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DEXILÉOS MONUMENT FUNÉRAIRE
Haut-relief, toujours en place au Céramique d'Athènes, où il fut exhumé en 1863. — Marbre. — Hauteur du relief (sans le fronton par-dessus et sans l'inscription par dessous), 1 m. 40. — Année 394 av. J.-C.
E Céramique, à Athènes, est traversé par une large E allée, à droite et à gauche de laquelle se succédaient les concessions de famille, aménagées en petites terrasses par des murs de soutènement. Sur ces terrasses se dressaient, non pas alignés, mais dans un désordre animé et mouvant, les monuments funéraires. Un de ces terrains, en forme de quart de cercle, avait été pris par Lysanias, du dème de Thoricos, et diverses stèles y marquaient les sépultures des membres de la famille. Au-fond, s'élevait un relief de marbre, en l'honneur de Dexiléos, l'un des fils de Lysanias, un vaillant tué à vingt ans contre Corinthe, en 394 avant Jésus-Christ.
Dans le bas, une inscription en belles grandes lettres, dont le seul aspect matériel a déjà quelque chose de noble et de grave, indique sobrement le nom du jeune homme, les dates de sa naissance et de sa mort, l'endroit et l'occasion où il périt : « … à Corinthe, un des cinq cavaliers ». Au-dessus, le relief se développe sur un champ presque carré, qui fait penser à celui d'une métope. Il es: limité en haut par le surplomb d'un fronton, encadré de moulures simples, avec acrotères aux angles. Des palmettes étaient peintes sur ces acrotères, une diaprure rouge et bleue courait sur ces moulures et le tympan entier était recouvert d'une couche bleue uniforme.
Le relief met en scène deux figures de combattants : un cavalier vainqueur et un piéton vaincu, qui va être transpercé de la lance et foulé sous les sabots du cheval. Le piéton est tombé sur le genou gauche : i se retourne et se raidit dans un dernier effort, et son corps s’allonge obliquement, quasi parallèle au ventre du cheval qui se cabre. Sa main gauche eit crispée sur la poignée du bouclier, désormais inutile ; sa droite, armée d’un glaive (en bronze, aujourd'hui disparu), fait un geste de défense qui ne peut avoir nul résultat, car une des jambes de devant du cheval cabré retombe au même moment sur ce bras et l’immobilise. Il voit donc la mort inévitable : il la regarde venir avec calme, les yeux dans les yeux de son
À la mémoire de Jean Pottier, tué à l'ennemi en 1915.
adversaire, Et celui-ci va donner la mort, avec le même apaisement du visage. Ainsi, durait toujours l'air de sérénité intangible que la sculpture du V® siècle avait mis sur toutes les têtes comme une empreinte uniforme ; l'art de Phidias prolongeait son écho. D'ailleurs, à qui peuton mieux comparer ce bel éphèbe sur son beau cheval qu'aux brillants cavaliers, d’un demi-siècle plus anciens, qui galopaient sur la fris: du Parthénon? Bien assis, serrant des genoux sa nerveuse monture, vêtu d'un fin chiton avec ceinture à la taille et de la légère chlamyde dont les ailes s'envolent gracieusement, n'est-ce pas du Parthénon qu'il semble être descendu pour aller combattre à Corinthe? [| brandissait de la main droite s? lance victorieuse (en bronze, disparue) : il tirait fortement de la gauche les rênes (rênes et bride étaient aussi en bronze), pour retenir et enlever son cheval. Sa tête n'était pas coiffée du casque guerrier : elle était ceinte d’une large couronne d'or, qui rayonnait d'en haut sur la scène entière.
L'heureux détour, pour nous entretenir du défunt ! Car le combat réel est devenu ici un combat entre héros, qui enveloppe de beauté ses violences et se déroule dans une sorte d'atmosphère divine. Le jeune Dexiléos qui, en réalité, mordit la poussière, on ne nous le montre pas tué ou mourant :1 est représenté dans un exploit idéal, fer sur son cheval, maître de son ennemi. Il est le vainqueur : et sa couronne d'or, au lieu d'un casque, était le signe de son triomphe. Le relief, en somme, continue en un autre langage l'inscription que nous avons relatée : après les mots « … il mourut à Corinthe, un des cinq cavaliers ?, voici la suite que laisse clairement entendre la sculpture : « Mort, oui ; glorieusement mort, pour la Cité. Ne le pleurons pas. Ne nous souvenons que de sa vie, qui fut belle, de son courage et de sa vaillance. Voyons-le devant nous toujours, brillant de jeunesse, paré de force, couronné d'or. Le; couronnes périssables du printemps ont péri; mais la couronne de gloire resplendit. impéris-
sable. »
BIBLIOGRAPHIE : Voir Conze, Attische Grabreliefs, n° 1158, pl. 243. — Pour la sépulture de famille dont faisait partie le monument de Dexiléos
voir Brückner, Friedhof am Eridanos, p. 57.
