‹ Scvlptvres grecqves antiqvsChapitre 88 sur 91 · ENFANT À L'OIE (ŒUVRE DE BOÉTHOS · texte numérisé non relu

ENFANT À L'OIE (ŒUVRE DE BOÉTHOS

Statue de provenance inconnue. — Munich, Glyptothèque. — Marbre, copie d'un original en bronze. — Hauteur (sans la

plinthe). 0 m. 84. — 11° siècle av. J.-C. (date de l'original).

ART grec, qui a tant cherché et tant trouvé, qui a | créé tant de types admirables de l'homme et de la

femme, a failli finir sans avoir connu l'enfant. Ce nest pas que l’aimable gent rieuse et joueuse manquût absolument. Sans nous reporter aux stèles funéraires, à certains reliefs comme la frise de Phigalie ou aux terrescuites hellénistiques, 1] n'y a qu'à rappeler, dans la grande statuaire du 1V° siècle, Ploutos enfant, porté par Eiréne, et Dionysos enfant, porté par Hermès (pl. LXXIX). Mais ces exemples mêmes prouvent que les auteurs n'avaient point l'habitude ni la juste connaissance du corps enfantin. C'est que l'enfant, tant qu'il restait aux mains de sa mère. à l'intérieur du gynécée, et qu'il n'avait pas commencé à prendre une petite valeur sociale par l'accès à l'école ou au gymnase, ne retenait l'attention de personne et ne comptait donc pas pour l'art. Lorsque le sujet nécessitait la présence d'un garçon en bas âge (Ploutos et Dionysos enfants, le petit Œdipe aux bras du berger, etc.), le sculpteur ou le peintre l'expédiait au jugé, sans modéle. sans étude préalable, sans souci de la vérité.

Or, ceux qu'on appelle familièrement les « petits hommes » ne sont nullement des raccourcis d'homme, des réductions d'adulte. Ils ont un physique très particulier, qui varie selon les étapes de la croissance, et ce n’est pas seulement par les dimensions générales qu'ils sont différents de ce qu'ils seront plus tard. Considérons la grosseur relative de la tête dans le jeune âge, et que l'œil, dès sept ans, a déjà pris tout son développement ; considérons aussi les pas hésitants des petits, leur ventre gros et bas, leurs membres trop courts, leurs plis de chair aux poignets’ aux genoux et aux chevilles. L'être entier de l'enfant, son aspect et ses proportions sont toujours en voie de changement et réclament donc une étude attentive pour être rendus avec justesse, avec naturel. Cette étude a beaucoup tardé dans les ateliers grecs. Enfin Boéthos vint, qui se fit une spécialité de ce que ses prédécesseurs avaient

négligé, et il en tut récompensé par le succès. Son Enfant à l'oie, surtout, fut admiré et aimé : on en possède plusieurs copies, avec légères variantes.

La figure principale du groupe est un petit garçon, qui a été grandi selon la convenance de l'œuvre : mais sa tête grosse, les bourrelets de sa chair, son ventre ballonné indiquent le bas âge. Il est au temps où on trotte tout nu dans le gynécée et dans la cour, caressant les animaux familiers et quelquefois ayant noise avec eux. Justement il y a eu querelle entre une cie et le jeune maître ; l'oie veut se dérober, l'enfant veut la retenir et lui presse le cou entre ses deux bras. Il serre la bête à l'étouffer, et on comprend qu'elle voudrait fuir ; mais il ne comprend pas, lui ; il est sans méchanceté, il veut seulement garder près de lui son amie. Et comme il est beau dans l'effort qu'il déploie ! Calé sur ses jambes courtes, tendant tout son corps grassouillet, il semble un petit Hercule dompteur de monstres ; mais le monstre ici n'est qu'une oie, non pas même sauvage, une oie domestique. Voila un excellent modèle de la sculpture de « genre ?. Le motif, emprunté à une anecdote familière, est exprimé avec une clarté et une aisance parfaites. Tout de suite, on perçoit le contraste amusant entre l'attitude héroïque du petit homme et son âge enfantin, entre sa vaillance herculéenne et la qualité de son adversaire. Après cette heureuse impression de l'ensemble, le regard peut s'arrêter à loisir sur une suite de détails, qui demeurent chacun à son plan et dont l'exécution est charmante : le plumage de l'oie, ses pattes palmées, la façon énergique dont elle s’est piétée pour la résistance ; puis, sur la grosse tête ronde de l'enfant, ses fins cheveux noués en rose au-dessus du front et retombant par derrière en jolies boucles. Détails pleins d'attrait ; mais l'essentiel demeure toujours le corps de cet enfant, si juste, si vrai, si minutieusement étudié et pénétré : tête sans cou, grosses joues rondes, chairs en bourrelets, anatomie et proportions irréprochables de tout point.

BIBLIOGRAPHIE : Voir Furtwængler, Beschreibung d. Glyptothek zw München (2° ed.), n° 268.

Page 1