‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 86 sur 91 · MARSYAS SUPPLICIÉ · texte numérisé non relu

MARSYAS SUPPLICIÉ

Fragment de statue trouvé à Rome en 1845. — Musée de Berlin. — Marbre, copie d'un original probablement en bronze. — Hauteur, 0 m. 88. — Vers 300 av. J.-C. (date de l'original).

N sait l'histoire de Marsyas, le gaillard Silène; elle fait comme les trois parties d'une action dramatique. La déesse Athéna vient d'inventer la double

flûte ; elle s'en dégoûte, la trouvant déplaisante, et la Jette à terre avec mépris. Le Silène, transporté d'envie, s'empare de l'instrument, malgré la défense de la déesse: et le fait sien. C'est la le premier acte, où Myron, au v® siècle, a trouvé le sujet d’un groupe fameux (voir notice de la pl. XXXVII). — De plus en plus, Marsyas s'enchante des deux roseaux percés de trous ; les sons de sa musique le grisent, il se laisse égarer par l’orgueil, il veut être celui

Dont la flâte hardie a confondu la lyre ;

il brave Apollon et le défie. Les voici tous deux en lutte : le dieu assis, drapé de la longue robe, sa grande cithare dressée à gauche, l'air calme, majestueux, impassible ; devant lui, le Silène debout, nu, soufflant éperdument dans les tuyaux que parcourent ses doigts. Entre les concurrents, un Scythe, le couteau à la main, est la claire indication de la sentence que vont prononcer les Muses, témoins et juges du concours. C'est là le deuxième acte, qui inspira Praxitèle, au 1V° siècle, pour ses reliefs de Mantinée. — Et voici le dénouement, tel qu'un sculpteur l'exposait, dans un groupe de trois figures, au commencement du 1° siècle. Le jugement a été rendu, l'impitoyable punition se prépare. Les trois acteurs de la scène précédente sont toujours là : Apollon, assis, jouit silencieusement de son triomphe ; l'exécuteur Scythe, accroupi, aiguise sur une pierre son couteau ; Marsyas, pendu par les poignets à un arbre, va être écorché vif. De ces trois statues, on possède des copies, mais celles du Marsyas sont de beaucoup les plus nombreuses ; probablement, on en avait fait plusieurs reproductions isolées, à cause de son particulier intérêt de nouveauté.

Nouvelle, en effet, était la vue de ce corps humain présenté ainsi. Ni la palestre, ni le stade ou l'hippodrome, ni la

vie quotidienne, ni le champ de bataille n’en offraient de pareille ; c'étaient une imagination dansle jardin des supplices. Le supplice n’a d’ailleurs pas commencé; pour un moment encore, Marsyas conserve sa chair intacte et fraîche, pleine de santé, pleine de vigueur. Mais, suspendu par les poignets et allongé de haut en bas par son poids même, il offre un étirement des membres et surtout du torse qui fait de lui, au point de vue plastique, une figure absolument neuve. Entre les diverses copies, j'ai donné la préférence à celle du musée de Berlin, réduite au torse, parce que l'exécution en est excellente. D'autres ont conservé la tête : cette tête hirsute, grimaçante, semblable un peu, à celle de certains Centaures de l'époque hellémistique n'offre pas un intérêt majeur. D'autres nous rendent un peu plus des jambes et des bras, agrémentés d'une forte végétation pileuse : ces membres durs et secs de demifauve sont bien connus depuis Myron, et l'on peut humer ailleurs ce fumet sauvage. Mais le torse distendu par le poids des jambes et par l'étirement des bras, avec les côtes qui font saillie, avec la cage thoracique qui se dessine comme en relief, avec le ventre aplati et rentré, avec le réseau des grosses veines sur le bassin et le haut des cuisses, ce torse aminci, creusé, presque vidé, est chose unique dans l'art grec et cause une impression saisissante. Il évoque en nous certaines images violentes et réalistes du Crucifñé, tandis que la tête, si elle existait, ramènerait notre pensée à l'époque païenne.

On s’est quelquefois avisé de comparer et rapprocher, pour le rendu des muscles, la statue de Marsyas supplicié et l'œuvre signée d'Agasias, « Gladiateur Borghèse », au Louvre. Cette comparaison n'est pas justifiée, et elle est désobligeante pour le VMarsyas, qui est une œuvre très étudiée, certes, mais saine et franche, savante sans étalage de savoir. L'habile statuaire Agasias a voulu un jour devenir professeur et faire, avec son Combattant, une démonstration anatomique. L'auteur du ÂMarsyas pendu est resté simplement ce qu'il était : un artiste, et il a fait simplement ce qu'il avait à faire : un pendu.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Beschreibung d. antiken Skulpt. zu Berlin, n° 213 : Amelung, Führer in Florenz, n° 86.

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