Titre équivalent à celui de premier médecin du roi
vaient d’ailleurs partout en Suède. Sous Gustave-Adolphe, la direction générale de l’artillerie avait été confiée à Monnier, que Rühs, dans son Histoire de Suède, appelle Monieur. Eric XIV avait eu pour précepteur Denis Beurré, et comptait au nombre de ses gentilshommes un officier de fortune 1 Claude Collart , qui, dans une guerre contre le Danemark , prit brillamment la ville de Drontheim en Norvège.
Arrêtons cette énumération déjà trop considérable. Elle établit clairement que les Français constituaient la majorité parmi les nombreuses notabilités étrangères attirées par Christine à sa cour.
La sympathie et l’admiration de cette princesse pour notre pays n’allaient point, en effet, jusqu’à la rendre exclusive. Elle avait su choisir pour historiographe de son royaume le holsteinois Loccenius et accorder une des chaires de l’université d’Upsal à l’élégant latiniste Freinshemius , né à Ulm. Le savant Meibomius rédigeait auprès d’elle son Traité de la musique sacrée, et chacun sait les honneurs qu’elle se plut à prodiguer au célèbre jurisconsulte hollandais Hugo Grotius.
Y avait-il donc disette d’hommes remarquables en Suède , que la reine empruntât ainsi aux rois ses voisins l’élite de leurs sujets et s’en entourât comme d’une phalange glorieuse ? Aucunement , et les plaintes , les murmures de son peuple à ce sujet étaient parfaitement fondés.
Si les états de Christine se trouvaient en arrière sous le rapport industriel et artistique , on y rencontrait de véritables illustrations dans les sciences; si les lettres ne devaient entrer que bien plus tard
i . A propos des Français au service suédois , nous dirons que les rois de Suède avaient depuis longtemps des troupes étrangères à leur solde ; ce furent d’abord des Allemands, des Écossais , des Anglais. Charles IX engagea à son service des Néerlandais et des Français ; ces derniers formaient un régiment complet de cavalerie,. Les Français jouissaient de la meilleure réputation ; Charles IX les trouvait d’un caractère singulier, mais remplis de bonne volonté. « C’est pourquoi, écrivait- » il , il faut les traiter avec considération , leur donner de bonnes paroles et ne pas » les frapper. » ( Voir l’ouvrage suédois Swenska Folhet, etc., 1. 1 , par A. Strinberg. Stockholm, 1882.)
BOURDON ET CHRISTINE DE SUÈDE
dans leur siècle d’or , de nombreux pionniers , brûlant du feu sacré , commençaient avec succès à en ouvrir les voies.
Où trouver, depuis la mort de Richelieu , un homme d’état, un diplomate digne d’être comparé au grand Axel Oxenstierna ? Quels généraux , quels tacticiens l’emportaient-ils sur Torstensson et Wrangel, ces deux disciples de Gustave-Adolphe? Gothus , archevêque d’Upsal, et Lenœus , son successeur, n’avaient-ils point écrit des traités didactiques et de profonds ouvrages de droit public ; Wexionius , approfondi la législation et l’histoire ? Le monde savant n’admirait-il pas les travaux de Bureus , le philologue qui venait de donner la clef des caractères runiques , d’arracher à la vieille terre Scandinave son plus intime secret? Rudbeck , auteur de V Atlantide; Sparfwenfeldt, le mezzofanti du xvne siècle, parlant quatorze langues et d’innombrables dialectes, ce polyglotte auquel Innocent XII avait fait un accueil si flatteur dans sa ville papale ; Stiernhielm *, à la fois mathématicien , poète , jurisconsulte , semblable par son érudition universelle aux philosophes de l’antiquité , ne réalisaient-ils point une trilogie dont la nation avait le droit de se montrer fière ?
Que Christine , après avoir eu pour précepteur le docte et sage Jean Mathias , chapelain du roi son père et grand aumônier du royaume, se fût remise à l’étude sous ce génie français qui avait nom Descartes, c’était bien ; — qu’elle voulût devenir l’élève de M. Claude de Saumaize , cette personnalité pédantesque , ce maître d’école faisant la roue sur les plates-bandes de la syntaxe, avouons que , suédois, nous nous fussions rangé au parti des mécontents.
