‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 71 sur 91 · HERMÉS D'OLYMPIE (ŒUVRE DE PRAXITÈLE · texte numérisé non relu

HERMÉS D'OLYMPIE (ŒUVRE DE PRAXITÈLE

Statue découverte à Olympie en 1877. — Musée d'Olympie. —

entière, à compter du sol (plinthe non

comprise) jusqu'au bras levé, devait

Marbre de beau Paros. — La hauteur totale de la statue 2 m. 27. —

être d'environ

Milieu du [VE siècle av.].-C.

A statue est à peu près entière ; il lui manque seulement le bas des deux jambes (encore le pied droit a-t-il été retrouvé) et l'avant-bras droit. Les attributs dans les mains ont disparu ; mais des petits bronzes, inspirés du même type, permettent une restitution certaine. D'autre part, l'état de conservation est excellent; le marbre a gardé intactes toute la fraîcheur et la fleur de son épiderme. — Le dieu Hermès s'est arrêté dans sa marche tranquille ; il a profité d’un tronc d'arbre près de lui pour y poser sa chlamyde, en sorte qu'il est nu entièrement. Le tronc, étoffé de la chlamyde, lui fait un accoudoir de fortune, où il s'appuie du bras gauche. Sur ce brasil porte assis l'enfant Dionysos, lequel, s'accrochant à l'épaule de son grand frère, voudrait bien atteindre quelque chose dans la main droite levée d'Hermès : c'est une grappe de raisin. naturellement, que convoite si fort le dieu, à peine né, de la vigne et du vin. Enfin, dans sa main gauche fermée, Hermès tenait le manche de son caducée. La figure du petit Bacchos est insignifiante, dans tous les sens du mot. Très médiocre de facture, elle est surtout inexacte dans sa construction et ses proportions, et témoigne que l'art de cette époque n'avait pas encore le moindre souci de l'aspect vrai d'un corps enfantin. Puis, elle ne sert de rien en ce qui concerne Hermès, lequel pourrait toujours, sans Dionysos, s'accouder au tronc d'arbre, prendre son attitude flexueuse, lever le bras droit avec un attribut quelconque. La présence du petit bonhomme n’a aucun effet d'ordre plastique, et nous verrons que l'esprit même d'Hermès semble être indifférent à cette présence et sa pensée lui demeurer étrangère. Hermès, lui, est parfait. Ses formes ont une justesse et une beauté accomplies. L'attitude accoudée occasionne un jeu savant de courbes savoureuses, doucement chatoyantes, et il faut avoir palpé lentement, sur l'original, cette hanche flexible et ces rondeurs de la cuisse pour apprécier l'in-

croyable finesse d'un modelé tel qu'il n'y en eut jamais de plus sûr et de plus souple. Nulle fadeur cependant, encore que le ciseau soit si caressant. Nous avons devant nous un puissant athlète : le thorax bombé, le bourrelet des hanches, ces autres bourrelets au-dessus du genou sont les signes évidents de sa force magnifique, dont l'impression s'accroît encore par l'air de bélier que donne au visage, sous la chevelure plantée bas, le développement presque anormal des muscles du front : reconnaissons et saluons le dieu de la palestre ! L'exécution se poursuit toujours attentive et, peut-on dire, amoureuse, jusqu'aux moindres détails. Rien n'est plus élégant que la sandale sous le pied droit, avec le fin réseau de ses lanières dorées, s’entrelaçant autour des doigts et de la cheville. Dans un autre genre, on a maintes fois loué l'opposition entre le travail heurté des cheveux, aux boucles épaisses et courtes, et le modelé si tendre des chairs voisines : il y a là, indépendamment de la couleur qui jouait pourtant son rôle, un délicat calcul de coloriste. Et la draperie encore : cette chlamyde, jetée sur le tronc d'arbre, est comme mise en dehors de la statue, mais l'exécution n'en fut pas pour cela jugée chose secondaire : elle est œuvre de maîtrise non pareille, avec une souplesse de plis, un moelleux de laine finement tissée, à faire prendre en dégoût, même injustement, n'importe quelle autre draperie sculptée.

À quoi songe ce bel Hermès? Car il paraît songer. Il n'est occupé ni du petit dieu qu'il porte sur son bras gauche, ni de la grappe qu'il balance au bout de sa main droite; ses yeux sont ailleurs. Fixent-ils un but défini? Je ne le crois pas. Ils sont indifférents et vagues. L'esprit momentanément se repose, comme le corps. L'indéterminé du regard me semble signifier une sorte de nonchaloir spirituel, qui correspond au nonchaloir physique, marqué par l'attitude indolente : l'un et l'autre état de nonchalance s'accordent en une subtile harmonie.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Olympia, IL: Treu, Bildwerke in Stein, p. 194: Furtwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, p. 529, Lechat, Le

front de l'Hermès d'Olympie, dans les Mélanges Perrot, p. 207.

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