‹ Sébastien Bourdon, sa vie et son œuvreChapitre 14 sur 59 · Lettre de Naudé à Gassendi · texte numérisé non relu

Lettre de Naudé à Gassendi

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d’artistes Français qui, dans cette grande ville étrangère, partageaient mêmes travaux , plaisirs et parfois dangers.

En 1652, Raphaël Trichet avait quarante-un ans, Sébastien trente-six, c’est-à-dire que l’un et l’autre, ayant déjà parcouru la moitié de leur vie , touchaient à cet âge où la pensée aime à s’envoler en arrière. Dans cette capitale hyperboréenne , sous le toit de la même hôtellerie, au cours des longues soirées hivernales , il est permis de croire que leur causerie dut reprendre bien souvent 1 ’iter romanum de leurs juvéniles années , leur esprit évoquer plus d’une fois ces vastes horizons pleins de sérénité et de lumière et les perspectives grandioses de ces palais, dans l’ombre desquels dormaient pour tous deux de si chers souvenirs.

Mais s’il était loisible à Bourdon de causer ainsi avec Du Fresne de leur commun séjour en Italie , combien il lui était plus aisé encore de parler de France avec des Français. Ce palais , cette ville , dont nous venons d’esquisser la fugitive silhouette , comptait à cette époque parmi ses hôtes , ses habitants , quantité de nos nationaux. Un suédois eût dit , non sans quelque amertume , que cela tournait à l’invasion.

A la suite des traités d’alliance conclus entre les deux nations sous l’inspiration de Richelieu, les armées et les gentilshommes des deux Etats avaient plusieurs fois guerroyé pour la même cause , combattu côte à côte. La gaieté charmante, l’élégance et la politesse raffinée des nôtres avaient, en cette occurrence, produit leur effet accoutumé de séduction. L’aristocratie suédoise s’était éprise de nos moeurs, de notre esprit, de nos coutumes. Cette tendance, déjà accentuée pendant la minorité de Christine , avait redoublé encore depuis que cette princesse gouvernait d’une façon effective son royaume.

Rêvant d’implanter dans ses Etats , encore quelque peu arriérés , les lettres , les arts et tous les progrès de la civilisation méridionale, la fille de Gustave-Adolphe avait pris pour modèle la France , et pour éducateurs de ses peuples les Français. Les grands seigneurs souriaient à ce caprice de jeune femme et adoptaient volontiers les élégances mondaines , le luxe et les modes de Paris , accueillaient

BOURDON ET CHRISTINE DE SUÈDE

sympathiquement nos savants et nos artistes ; mais le populaire souffrait jalousement ces faveurs prodiguées à des étrangers.

Longue serait la liste des membres de cette colonie française , qui comprenait , à côté des illustrations les plus remarquables de notre patrie , de modestes ouvriers représentant nos diverses industries , et force valets et chambrières transportant sous les lambris aristocratiques de Stockholm, au milieu delà domesticité indigène, l’esprit gouailleur, inventif et futé de Martine et de Gros René. Nous nous contenterons de citer les plus marquants. Sous ce rapport, notre tâche est déjà plus qu’à moitié remplie, puisque l’on sait déjà, qu’à cette époque, Gabriel Naudé occupait au palais les fonctions de bibliothécaire, Raphaël Trichet du Fresne celle de garde du cabinet, Sébastien Bourdon la charge de premier peintre, et que Daniel Huet, le futur prélat, encore laïque, partageait le bon accueil fait par la reine à Samuel Bochard , et grâce à son érudition précoce tenait brillamment son rang dans les doctes conversations qu’aimait à engager cette princesse avec son savant entourage. Il nous reste pourtant à nommer le graveur Nantcuil , auquel l’histoire est redevable de l’admirable estampe , exécutée d’après le portrait de Christine par Bourdon; le peintre Signac, qui lui aussi eut l’honneur de retracer sur la toile les traits de la souveraine et dont le tableau, resté en Suède, se trouve au château royal de Stockholm. Simon de La Vallée *, architecte de grand talent, auquel furent confiés les travaux les plus considérables et dont on peut encore admirer les superbes ouvrages. C’est lui qui dessina et commença, en 1648, le Riddarhuset ou Palais de la Noblesse , qui fit aussi le dessin et la bâtisse des deux églises monumentales , ILedvige- É Honore et Sainte - Catherine. Son fils Jean , qui lui succéda dans ses fonctions et le surpassa peut-être dans son art, servit tour à tour les rois Charles X et Charles XI. A lui est dû l’achèvement du Riddarhuset en 1680, et en 1665 la conception et l’exécution du Tombeau des Charles, son plus beau titre de gloire. En visitant ces divers édifices , ces

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