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PLANCHE L XXI. DEx1ILÉOS.
Haut-relief du Cérami e d'Athène CL R}
HEGESO STÈLE FUNÉRAIRE
Bas-relief, toujours en place au Céramique d'Athènes, où il fut exhumé en 1870. — Marbre. — Hauteur totale (depuis le bas de la plinthe jusqu'au sommet de l'acrotère central) , 1 m. 51. — Commencement du IV® siècle av. J.-C.
À mon ami Paul Jamot, en souvenir respectueux d'UNA.
ON loin de la concession de Lysanias (voir la notice de N la pl. LXXI), il y avait au Céramique celle de
Koroibos, du dème de Mélité. Parmi les marbres qui sy dressaient, se trouve la stèle fameuse d'Hégéso, qui fut femme de Koroibos. Son monument es: pour nous la perle du Céramique. Il n’en est pas dont la simplicité ait tant de charme et dont le charme ait tant de sentiment ; il ravit l'esprit et touche le cœur.
Le champ du relief, plus haut que large, se termine par un fronton avec acrotères, dont la moulure inférieure porte la brève mention du nom de la morte : Hégéso fille de Proxénos . Les deux extrémités du fronton reposent sur deux chapiteaux d’ante, et les antes mêmes continuent jusqu'en bas, étroites et peu saillantes. Ces antes et ce {ronton joints éveillent l'idée d'un petit temple, à l'entrée duquel se jouerait la scène. Il n'y a là qu’une scène de gynécée; mais un tel encadrement a pour effet de l'enlever aux ambiances terrestres et de la transporter dans un monde pur et divin. D'ailleurs, ce cadre grave n’imposa nulle contrainte au sculpteur, qu a fait, le plus librement du monde, déborder son sujet par dessus les deux pilastres.
Sur une chaise (et, en contemplant ce siège, la cambrure de ses pieds et de son dossier, nous prenons idée que le mobilier, peut-être modeste, de la maison de Koroibos, devait être en tout cas d'une distinction rare), Hégéso est assise ; son coffret à bijoux lui est présenté par une Jeune servante debout devant elle. De ce coffret, elle a tiré un collier, qu'elle allonge sous son regard ; indiqué jadis par un trait de couleur, le collier a disparu, mais son existence demeure attestée par le geste des deux mains élégantes. La jeune femme est vêtue, d'abord, du mince chiton de lin ; en outre, elle porte :ur ses épaules un léger himation de laine, qui descend derrière sen dos et dont une partie se trouve momentanément retenue contre
Je ventre par la pression de l’avant-bras gauche. Ses pieds, chaussés de sandales, ont sous eux un petit tabouret à griffes de lion. Les boucles ondées de ses cheveux sont traversées de trois minuscules rubans, qui semblent les lacets du s1ccos recouvrant le chignon : ils se terminent devant la tempe en un petit nœud, qui est un vrai bijou. Puis, le haut de la tête est recouvert d'une courte calyptra très fine, transparente, retombant mollement sur le cou. La servante, elle, est vêtue d’une espèce de sarrau à longues manches étroites; elle a les pieds chaussés de bottes molles, et la chevelure entière serrée dans un petit bonnet, qui laisse à peine échapper une bouclette de chaque côté de l'oreille.
La scène ici figurée n’est pas du tout un rappel de quelque épisode de la vie d'Hégéso. Elle a un caractère beaucoup plus général. On la retrouve pareille sur d'autres stèles ; et toujours elle sert à rappeler sommairement la condition de la morte. Il s'agit de la femme d’un citoyen riche, laquelle pouvait mener une existence oisive et par moments distraire son loisir grâce au maniement songeur de ses précieux bijoux. Rien autre chose. Il ne faut donc pas chercher ici une personnalité, penser que nous ayons sous les yeux le vrai portrait d'une Athénienne, croire qu'elle mourut jeune et fauchée en sa fleur. De cela nous ne savons rien. Le sculpteur a, suivant l'usage, dépouillé sa représentation de tout caractère concret. Mais, en même temps, il a su, par la magie de son goût attique, lui insuffer une si belle vie harmonieuse et verser tant de charme sur le doux profil de la jeune femme, sur les bras nus, sur les plis légers de l'adorable draperie, qu'il a, peut-être très loin de la réalité, donné à l’art une figuré immortelle. L'indicible attrait qu'elle a pour notre esprit lui vient précisément de cette atmosphère de grâce qui l'enveloppe et qui semble n’appartenir pas à ce monde : c'est Hégéso élyséenne.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Conze, Attische Grabreliefs, n° 68, pl. 30. — Pour la sépulture de famille dont faisait partie la tombe d'Hégéso, voir Brückner,
Friedhof am Eridanos, p. 104.
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PLancHE LXXII. HÉGéso.
Bas-relief du Céramique d'Athène (CL Alinari
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