GAULOIS BLESSÉ A MORT “ GLADIATEUR MOURANT
Statue de provenance inconnue. — Rome, Capitole. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Longueur (avec la plinthe). 1 m. 88. — Deuxième moitié du [ZI° siècle av. J.-C. (date de l'original).
URANT une bonne partie du IHi° siècle avant Jésus- Christ, des bandes gauloises, qui étaient braves. hardies et pillardes, traversèrent en tout sens la
Macédoine et la Grèce du Nord : d'autres se répandirent en certaines régions de l'Asie Mineure. Elles se heurtèrent enfin à la ferme volonté et à la solide armée du chef de Pergame, Attale, qui sut les assagir. Les victoires d'Attale eurent grand retentissement, et, comme bien on pense, le vainqueur fut le premier à les faire sonner. Parmi les monuments dont il embellit Pergame, il y avait des statues et groupes de bronze relatifs aux Gaulois. Certains de ces bronzes « galatiques » ont été heureusement conservés, dans des copies de marbre, entre lesquelles une statue de Blessé, tombé à terre ; on ne peut pas n'y pas reconnaître dès l’abord un Gaulois, mais on prétendait jadis voir en ce Gaulois un gladiateur : ce qui avait pour conséquence de transporter la scène d'un champ de bataille en Asie au milieu d'un cirque à Rome.
Le Gaulois est entièrement nu, avec un forques autour du cou : nudité non pas héroïque et conventionuelle, mais véridique et réelle, puisque ces hommes quelquefois raconte Diodore, étalaient leur mépris des blessures et de la mort en marchant nus au combat. Celui-la, percé au flanc, a laissé tomber son grand bouclier ovale, qu'il avait au bras gauche, laissé tomber aussi sa longue trompe de guerre, qu il levait de la main droite. Les jambes étendues sur ce bouclier, le torse à demi relevé, s'appuyant d'une main au sol et pressant l'autre contre sa cuisse, il regarde couler son sang et sa vie. Ce grand corps de Barbare blond se termine par une tête où nous voyons, marqués avec précision, les traits caractéristiques de la peuplade : moustache laissée seule au milieu du visage rasé : cheveux dressés en mèches dures, pareilles à celles des Satyres et des Pans. Ces traits se retrouvent les mêmes dans toutes les têtes de Gaulois que nous possédons, particulièrement dans la farouche tête, admirable, du musée du Caire. Or, nous lisons dans Diodore (V, 28) que, parfois, la chevelure des Gaulois ressemble, pour l'épaisseur. à une crinière de cheval ; que les uns rasent leur barbe, que d'autres
la portent assez courte, que les nobles seuls conservent la moustache, en se rasant joues et menton, mais qu'ils la laissent pousser, de manière qu'elle couvre leur bouche : aussi arrive-t-il qu'en mangeant, les aliments s'y embarrassent, et qu'en buvant, la boisson y passe comme à travers un tamis. Dans nulle tête de Gaulois, il n° y a, même atténuées, de telles notes de sauvagerie : crinière chevaline et moustache en broussaille. Comment les artistes, qui avaient à représenter des vaincus et à exprimer leur défaite aux yeux de leurs propres vainqueurs, n'ont-ils pas été inclinés à les montrer plus effrayants, plus Barbares, plus vraiment Gaulois? Voici, je crois, une réponse. L'évident succès des Gaulois dans l'art grec, au tm siècle, ne fut pas dû à la seule curiosité qu'inspirait la nouveauté de leur type physique. Car les Grecs étaient depuis longtemps familiers avec des types exotiques autrement caractérisés. Le commerce des esclaves leur avait fait connaître les plus variés échantillons d'humanité. Si les sculpteurs ne tirèrent point parti de ces modèles abondants et divers, c'est que les esclaves n'étaient pas des hommes, et n'intéressaient pas un art qui n'avait d'autre souci que l'homme, l'homme libre, l'homme-né ; un art tellement « anthropocentrique », disons mieux : { androcentrique ». Mais les Gaulois, eux, n'étaient pas du bois dont on fait les esclaves. Ces Barbares-là non seulement savaient se battre ; vaincus, ils nese laissaient pas ramasser prisonniers et traiter comme bêtes d'un ‘roupeau : ils se tuaient plutôt. Justement une sculpture « galatique », représente un Galate qui vient
de nous connue,
d'égorger sa femme, la soutient encore par un bras morte et affaissée et s'égorge lui-même en jetant à l'ennemi un regard d'indomptable et féroce fierté. Donc, c'était des Barbares, mais des hommes, et bien dignes d'intéresser l'art, qui, en effet, dès qu'il aborda ces modèles nouveaux, leur montra une sorte de considération. C'est pourquoi, sans doute, tout en observant les principales particularités ethniques, et en donnant àcelles-ci le plus savoureux accent, il se garda d'y insister, d'en faire un
sujet d'étonnement, et plutôt les adoucit, les ennoblit.