Mais voici plusieurs pages successives , où les mots de savants et d’érudits reviennent constamment sous notre plume. Le château royal s’était-il donc transformé sous ce nouveau règne en une silencieuse salle d’étude ; la Suède était-elle rentrée au collège et sur
1 . Le portrait de Stiernhielm , attribué par les connaisseurs à quelque élève de Bourdon , se voit ou se voyait au moins autrefois à l’Académie des Belles-Lettres, de l’Histoire et des Antiquités de Stockholm. ( Œuvres littéraires de George Stiernhielm, par L. Hammarskold. Stockholm , 1818. — En tète de ce volume se trouve une belle reproduction en mezzo-tinto du portrait cité pins haut. )
le fronton de ce palais , de cette cour que présidait une reine de vingt-six ans, devait-on inscrire , presque aussi menaçante que la phrase dantesque, le futur vers satirique de Molière :
Oh ! pour l’amour du grec , souffre \ qu’on vous embrasse.
La vérité historique vient infliger à cette triple supposition un énergique démenti. Non, jamais à aucune autre époque, l’ancien Adelshuseti. * * 4 ne redit aussi souvent l’écho joyeux des incessantes fêtes. Sous ces lambris qu’ébranlaient seules autrefois les fanfares guerrières sonnées dans les cours ou les voix lointaines des chantres , psalmodiant à la chapelle une austère prière , retentissaient à présent les mélodies suaves , écloses au rayon du soleil italien , la cadence gracieuse et noble des airs de danse qu’exécutaient avec un brio incomparable d’habiles virtuoses, venus tout exprès de cette lointaine et musicale nation. Bals, concerts, représentations théâtrales se succédaient tour à tour au palais, avec un éclat, une splendeur inusités jusqu’alors.
Au sein de ces effluves harmoniques apparaissait, radieuse d’intelligence, d’esprit, de grâce et d’enjouement, la maîtresse de céans, la jeune souveraine. Elle s’avançait, lerire aux lèvres, appuj^ée familièrement au bras de la comtesse Ebba Sparre, sa meilleure amie et la plus exquise beauté de son royaume. Sous sa blanche parure , les ondes soyeuses de ses cheveux constellées de perles et de brillants, la comtesse Ebba rappelait à l’imagination la plus prosaïque ces princesses du féerique royaume des neiges , dont les poètes nimbent le front de givre, tissent la tunique dans la gaze des nues et empruntent le manteau au pur cristal des fontaines. A elles deux, elles réalisaient l’incarnation vivante en deux corps féminins de l’esprit et de la beauté , ces deux séductions également puissantes. Sur leurs pas s’élançait un éblouissant cortège d’élégants gentilshommes, d’ado-
i. Littéralement: maison de la noblesse; c’était le nom primitif du château. Il
reçut ce nom parce que , dans les anciens temps , c’était la seule construction qui
ne fût pas habitée par la bourgeoisie. Voyez ce qu’en dit George Scheutz , dans
son ouvrage intitulé Stockholm , publié à Stockholm en 1860.
