle funéraire, brisée en haut et en bas ; il subsiste à peu près la moitié supérieure des deux figures qui y avaient été sculptées : deux jeunes femmes debout, face à face, vêtues de même, coiffées de même, se montrant et s’offrant avec un sourire les petits objets de leurs jeux, une fleur et des osselets. (L'une présente ses osselets enfermés dans une bourse : l’autre les tient visibles dans sa main, ainsi qu'il fut reconnu par Rayet, le premier). Peut-être le tombeau ne renfermait-il qu'un seul corps : la stèle évoquerait alors le souvenir des jeux innocents de la jeune morte avec les compagnes de son âge. Mais il est plus probable que deux sœurs étaient là réunies sous terre, et leur stèle commune les présente également réunies, comme par exemple les deux frères Kitylos et Dermys dans le monument archaïque découvert à Tanagra (Athènes, Musée National). Leurs gestes et leur semblant de conversation n'ont d'ailleurs nul sens spécial et servent seulement à faire des deux figures ensemble un groupe harmonieux.

Toutes deux sont vêtues du péplos, sans chiton par dessous ; toutes deux ont, enroulée autour des cheveux, une sorte de foulard (mitra), qui forme poche par derrière pour contenir le chignon, et dont les bouts passant par-dessous retombent devant les oreilles, plissés en queue d'aronde.

On croirait, au premier regard, que tous les détails du vêtement et de la coiffure, comme ceux de la physionomie, sont chez l'une et l’autre identiques. Mais non, comparons attentivement les plis de chaque péplos, ceux de chaque mitra, et les ondulations de chaque chevelure : nous n'avons pas sous les yeux deux numéros successifs d'une série, ainsi que cela arrive souvent dans l’art oriental ; si semblables soient-elles, les deux sœurs grecques sont deux personnes, deux réalités individuelles sur qui la vie fait passer de petites nuances différentes.

Au temps où elles furent sculptées, l'art n'avait pas encore fini de résoudre les difhciles problèmes que pose la forme conventionnelle du bas-relief : les veux sont de face et, si on considère l'épaule de la femme de droite et ce sein qui paraît unique et comme planté au milieu de la poitrine, on s'aperçoit que la route reste longue pour atteindre à la maîtrise du ciseau qui devait, une trentaine d'années plus tard, tailler l’'admirable figure de Coré dans le grand relief d'Éleusis (pl. XXXVIII). Mais, d'autre part, le profil des visages a déjà la pureté classique. Les bras se détachent d’entre les plis du péplos avec une souplesse et une grâce parfaites. Surtout, il y aces trois bras élevant fleurs et bourse d'osselets entre les deux visages : l'arrangement si naturel de ces mains est d'une réussite exquise, d’une science qui peut-être s’ignorait, mais n'en était pas moins accomplie ; et, si on le compare à celui du dessin connu de Rossetti, Rosa triplex, ce ne sera certes pas pour rabaisser le vieil imagier de Pharsale.

BisrioGrapHie: Voir Journal des Savants, 1868, p. 380 (Heuzey); Rayet, Mon. de l'art antique, I. pl. 12, et Additions à la fin dut. II.

(2H2DH 13) ‘2140077 np SNA] ‘sueq ‘SaNDS XNAQ SAT —

"XI 3HONV14

Page 1