‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 7 sur 91 · ATHENA ET THÉSÉE MÉTOPE DU TRÉSOR ATHÉNIEN À DELPHES · texte numérisé non relu

ATHENA ET THÉSÉE MÉTOPE DU TRÉSOR ATHÉNIEN À DELPHES

Métope trouvée à Delphes en 1893 (Athéna) et 1894 (Thésée). — Musée de Delphes. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 67. — Entre 490 et 480 av. J.-C.

loin que le Trésor Siphnien, d'ordre ionique,

[ E long de la Voie sacrée de Delphes, un peu plus

s'élevait un autre d'ordre dorique,

qu'avaient construit les Athéniens après Marathon et en

Trésor,

commémoration de leur victoire. Une suite de 30 métopes sculptées se déroulait sur les quatre côtés, empruntant leurs sujets aux travaux d'Hercule, aux exploits de Thésée et à la légende des Amazones. Celle de notre planche X, une des moins mutilées, doit être la première des six qui décoraient la face d'entrée. Elle appartient à la série de la Théséide, ou plutôt elle annonce et domine l'exposé qui va être fait des glorieux exploits du héros athénien. Athéna est, en effet, la protectrice de Thésée, sa gardienne, son amie ; en chacun de ses travaux elle sera invisible et présente, toujours secourable et efficace. Elle nous est montrée ici recevant le jeune héros qui va entrer dans la carrière de peines et de fatigues, lui donnant en quelque sorte l'investiture, lui versant les paroles propres à fortifier son cœur et son bras. Elle dresse sa haute taille, sa tête déborde le champ de la métope : elle est déesse par la prestance, avant que l'aient révélé son égide et la lance qu'elle devait tenir dans la main droite. Debout en face d'elle, Thésée écoute les paroles divines et lève la mainen geste de pieux hommage : il se sent béni : il a désormais en lui la force surhumaine qui s'appesantira, comme dit Bacchylide, sur ceux qui manquent à la justice. Limitée à une surface de petites dimensions, la scène est grande, parce qu'elle s'enveloppe d’un calme auguste, et on ne saurait trop admirer la pose si simple des deux

figures se détachant sur un fond spacieux, que l'artiste n'a eu garde d'essayer de remplir, et qui, par ses larges vides, donne une si juste impression de plein air. Venons maintenant au détail et voyons combien de charme aimable peut s’allier à tant de noblesse. Tout a disparu de la chevelure d'Athéna, dont les tresses pendantes étaient rapportées en métal, comme l'indiquent les deux petits trous d'insertion sur l'épaule droite. L'égide, aujourd'hui lisse, était peinte et les trous alignés sur les bords rappellent les serpenteaux de bronze ou de plomb qui y étaient fixés. Plus bas on aperçoit un pan de l’himation tombant en pointe, puis le long chiton avec ses iolis plis fins amassés entre les jambes. Sous le tissu, la forme des jambes se dessine avec une précision aiguë. De la gauche par exemple, le modelé est exquis : les délicates attaches du genou, l’arête vive du tibia, la saillie de la cheville, tout s'indique avec une surprenante justesse, et les pieds, sur leur mince sandale, ont des orteils longs, légèrement infléchis, nerveux et secs, d'une élégance suprême. Thésée, lui, a l'air du Prince Charmant, avec son chiton court ondulant à petites rides et sa cape légère, agrafée sur l'épaule droite, qui l'enveloppe de plis gracieux. Les mutilations nous laissent seulement entrevoir la qualité des nus : la pleine rondeur de la cuisse, une cheville et un pied aussi délicats que ceux d'Athéna, cependant que le bras droit, à demi étendu, gonfle des muscles fiers, prêts à l'action. C'est, dans les deux figures ensemble, le plus délicat mélange de justesse et de finesse, de précision et d'aisance, de fermeté et de légèreté ; c'est la grâce attique en sa fleur.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Fouilles de Delphes, IV, pl. 38 ; Poulsen, Delphi (éd. anglaise), p. 181. — Dernier travail sur l'ensembie des métopes

du Trésor :

Bull. corr. hell. XLVII, 1923, pl. 14-18, p. 387 (P. de La Coste Messelière),

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