NIKE SE DÉCHAUSSANT DÉTAIL DE LA BALUSTRADE DU TÉMÉNOS D’ATHÉNA NIKÉ
Relief découvert sur l'Acropole d'Athènes en 1835. — Athènes, Musée de l'Acropole. — Marbre. — Hauteur, 1 m. 50. — Fin du V® siècle av. J.-C.
se dressait dans l'Antiquité, se dresse encore aujourd'hui le petit temple d'Ath£na Niké. Cette précieuse cassette de marbre blanc était posée comme un
S un bastion qui dominait l'entrée de l'Acropole,
bijou, bien inattendu et d'autant plus charmant, sur le fort pyrgos en pierre grise. Puis, se trouvant très près des bords à pic, il avait fallu l’entourer d'une balustrade. Celleci était en marbre et surmontée d'une grille ; elle courait, en se pliant deux fois, sur les trois côtés du bastion, et avait une longueur d'environ 35 mètres. La face tournée vers le dehors en était sculptée d’une façon continue, le même sujet se répétant, quant à la donnée générale, sur les trois côtés. C'était la déesse elle-même, peut-on dire, qui avait fourni le thème de la décoration. Puisqu'on lui rendait là un culte particulier en tant que Niké, l'idée de victoire domine tout, et donc on représenta un essaim de Nikés s'occupant, autour d'Athéna, aux actes qui sont significatifs de la victoire : sacrifice de grâces, érection de trophées, etc. Elles s'empressent, leurs bras sont actifs autant que leurs ailes, et Athéna les suit de l'œil, assise sur un rocher ou sur une proue de navire. Cette multiplication des Nikés émanées d'Athéna Niké, c'est exactement ce que sera plus tard la troupe des Amourets auprès de la déesse de l'amour.
Entre tous les morceaux retrouvés, le plus célèbre montre une de ces Nikés fort occupée de sa sandale. Elle a relevé son pied droit et, se penchant, elle atteint avec sa main droite les courroies liées autour de la cheville. Elle les dénoue, elle se déchausse. Un tel geste a pu paraître singulier, voire énigmatique ; mais il est devenu limpide à ceux qui se sont rappelé que c'était chose normale, dans les sacrifices grecs, au moins pour certains partici-
pants, de n'approcher l'autel que pieds nus. Or, les
Nikés de la balustrade ne s'amusent pas à des fantaisies individuelles : en présence d'Athéna, leur reine, elles participent toutes aux cérémonies qui sont la consécration religieuse de la victoire, elles préparent cette consécration rituellement et leur façon d'être à toutes est soumise aux exigences du rite. Béni soit le rite qui nous a valu pareille attitude, familièrement prise dans la vie, mais rehaussée d'une grâce si pure et d'un charme si délectable !
Niké, soutenue par la seule jambe gauche, est dans un équilibre peu stable, et le bras gauche, on le voit, est prêt à faire contrepoids. Le torse, penché en avant, se tourne à demi de face ; la jambe fléchit légèrement sur le genou : quelle vie dans ce beau corps qui semble vaciller ! Deux vêtements, tunique ionienne et himation. La tunique, fixée par quelques agrafes en haut des bras, est sans repli, sans ceinture; légère et fine, elle a glissé d'un mouvement souple sur l'épaule droite ; transparente, elle coule comme l'eau sur la poitrine et sur le ventre : c'est, pour le haut du corps, un voile clair, qui enchante. Le bas du corps est couvert par l'himation. Un pan, posé sur l'avant-bras gauche, retombe jusqu'à terre, et le reste, revenant par devant, s'infléchit, couvre la jambe gauche, puis remonte sur la jambe droite par une suite de grandes courbes aux creux pleins d'ombre, qui sont un autre enchantement. Il y a bien un peu d'artifice dans ces arrangements enchanteurs : pour la tunique, dès lors que le torse est penché en avant, elle ne devrait pas y rester adhérente ; et, pour l'himation, qui drape si admirablement les jambes, ne doit-on pas se souvenir que la position des jambes est essentiellement momentanée et ne peut pas avoir commandé un drapement spécial? L’artifice existe, mais sans apprêt, sans virtuosité, accompagné encore de noblesse et de style. Puis, quelle facture triomphante !
BIBLIOGRAPHIE : Voir Casson, Catal. Acropolis M., II, n° 12; Mélanges Holleaux, p. 302 (Vollgraff). — Pour l'ensemble dont faisait partie
ce relief, voir Kekulé, Reliefs an d. Balustrade d. Athena Nike.
PLANCHE LXVIT. — NikÉ SE DÉCHAUSSANT.
Athènes, Musée de l'Acropole, (CI. P. Sébah, à Constantinople.)
LXVIIT. LXIX et LXX