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râbles jeunes femmes, d’étrangers de distinction. Les plus brillants seigneurs, tels que le comte Tott de sang royal , les comtes Dohna et Steinberg, rivalisaient entre eux de verve et de galanterie. L’aristocratie féminine, dont les toilettes délicieuses trahissaient le goût parisien , prouvait victorieusement , parle charme et la séduction de ses manières, que la grande nation suédoise était susceptible d’autres conquêtes que celles des armes. Autour de ces beautés du Nord d’une éclatante blancheur , au teint de lis , aux yeux couleur de pervenche , papillonnait , ébloui , fasciné , l’essaim des méridionaux originaires d’Espagne , d’Italie ou de France. Les premiers apportaient au milieu de ces fêtes l’entrain passionné, l’enthousiaste ardeur de leur tempérament de feu ; les derniers, l’esprit de bon aloi , la gaieté communicative de leur race. Plus froids que leurs compatriotes, mais n’en représentant pas moins chacun le génie de leurs nations respectives , les ambassadeurs des États prépondérants de l’Europe traversaient souriants les rangs pressés des danseurs. Pierre Chanut, avec son bon sens pratique , son instruction étendue , sa rigide probité en affaires, personnifiait à merveille le Tiers-État français. Whitelock , profond observateur, intelligence froide et méthodique, incarnait en lui la diplomatie habile mais égoïste de l’Angleterre. M. de Pimentel , courtisan et homme du monde accompli, cachant sous ses dehors mondains un jeu plus fin et plus serré que ses deux rivaux , était bien le véritable et digne représentant de cette noblesse espagnole, si haute et si puissante sous les règnes glorieux de Philippe et Charles-Quint.
On voyait ces trois diplomates entretenir longuement ces vaillants hommes de guerre, qui faisaient alors l’orgueil et la force de la nation Suédoise, ces héroïques survivants de l’épopée guerrière vécue par Gustave-Adolphe. L’armée, en effet, n’était pointoubliée au château, et l’uniforme militaire se mêlait au flot doré des habits de cour. La plupart de ces généraux, blanchis sous le harnais, que la reine accueillait dans sa familiarité charmante par la plus cordiale des poignées de mains , avaient suivi sur le champ de bataille le héros son père. Leur profonde science du métier des armes , la
confiance qu’ils avaient su inspirer aux troupes les plus aguerries de l’Europe, n’avaient point permis à la Suède de désapprendre, depuis la douloureuse journée de Lutzen , la voie de la victoire. Nul ne leur en savait meilleur gré que Christine; son estime et son affection pour eux étaient sans bornes.
Un dernier élément venait parfois jeter une note d’une gaieté involontaire dans ces soirées joyeuses. Un savant et docte personnage, promenant gauchement sa rêverie distraite à travers l’éclat de ces fêtes princières , commettait sans s’en douter quelque grave bévue, quelque lourde infraction aux multiples lois de l’étiquette et des usages , attirait ainsi sur lui l’attention railleuse des courtisans , mettait en relief la singularité de sa mise et l’originalité de sa personne. Déjà mille projets de mystification s’ourdissaient à son encontre ; une véritable conspiration allait se machinant dans ces têtes folles, que grisait encore l’ivresse du bal: la comtesse Ebba Sparre , aussi bonne que belle , ne lui permettait heureusement pas d’éclater. Interposant en faveur du malencontreux érudit l’autorité prestigieuse que lui assurait sur ces jeunes cœurs sa beauté sans égale, la douce jeune femme arrêtait, avant même d’éclore, toute plaisanterie d’un goût douteux, et le savant qui la remerciait se demandait s’il ne devait point son salut à quelque muse , fille du divin Praxitèle.
Mais si pareille aventure advenait aucune fois à l’un des professeurs de Christine, jurisconsulte plus coutumier de feuilleter le « bréviaire d’Alaric » que les romans de La Calprenède ou de Mlle, de Scudéry, ces bréviaires de l’élégance mondaine , orientaliste plus au courant des préceptes d’Averrhoès que des raffinements de la mode , il est à présumer que les artistes étrangers surent mieux se garder de semblables faux pas. L’étude de l’art est la meilleure des initiations à la science du costume , de l’harmonie dans les couleurs , de la grâce dans les mouvements. De plus , à cette époque, le peintre et le sculpteur approchaient de trop près et trop souvent les grands pour se trouver dépaysés en leur compagnie.
