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Groupe découvert à Delphes en 1894. — Musée de Delphes. — Marbre. — Hauteur. environ 2m.40. — IV® siècle av. J.-C.
E monument entier avait près de 9 mètres de hauteur. Il comprenait d'abord une haute colonne, qui n'avait rien des types canoniques de l’architec-
ture, qui était plutôt une libre convention décorative, inspirée de la tige de certaines plantes. Car elle semblait par terre sortir d'une touffe de feuillage ; puis des feuilles encore, des feuilles adhérentes, cerclaient chaque joint sur les cinq tambours superposés ; enfin, au sommet, un large épanouissement d'acanthe formait une sorte de balcon en saillie. Du milieu de cette grande tige en jaillissait une seconde plus mince, courte et toute feuillue, autour de laquelle évoluaient trois danseuses ; et sur les têtes de ces danseuses, aidées par l'extrémité de la tige centrale, reposait le bassin d'un grand trépied en bronze doré, dont les trois pieds venaient respectivement s'enfoncer dans les trois feuilles d'acanthe en saillie du balconchapiteau. L'exhumation de ce monument extraordinaire, de qui le pareil ne s'était pas encore rencontré, a été certainement la plus inattendue et peut-être la plus intéressante des nombreuses découvertes de Delphes. Mais nous n'avons ici à en considérer que la partie de sculpture, c'est-à-dire le groupe des trois danseuses.
Elles dansent lentement, sagement, faisant toutes trois le même mouvement, sans se tenir par la main. L'une de leurs mains, la gauche, s’abaisse et tire à elle le bord du vêtement ; l'autre main se levait d'un geste gracieux jusqu'au sommet de la coiffure : le geste était commandé par la danse, ét en même temps faisait penser à un soulagement possible du fardeau pesant sur la tête. Les deux jambes se séparent légèrement, la gauche portant le poids du corps, la droite se balançant en liberté. Chaque figure est vêtue d’un chiton court, ne couvrant même pas les genoux ; il est fixé par quelques agrafes sur les épaules et serré d'un mince cordon immédiatement sous les seins ; un autre cordon, croisé et passé en huit, relève les plis sous l’aisselle. Ce tissu très fin se plaque sur le ventre, dont tous les détails et le nombril même transparaissent, cependant qu’à côté de souples plis ondulent et se courbent
mollement par l'action de la danse. Le visage, éclairé un peu d'un soupçon de sourire, est encadré par une chevelure épaisse, sans raie, formant une sorte de turban ondulé; et l'oreille, soigneusement dégagée, se pare d'un élégant anneau.
Reste l'étrange coiffure, un cercle de roseaux taillés en pointe, qui est planté droit sur les cheveux, comme le diadème en plumes d'un chef Peau-Rouge. C'est le calathiscos, dont on se garnissait la tête pour danser la caryatis ; et la caryatis était une danse en l'honneur d'Artémis, spéciale à la ville de Caryæ, exécutée par les femmes de Caryæ. Elle était en grande vogue, et l’on venait des alentours assister à la danse des Caryatides, comme à présent on va d'Athènes à Mégare, aux fêtes de Pâques, pour voir les danses renommées des Mégariennes en habits de fête. Les Danseuses de Delphes, robustes Laconiennes vêtues du chiton court et coiffées du calathiscos, sont donc, au sens ethnique du mot, des Caryatides ; et on peut, au sens architectural et vitruvien, les dénommer caryatides encore, puisqu'elles portent sur la tête un fardeau et semblent même faire un geste pour l'alléger.
Je crois devoir, par prudence, arrêter à ce point le commentaire du sujet. Il est fort possible que l'idée de substituer le nom précis et régional de Caryatides à l'appellation indéterminée de corés (voir notice des pl. LXII-LXIID), pour désigner les supports d'architecture en forme de figures féminines, ait été suggérée par un monument tel que celui de Delphes. Encore ne le savons-nous pas, et on peut concevoir tout autre ce monument d'où aurait Jjailli l’idée du nom nouveau pour les colonnescorés. Puis, quel effort hasardeux, d'essayer une assimilation des Danseuses avec certaines statues de Praxitèle donton ignore tout, sinon qu'on les appelait les T'hyiades et peut-être aussi les Caryatides ! Car, si les têtes mutilées paraissent nous offrir, dans l'air finement aimable et distingué du visage, quelque chose de praxitélien, il n'ya cependant rien ici qui rappelle l'exécution du maître, il n'y a nul souvenir de sa facture prestigieuse.
BiBLiOGRAPHIE : Voir Fouilles de Delphes, IV, pl. 40-42 ; Rev. archéologique, 1917, 1, pl. 4-5, p. 24 (Homolle) ; Poulsen, Delphi (éd. anglaise),