3IBLIOGRAPHIE: Voir Helbig, Führer in Rom (3° éd.) I, n° 884 : von Bienkowski, Darstellungen der Gallier in d. hellenist. Kunst. p. |.
OS
(‘uos12puF 12) ajoyide”) 10} "LYON V 3$S$4 14 S107 1VT) "IJADX IHONY ld
SATYREAU FLÜTEUR
Statue de provenance inconnue. — Paris, Louvre. — Marbre. — Hauteur (sans la plinthe), 1 m. 26. — III siècle av. J.-C.
NTRE le Satyre au repos de Praxitèle et ce Satyreau flûteur, une génération au moins a passé. L'esprit grec s’est tourné peu à peu vers des formes nou-
velles d'art et de littérature. Les satyreaux entre les mains des sculpteurs, les amoureaux sous les doigts -des corop'astes populaires, les pastoureaux dans l'imagination des poètes se sont multipliés, les uns aidant les autres, et nous montrent une petite population nouvelle. La poésie bucolique est née, elle a plu et son succès sera durable. A l'appel de ses ffûtes l’art répondit, en apportant des figurations de la campagne et de la vie rustique. C'était la descendance du Satyre au repos, du beau Satyre praxitélien, nonchalamment accoudé, tenant distraitement son chalumeau, ne faisant rien, ne songeant à rien, qui semble avoir commandé autour de lui la paix et le silence. Les Satyreaux du 1° siècle, plus jeunes d’abord, ont quelque chose de plus vif et plus remuant.
La statue du Louvre montre un garçonnet qui a rencontré, lui aussi, un cippe et s'y appuie, mais légèrement: sans s’abandonner. Une peau de petite panthère, fixée sur l'épaule droite comme une chlamyde, dégage gracieusement l'épaule gauche, couvre un peu la poitrine et retombe en masquant presque entièrement le cippe. La tête est
BIBLIOGRAPHIE : Voir Frœhner, Sculpt. antique au Louvre, n° 262.
couronnée de boucles de cheveux assez courtes et agitées. d'un certain désordre, des cheveux de gamin, que ceint un étroit cercle, presque invisible. Les oreilles pointent droit et raide, très efflées. Sur le haut du front bossué, deux protubérances minuscules, grosses comme un pois qui ne serait pas gres, annoncent la naissance des cornes. Ces oreilles, cette promesse de cornes, puis au bas du dos une touffe de poils qui se retrousse en façon de virgule renversée, ce sont les seuls traits qui rappellent, sans rien de brutal et de choquant, la nature bestiale. Tout le reste est d'un garçon joli, fin, qui s’est arrêté un instant et accoudé, a croisé franchement ses jambes l'une par-dessus l'autre, et qui, penchant son visage mutin sur le roseau, ajustant aux trous ses doigts (fûteet doigts restaurés, mais la restauration ne prête pas à critique), va joyeusement faire retentir les échos de la campagne ; et peut-être il verra venir à lui, attiré par les sons enchanteurs, quelque Satyre du voisinage, comme par exemple ce Satyreau du musée de Madrid quiaattrapéun chevreauàla course et le rapporte allègrement sur ses épaules, en jouant avec lui. Comme ces deux statues ensemble auraient été bien à leur place dans le jardin sicilien de Théocrite, inventeur de l'idylle et de l'églogue !