Telles durent être les raisons qui rendirent aisé à Sébastien
BOURDON ET CHRISTINE DE SUÈDE
Bourdon le rôle de peintre de cour. Quanta Suzanne, elle ne dut point traverser inaperçue les salons royaux. N’avait-elle pas pour éclairer son front la triple auréole de son talent, de sa beauté séductrice , de sa noblesse native ? L’aristocratie luthérienne de Suède pouvait-elle bouder la fille d’Alexandre du Guernier , parce que son aïeul avait préféré l’exil, puis le travail à l’abjuration de sa foi ; parce qu’elle-même , l’heure du mariage venue , n’avait point cru se mésallier en épousant un ouvrier de génie , partageant sa confession religieuse ? Il nous semble voir, au contraire , les sourires de bienvenue qui l’accueillirent dans ces sphères privilégiées , l’atmosphère de sympathie qui l’enveloppa, et nombre de jeunes femmes des plus fêtées et entourées laissant là le cercle de leurs adorateurs pour aller au-devant de cette étrangère qu’elles voyaient belle , qu’elles savaient française, qu’elles devinaient grande artiste. Pouvaient -elles rêver plus habile et plus sûre initiatrice à cette science si délicate , qui a nom la coquetterie , le goût parisien ? Comtesses ou baronnes, un cœur féminin eût-il battu sous le brocart de leur corsage , si elles n’eussent préféré à tout l’encens de leurs admirateurs blasonnés et titrés la douce joie de causer chiffons quelques instants avec une vraie parisienne ? Vit-on jamais femme priser autant un madrigal qu’un savant entretien sur la toilette ?
Non moins gracieux et bienveillant devait être , à l’égard de nos deux voyageurs, l’accueil de Christine elle-même. Sébastien Bourdon n’avait-il pas été , au lendemain de son arrivée , honoré par elle d’une mission aussi difficile à remplir que flatteuse pour son génie ? Ne s’était-il point tiré à la fois en artiste et en diplomate de cette tâche d’une délicatesse extrême : faire le portrait d’une reine dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa renommée , trop intelligente pour croire à une beauté qu’elle savait ne pas lui avoir été départie et accepter la grossière flatterie d’une toile mensongère , assez femme pourtant pour être heureuse de se voir en une image vraie, désirable et charmante? Ce problème réalisé, quelle reconnaissance 11e devaitelle pas avoir au cœur pour le peintre qui avait su le résoudre ? Mais puisque nous parlons de ce portrait célèbre , la description physique
de Christine de Suède se trouve naturellement amenée : aussi bien les tableaux par nous tracés de Stockholm , du château royal et de la cour suédoise , ne sont-ils autre chose que l’esquisse du triple cadre où se mouvait alors cette grande ligure historique.
Portrait de Christine.
hristine de Suède tenait de son père un front large et bien dessiné , capable de supporter le poids d’un diadème et de loger les plus vastes pensées. Mais elle avait, en même temps , hérité de lui d’un nez aquilin qui , en parfaite harmonie avec l’énergique physionomie de ce héros, paraissait trop accentué et trop mâle pour une tête féminine. Sa bouche présentait en sus une irrégularité fâcheuse: la lèvre inférieure , un peu forte , retombait légèrement à l’autrichienne, trahissant à la fois les fatigues de l’étude et la hauteur d’un esprit qui dédaignait jusqu’à l’ivresse du trône. Le travail et les veilles avaient encore marqué leur empreinte sur ce jeune visage, creusant çà et là quelques rides précoces, pâlissant et altérant l’éclat de son teint . Mais, pour racheter ces imperfections légères , sous l’arc nettement dessiné de ses sourcils soyeux et longs , apparaissaient deux yeux de velours , dont la tendresse inexprimable corrigeait ce que l’ensemble des traits pouvait avoir de hautain et de dédaigneux. En son regard la fille de Gustave-Adolphe mettait toute son âme, tous les trésors de son intelligence et la fiévreuse ardeur qu’elle cachait sous sa frêle enveloppe. Il s’en dégageait je ne sais quel charme magnétique , qui n’avait d’autre rival en séduction que le timbre harmonieux de sa voix. Sous ce rayon pénétrant, écoutant sa chaude et vibrante parole , l’on oubliait bien vite et son nez de « consul romain » et sa lèvre dédaigneuse, pour ne voir, n’aimer et n’admirer que la créature d’élite dont le front étincelant de génie avait été dès le berceau entouré d’une royale couronne.
