NYMPHE ET PAN RELIEF VOTIF
Fragment de bas-relief découvert sur la pente Nord de l'Acropole, en contre-bas des Propylées, en 1835. — Athènes. Musée de l'Acropole. — Marbre. — Hauteur, 0 m. 62. — IV® siècle av. J.-C.
Es Nymphes dont l'imagination des Grecs avait peuplé la campagne et qui figuraient le charme des vallons, la grâce des fontaines, l'attrait des bois,
étaient vraiment de jolies et séduisantes personnes. Sans aucun attribut qui décelât leur qualité, sans nulle majesté dans le port et l'attitude, ce n'étaient vraiment que des femmes, mais exquises. Sur les reliefs votifs où la sculpture les a représentées, on les voit d'ordinaire réunies à trois ensemble, marchant à la file et près de commencer ou déjà ayant commencé leur danse légère ; un demi-cercle de rochers s'étage autour d'elles, rappelant les grottes de la montagne où coule un filet d'eau et où le troupeau vient s'abriter du soleil brûlant. À une extrémité apparaît ordinairement la grosse tête cornue d'Achéloos, roi des fleuves et Génie des eaux courantes: à l'autre, assis sur un escarpement, Pan, le dieu pastoral, ami et gardien des chèvres, le « bon Pan corne-bouc », joue tranquillement de la syrinx, et c’est le son de cette flûte qui a réveillé chez les Nymphes le désir de la danse. Voilà donc comment il faut se figurer entier et intact le bas-relief, dont nous n'avons plus ici qu'un morceau, ébréché de toutes parts. On doit regretter, naturellement, de ne le point posséder complet, en raison de la qualité de son exécution, qui le met au-dessus des autres reliefs analogues. Pourtant, consolons-nous de ses mutilations en pensant que, sans elles, nous n'aurions jamais sous les yeux qu'un sujet banal, connu à des dizaines d'exemplaires, tandis que, brisé comme il l’est, il se treuve présenter un sujet nouveau, tout différent du véritable : et on peut bien jouir un instant, à la dérobée, de cette fantaisie inattendue, que le sculpteur antique ne pouvait prévoir. Nous allons décrire ce sujet nouveau.
La scène est limitée à deux personnages, Pan et la Nymphe ; et Pan qui, dans le sujet véritable, n'a qu'un rôle secondaire, se trouve maintenant passer au premier plan.
Il est assis, le petit dieu capripède : ce qu'on voit de lui surtout, ce sont ses jambes velues, que terminent de; sabots secs et alertes : cela suffit ; on ne songe pas à sa syrinx disparue, et plutôt il rappelle, dans sa position haut perchée, le Sphinx redoutable sur la route de Thèbes ou bien c'est le gardien peut-être de quelque cachette. Mais devant lui, voici la tentatrice : la Nymphe danse et elle semble danser pour lui, pour lui seul. Enveloppée dans sa fine draperie qui lui sert aussi de voile et lui entoure la tête comme d'un léger capuchon, son poing gauche posé sur la hanche d'où se répand jusqu à terre un flot de plis ondoyants, son bras droit écartant un peu le tissu pour donner plus d'aisance aux mouvements de son corps, dressée sur la pointe des pieds, elle danse. Bien que son vêtement colle sur elle de la poitrine jusqu'aux genoux, tout en elle, dans ce vêtement même et dans sa pose et dans sa danse, n'est que grâce décente et chaste retenue. Mais. cette pudique personne, ne dirat-on pas que, de son visage penché, elle sourit aux jambes du bouc? Ne croira t-on pas voir couler ce sourire sur son corps entier ? Et dès lors, par ce reflet de sourire, le sens de la scène n'est-il point changé? Cette ample draperie enveloppante et quas transparente n'es: faite sans doute que pour piquer le désir ; ce lent mouvement de danse, accentué tout à coup par le geste de la main gauche sur la hanche, n'est sans doute que provocation : il n'v a plus, en face des jambes du bouc, que savan manège de coquetterie : il n'y a plus, en face du d'eu gaillard et sensuel, qu'une femme qui étire son beau corps souriant, miroitant sous ses voiles.
Il demeure bien entendu que la scène véritable du relief, reconstituée au complet, était toute différente de celle que je viens de décrire, mais celle-ci s'impose à l'esprit si on prend tel qu'il est, comme un tout, ce débris mutilé. Elle n'est pas vraie, mais elle est plus attrayante que la vraie, et j'ai bonnement cédé à son attrait.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Casson, Catal. Acropolis M., Il, n° 1345: Athen. Mitteil, XXXVNII, 1912, pl. 14, p. 178 (M. Bieber).
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