PLANCHE LXXXVII. HERMÈS SE REPOSANT
' | } Musée de Naple (CI. Alinari.)
LXXXVIIT
HÉRACLES EPITRAPEZIOS (ŒUVRE DE LYSIPPE)
Statuelte trouvée à Gabies. — Paris, Louvre. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur, 0 m. 35. — Vers 330 av. J.-C. (date de l'original).
E labeur de Lysippe à qui on attribuait la paternité [: de 1500 œuvres (cela est trop) et de qui on racontait que, s’acharnant sur la dernière, il en avait perdu le boire et le manger et qu'il était mort de faim (cela aussi est trop), ce labeur en tout cas a été prodigieux et vraiment herculéen. Serait-ce la raison pour quoi le grand ouvrier a porté un amour particulier au héros des grands travaux? Car il a aimé Héraclès, il en a créé le type statuaire, il l'a représenté debout et assis, au repos ou en action, il s’est complu à le faire démesuré et à le faire exigu, depuis une colossale statue pour la ville de Tarente jusqu'à une statuette de table, presque de poche, pour le conquérant Alexandre. L'Héraclès de Tarente avait des dimensions énormes et l'Héraclès d'Alexandre mesurait un pied seulement. Cette statuette, qu'on avait surnommée Épitrapézios parce qu'elle était posée chaque jour sur la table d'Alexandre, serait, après des pérégrinations sensationnelles, mais peu raisonnables, parvenue à Rome ; et là, du moins, deux poètes latins, Martial et Stace, l'ont décrite en mots précis.
Héraclès est arrivé au terme de ses travaux, 1l va goûter la récompense de sa vie d'épreuves et d'efforts ; il peut enfin se reposer. Il était figuré assis sur un rocher, et sa peau de lion ne lui était plus qu'une couverture ou un coussin propre à amortir la dureté du roc (sedens porrecto saxa leone mitigat). Sa vaillante massue aussi lui est inutile désormais, c'est pourquoi il la tenait à terre de la main
gauche : mais dans sa droite était une coupe de vin ou de
nectar, et, le visage relevé, il regardait le ciel (spectat resupino sidera vultu). D'après ces indications, nous pouvons reconstituer avec exactitude sept ou huit statuettes, plus ou moins mutilées, qui sont des copies de l'œuvre originale. Dans toutes, heureusement, s'aperçoit encore ce qui faisait le mérite essentiel de l'Épitrapézios, à savoir la grandeur, indépendante des dimensions. Héraclès nous y apparaît avec tous les traits de son type, du type définitivement établi par Lysippe, avec une musculature formidable sans être excessive, avec les proportions surhumaines convenables au héros surhumain. Devenu dieu, entré dans un repos plein de sérénité, c'est toujours l’ouvrier des immenses travaux ; et sa grandeur se manifeste en raison inverse du peu de matière qui la contient : exiguo magnus in aere deus : fines inclusa per arctos maiestas ; parvusque videri sentirique ingens.
Ces derniers mots (parvus… ingens) seraient applicables aussi à certaines œuvres d'un sculpteur italien de la Renaissance : Jacopo della Quercia. Il a modelé, pour le portail de San Petronio, à Bologne, des figurines nues qui, malgré leurs dimensions minuscules, évoquent les colossales figures de Michel-Ange. Mais le seul Lysippe et le même Lysippe fit à la fois l'Épitrapézios, qu'on pouvait lever d'une main, et l'Héraclès colossal qui, à Tarente, voisinait avec un autre colosse plus gigantesque, de Lysippe encore, un Zeus de quarante coudées, que le général romain, vainqueur et déménageur de la ville, jugea impossible d'emporter.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Gazette archéologique, X, 1885, pl. 2, 8, p. 29 (Ravaisson).
2 AtAN =
PLancHE LXXXVII. HÉRACLÈS EPITRAPÉZIOS.
Paris. Musée du Louvre. (CI. Hachette.)