VÉNUS DE CNIDE (ŒUVRE DE PRAXITÈLE
Statue de provenance inconnue. — Rome, Vatican. — Marbre, copie d'un original qui lui-même était en marbre.— Hauteur
(sans la plinthe), 2 m. 04. — Milieu du IV® siècle av. J.-C. (date de l'original)
E 1V® siècle vit l'avènement de la femme en sculpture : de la femme, c'est-à-dire de la beauté féminine et du nu féminin. Les sévères déesses du
ve siècle, sous leurs draperies qui les enveloppent de chasteté et de noblesse, ne laissent deviner généralement que des formes larges et puissantes. L'idéal athlétique, sur quoi on règle la figure de l'homme, s'impose aussi à la figure de la femme ; la volupté, la délicatesse fragile, le charme même lui sont choses étrangères. Un esprit nouveau s'éveille à la fin du V® siècle : certains effets obtenus par de fins tissus transparents et collés sur la peau équivalent en somme à un déshabillage partiel, avec éclipses, qui a quelque chose de détourné, comme s'il n’osait pas s'avouer. Ensuite est venu, dans la Vénus de Milo, le franc déshabillage, encore limité cependant ; il n’était lui-même qu'un acheminement au déshabillage complet, sans réserve et sans honte. Ainsi le dernier voile tomba ou acheva de tomber, et la Vénus de Cnide apparut rayonnante, vêtue de sa seule beauté, aux regards éblouis de la Grèce. Peut-être Praxitèle ne fut-il pas le premier à concevoir l'idée irrespectueuse de montrer Aphrodite nue. Scopas, dit-on, aurait été son précurseur en cette voie. Mais ce qui n'était qu'un météore passager dans la carrière de Scopas brille dans celle de Praxitèle comme une étoile fixe. Il a été un incomparable ouvrier du marbre; son goût naturel l'inclinait aux poses nonchalantes, indolentes ; puis, il avait sa Vénus à lui, la belle Phryné, amie de son cœur et inspiratrice de son ciseau : tout convergeait donc vers un tel sujet, où trouvèrent satisfaction son amour
de la
ondoyants, sa prédilection enfin pour le marbre qui ajoute
femme, ses préférences pour Îles contours une chaleur aux plus délicates caresses du modelé. La Vénus de Cnide fut, après le Zeus d'Olympie, la plus renommée statue de l'art grec. Sa gloire se répandit dans toute la Grèce et ne cessa de briller durant l'Antiquité entière. Pour les amants de la beauté, Cnide devint un but de pèlerinage ; même, un bel esprit de l'Antho-
logie imagina que la déesse de Paphos était venue pour
contempler, elle aussi, sa propre image et que, s'étant bien reconnue, elle était partie songeuse, et disant : «Où Praxitèle m'a-t-1l vue, m'a-t-il vue nue?.. »
Elle fut étonnée, non fâchée. Car le sculpteur, en la dépouillant de ses vêtements, ne l'avait point dépouillée de sa pudeur ; il lui avait laissé sa haute dignité, son air souverain. Elle n’a rien à redouter, elle se sait à l'abri des regards humains ;-une solitude olympienne l'enveloppe et la protège. La déesse est au moment de prendre son bain ; l’idée de bain est suggérée par cette grande hydrie (vase à eau) posée à gauche. Le dernier vêtement, roulé, chiffonné, est déjà tombé en partie sur l'hydrie et près d'échapper tout à fait à la main gauche qui le tient. La main droite fait un geste instinctif, qu'on doit se borner à indiquer légèrement, car il est sûr qu'Aphrodite ny songe même pas, tant son visage est calme, éloigné de la pensée d’une indiscrétion possible.
Maintenant, comment dire la douce harmonie qu'on sent monter de toutes les lignes de ce corps un peu penché, de ces jambes aux rondeurs descendantes, de ce col ployé et de cette tête doucement inclinée? Ce sont là points de départ d'où l'on s'élance pour une reconstitution de l'original ; car, ne l'oublions pas, nous n'avons sous les yeux qu'une copie, et copie plutôt médiocre. D'abord, la tête ne lui appartient pas (elle est antique et vient d'une copie de la Cnidia oui; mais d'une autre copie), et elle a été inexactement replacée : elle devrait être un peu plus tournée à gauche et un peu plus inclinée en avant. Puis, le socle sous l’hydrie a été refait trop haut, en sorte que l'avant-bras gauche (restauré), qui tient la draperie, se trouve trop relevé. Etc. Surtout, nous n'avons pas cet extraordinaire modelé, dont l'Hermèsd'Olympie nous donne l’idée, modelé qui semblait rendre la chair féminine animée et chaude, vraiment vivante sous les caresses de la lumière. Du moins, il reste l’essentiel : cette nudité de femme, avec sa grâce, avec son charme, avec sa neuve beauté ; elle surgit soudain, réclamant à l'art ses droits longtemps méconnus et, du premier coup, s'affirmatriomphante.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Helbig, Führer in Rom (3° éd.), 1, n° 310 : Furtwængler, Meisterwerke d. griech. Plastik, p. 551.
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