PLANCHE LXXXIV. ZEUS
ASCLEPIOS “ZEUS BLACAS ”
Tête trouvée dans l'ile de Milo en 1828. — Londres, British Museum. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 58. — IV® siècle av. J.-C,
prouvé maintenant qu'elle provient d'une figure
ce tête fut longtemps dénommée Zeus ; il est; doit pas surprendre ;
d'Asclépios. L'erreur ne car les deux divinités avaient beaucoup de traits communs’ et, quand leurs attributs spéciaux n'entrent pas en compte il est parfois malaisé de ne point les confondre. Ces traits marqués, cette barbe touffue, cette chevelure étagée ne se rencontrent-ils pas aussi dans la plupart des figures de Zeus (exception faite pour le seul Zeus d'Olympie suivi du seul Zeus de Mylasa : voir notice de la pl. LXXXIV)2 Or. dès le v° siècle, Asclépios avait été habituellement représenté avec la grosse barbe et toutes les apparences de l'âge mûr ; au 1V° siècle, ce type fut officiellement consacré par la grande statue chryséléphantine qu'exécuta Thrasymède pour le temple d'Épidaure, et cette statue nous est connue grâce à des reliefs votifs retrouvés dans le sanctuaire même et à des monnaies de la ville. Ainsi, entre les deux dieux existait une grande ressemblance d'aspect ; mais, sous ces visages matériellemeni semblables, il appartenait à l'art de répandre, autant qu'il le pouvait, une âme différente : de faire sentir dans les traits de Zeus la vigueur, la majesté, le surhumain. dans ceux d'Asclépios la douceur et la bonhomie.
Nous sommes renseignés sur le caractère d'Asclépios et sur l'idée que se faisait de lui la foule des dévots par les inscriptions si curieuses, exhumées à Épidaure, qui relaten. maintes guérisons miraculeuses opérées au cours des pèlerinages. Le trait essentiel de sa nature est la bonté. Tandis que les autres dieux se font redouter à cause de leur puissance, lui il se fait aimer. Il n'accède pas seulement aux prières ; il y a la façon, et la façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne. Ce n'est pas de loin et d’une hauteur silencieuse qu'il accorde les guérisons:; il vient à ses malades, les soigne, cause avec eux; et ce n'est pas en fantôme mystérieux qu'il circule, mais plutôt comme un
médecin aux allures simples, d'humeur rude ou joviale selon les moments, parlant aux gens le langage qu'il faut, se mettant au niveau de leur esprit. Cette bonté devient charmante et touchante, quand elle s'exerce pour la protection des humbles et des faibles ; car il ne guérit pas seulement les maux du corps, il rend aux esprits la paix et la joie: tous ceux qui sont dans l'affliction peuvent s'adresser à lui. Il est par excellence le dieu compatissant et humain, le dieu qui aime le plus l'humanité ; on l'appelle avec confiance philolaos, «ami du pauvre monde).
Bien entendu, par une juste opposition, ce dieu brave homme est dur quelquefois pour ceux qui ne méritent pas la compassion. — « Irène se transporte à grands frais en Épidaure, voit Esculape dans son temple, et le consulte sur tous ses maux, etc.» Tout le monde connaît la petite scène délicieuse qu'a imaginée La Bruyère. Il ne savait pas grand chose du vrai Asclépios, il ignorait les documents de divers genres d'après lesquels nous pouvons aujourd'hui établir le caractère et la physionomie du dieu. Mais il a deviné juste, en présentant son Esculape comme un homme qui ne s’en laisse pas imposer, moqueur au besoin et sachant renvoyer d'où elles viennent les vieilles coquettes impudentes. Avec en plus le poli du langage, c'est toujours le dieu des pélerins de l'Antiquité, brusque et brave, qui voit clair et parle net.
Or, la tête de Milo nous offre, sous son aspect le plus haut, l'image de cette belle conception d'un dieu bon et doux, animé d’une inépuisable philanthropia. Sans doute, ce n'est pas le guérisseur aux façons un peu vulgaires, que se figurait la vision des petites gens ; c'en est. dirai-je. aforme noble et olympienne, la forme d'où l'autre, plus terre à terre, dérivait. Maturité de l'esprit, paix du cœur, science unie à la sagesse, force calme jointe à la mansuétude, voilà ce qu'elle exprime, et, si la majesté divine s'y efface un peu, c'est pour laisser mieux appa-
raître l’humaine charité.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Smith, Catal. greek sculpt. in Br. M., 1, n° 550 ; Rayet, Mon. de l'art antique, |, pl. 42 (notice de Collignon:; Afhen,
Mitteil., XVII, 1892, p. 7 (Wolters).
PLANCHE LXXXV. ASCLÉPIO
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