PLANCHE XCII VÉNUS ACCROUPIE
XCIIT
OFFICIANTE
Statue découverte à Porto d'Anzio en 1878. — Rome, Museo Nazionale. — Marbre. — Hauteur (sans la plinthe). 1 m. 70. III siècle av. J.-C.
ETTE figure singulière ne peut être déterminée que par ce qu'elle porte sur son bras gauche. C'est un plateau, en partie brisé aujourd'hui, où étaient
posés les divers objets suivants, dont on a pu faire, d'après les fragments qui subsistent, la reconnaissance précise : un petit brûle-parfums, une couronne de laurier, un rameau de laurier encore, une bandelette roulée. Ces objets, avec d'autres qui ont disparu, étaient destinés à une cérémonie sacrée, aux préliminaires d'un sacrifice peut-être. Celle qui les apporte peut donc être appelée une ofhciante, au sens large du mot, soit qu'elle doive effectuer elle-même la cérémonie ou seulement y remplir un office secondaire. Elle marche vers la gauche, les yeux fixés sur le précieux plateau, duquel elle approchait aussi la main droite, sans doute en touchant quelque objet. Son vêtement est composé du chiton et de l'himation. Lechiton, très ample, traînerait longuement sur le sol, si une ceinture à la taille n'avait permis de le raccourcir en le tirant de bas en haut et en étalant sur le ventre un large colpos. Une seconde ceinture, que l’on voit, est passée sur la poitrine. Le tissu était fixé par une agrafe sur chaque épaule, mais à droite il a glissé, il est tombé jusqu’au milieu du bras, découvrant en plein toute l'épaule et un grand espace de la poitrine, où on s'étonne de ne constater pas le moindre renflement. Quoique raccourci comme nous l'avons dit, le chiton descendrait encore jusqu'à terre, mais il est fortement relevé à gauche, pour ne point entraver la marche ; et les pieds nus se découvrent avec leurs fines sandales. L'himation est posé sur l'épaule gauche et laisse pendre de là un pan vertical, tandis que l'autre partie traverse obliquement le dos et s'étend sur le flanc droit, après avoir fait un gros rouleau qui contourne horizontalement la taille jusque sur le côté gauche, où la forte pression du bras l'arrête et maintient le tout en place.
Il n'existe peut-être pas d'autre statue antique comparable à celle-ci, pour la succession des motifs de surprise. Voici la chevelure, une chevelure de femme : au lieu que les cheveux soient peignés en arrière, ils sont tous ramenés
en avant et leurs boucles s’enroulent et font chignon juste au-dessus du front. Voici le cou, un cou gras où se dessinent, dans la chair souple, les plis renflés du « collier de Vénus » :
visage d'éphèbe. Voici le corps, qui est d'une femme puissante, solidement bâtie et dans son entier développement, jambes fortes, hanches larges, épaule pleine et dodue :
au-dessus de ce coù vraiment féminin, un
avec cela, pas de gorge, du tout. Ces contradictions se suivant finiraient par donner à la figure un air équivoque; on penserait à un garçon habillé en fille. De fait, on y a pensé ; on l'a dit et on l’a écrit ; certaines opinions qui ne s'accordaient pas, concernant le sexe véritable, eussent pu se résumer dans un article au titre dansant : Giovinetta-giovanotto,.… Fanciulla#fanciullo.… Cette danse légère paraît s'être arrêtée ; on ne conteste plus que l'Officiante ne soit femme, sous ses vétements de femme.
Maintenant, il faut revenir à ces vêtements, qui ont quelque chose de nouveau ; non pas dans leur arrangement et leur disposition générale, en quoi tout est normal. Mais on doit considérer leur étoffe même et le parti que l'artiste a tiré d'eux. Le chiton est buriné de fines rayures, lesquelles se retrouvent pareilles dans la partie qui plaque sur la jambe droite et dans celle qui retombe verticalement devant la jambe gauche et dans celle qui se creuse en trous pleins d'ombre entre les deux jambes : cela donne au tissu un aspect consistant et solide. Puis, quel naturel et quelle franchise dans cette moitié de gauche relevée, pour dégager le pied, comme un bas de robe d'aujourd'hui ! L'himation, d'autre part, soit qu'on regarde le bourrelet autour de la taille ou les plis en écharpe sur le flanc droit, est traité avec une surprenante vigueur, dans un élan de force. Les deux vêtements ensemble sont d'une facture qui les met au premier plan de l'œuvre : et la belle épaule nue, le beau visage incliné semblent, par leur modelé doux et tendre, destinés à mettre mieux en valeur l'originalité rude et savante de cette draperie qui fait, à elle seule, quasi le tout de la statue.
BIBLIOGRAPHIE : Voir Helbig, Führer in Rom(3° éd.), Il, n° 1352 : Brunn-Bruckmann's Denkmeæler, pl. 583-584 (notice d'Amelung) ; Münchner
Jahrbuch, 1907, Il, p. 1 (Furtwængler).
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)'LANCHE XCIIL. OFFICIANTI