NÉRÉIDES ” STATUES DÉCORATIVES
Statues provenant d'un monument funéraire de Xanthos (Lycie), découvertes en 1842. — Londres, British Museum. — Marbre. — La hauteur actuelle de ces trois statues varie de 1 m. 40 à 1 m. 43. — Fin du V® siècle av. J.-C.
N dynaste de Lycie, inconnu de nous, se fit cons- U truire à Xanthos, sa capitale, vers la fin du v° siècle, un somptueux mausolée de marbre blanc. Nous disons : mausolée, avant la lettre, puisque le véritable Mausoleion ne devait exister qu'un demi-siècle plus tard : mais celui d'Halicarnasse avait eu, à Xanthos, un très digne précurseur. Le monument comprenait un haut soubassement carré, qu'ornaient tout autour deux frises en relief, et, au-dessus, un édifice ionique, orné aussi d'abondantes sculptures. Cet édifice était une sorte de petit temple avec fronton, toit à double pente, colonnade extérieure de quatre colonnes en façade et six sur les longs côtés ; et le principal de la décoration sculptée consistait en des statues placées dans les entrecolonnements. Il y avait seize entrecolonnements, donc seize statues : on a retrouvé les restes de douze d'entre elles, sans aucune tête malheureusement.
Elles offrent chacune ce détail singulier, que, sur la plinthe, entre leurs pieds, est sculpté soit un dauphin ou un oiseau de mer ou un crabe, etc., c'est-à-dire une indication concrète de l'élément marin, comme, sur la plinthe de la Victoire d'Olympie (pl. LXIV), était sculpté l'aigle pour signifer la région aérienne. Ce sont donc des figures teprésentées courant sur la mer, de même que la Victoire était représentée traversant l'air. On les a appelées ]Néréides, et ce nom sert toujours à désigner le monument d'où elles proviennent. Mais on a supposé aussi qu'elles pouvaient être de la même famille que ces deux statues dont parle Pline, Aurae velificantes sua veste, des Brises personnifées faisant la voile avec leur vêtement. Ce serait alors l'illustration de la légende, selon quoi les Iles des Bienheureux, quelque part dans l'immense Océan, étaient
éventées par le souffle éternel des brises fraîches : pareillement à Xanthos, le petit temple, ilot de mort, aurait été entouré par la ronde de ces femmes enveloppées de vent, mouvantes comme le vent. On a pensé enfin à des personnifications de navires : le dynaste lycien aurait été fier de sa flotte, et il aurait voulu que ses nefs, qui étaient pour lui ses filles aimées, restassent sous forme humaine à jamais autour de sa tombe, gonflées de vent et glissant sur les flots. L'on peut rappeler ici la fable des navires d'Énée métamorphosés soudain, au moment où ils vont être anéantis par la flamme, en autant de jeunes et belles déesses marines. Cette légende, certainement grecque, de nefs changées en femmes, avant d'inspirer Virgile, a bien pu inspirer aussi le décorateur du monument de Xanthos.
Nefs ou Brises ou Néréides, ces figures sont toute grâce et toute souplesse. Elles portent généralement le péplos fermé, avec long repli et ceinture visible (pl. LXVIII), ou même demi-fermé, ouvert à la partie supérieure (pl. LXIX). L'une, par exception (pl. LXX), est vêtue du long chiton fin, avec très court repli et agrafes en haut des bras ;: un cordon, passé autour des épaules, refoule la toile sous l’aisselle. Toutes, elles ont en outre l’himation : mais ce n'est plus pour elles un vêtement, c'est une voile ouverte, arquée par les souffles marins, qui fait oublier le poids de la matière et semble lui conférer une légèreté aérienne. Elles courent sur l'eau, les belles filles, se poursuivent l'une l’autre, pareilles aux grandes vagues qui viennent incessamment déferler au rivage. Le vent les enveloppe, les pénètre et, si je puis dire, les modèle; il plaque ou fait voler les draperies, les rend mouvantes et bruissantes. L'âme du vent règne, dans la ronde éternelle de ces figures de marbre.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Smith, Catal. greek sculpt. in Br. M., I, n°5 910, 912 et 909. — Pour le monument que décoraient ces statues, avec d'autres
encore, voir Smith, Jbid, p. |.
PLancHE LXIX. — NÉRÉIDE.
Londres. British Museum. CI. Mansell.)