C’était surtout dans les circonstances graves de sa vie , que ces
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deux qualités maîtresses , ce regard charmeur , cette voix d’or, acquéraient toute leur intensité séductrice. Le grand chancelier de justice Pierre Brahé a traduit le sentiment unanime et dit simplement la vérité, lorsque parlant du discours d’abdication de Christine il s’est écrié : « Elle était belle comme un ange, et ses paroles faisaient verser » des larmes. » Ajoutons, pour terminer cette simple silhouette, que ses cheveux abondants et bouclés retombaient à flots sur ses épaules, qu’elle était de taille petite et mince de corps , et négligeait de se rehausser par l’usage des hauts talons , alors de mode comme de nos jours. Disons aussi que son amour pour la science ne l’éloignait pas des exercices du corps : elle dansait à ravir , aimait la chasse et abattait adroitement, à cheval, « avec un fusil chargé à balle, le gibier ». Au manège, d’une bête fringante et difficile elle obtenait le passage, la pirouette , la demie-volte , les courbettes et les pas les plus savamment rhythmés , par des effets de tact et de légèreté que n’eût pas désavoués Messire Antoine de Pluvinel , le classique écuyer de Louis XIII. En un mot, la reine de Suède, en sa vingt-septième année , réalisait le type quelquefois étudié par les analystes du cœur humain , d’une laide aux yeux bleus, expressifs et suaves , au mobile visage pétri de malice et d’esprit , dont la séduction infiniment plus irrésistible et surtout plus durable que celle d’une beauté accomplie était faite tout entière des mystérieuses émanations de son intelligence et des irradiations extérieures de son âme puissante et forte. A elle eût pu s’appliquer, sans flatterie aucune , certain vers célèbre de Hugo :
Dame , elle a la couronne , et femme , elle a la grâce.
Sébastien Bourdon , avec l’intuition d’un véritable artiste qui ne s’arrête point à la surface des choses, avait promptement saisi et merveilleusement rendu la sensation étrange et captivante que nous signalons ici. Son portrait de Christine mérite justement de prendre place au rang de ses chefs-d’œuvre. C’est une tête vivante et parlante, dont l’œil grand ouvert semble avide de tout voir et de tout savoir, une physionomie rayonnante d’intelligence, pétillante d’esprit, de fine espièglerie , de douce ironie. Quant à cette princesse , elle le
considéra toujours comme la seule effigie qu’elle voulût léguer d’ellemême à l’histoire. Elle n’eut garde de l’oublier en quittant la Suède , et les visiteurs qui eurent l’honneur d’être reçus au palais Farnèse, racontent que ce tableau trônait chez elle au milieu des plus merveilleuses toiles de maîtres. Chacun sait la répartie aussi cavalière que spirituelle que lui inspira également cette peinture: «Je ne me suis jamais fait peindre qu’à mi-corps », répondit-elle à un indiscret favori qui la pressait d’ajouter à ses mémoires certaines pages par trop intimes.
Il importe fort d’élucider, avant d’aller plus loin , une question purement technique. Sébastien Bourdon peignit-il Christine une seule fois ? S’il exécuta d’après elle plusieurs portraits, quels sont-ils? N’en existe-t-il pas courant le monde d’apocryphes ?
A ceci nous répondrons que , durant son séjour à Stockholm , le peintre de Montpellier fit trois portraits de la reine. Le premier, le plus connu , celui auquel nous songions en écrivant les lignes précédentes , a été popularisé ’par la magnifique gravure de Nanteuil. Le savant et scrupuleux bibliothécaire du Landgrave de Hesse-Cassel , Arckenholtz, l’a placé en tête du premier volume de son célèbre ouvrage. Quelle collection particulière possède cette toile, que ne signale aucun des catalogues des grandes galeries de l’Europe ? Nous n’avons pu le découvrir. Plus heureux dans nos recherches vis-à-vis du croquis qui précéda le tableau, il nous a été donné de l’admirer dans les cartons du Louvre. C’est un fort beau dessin à la sanguine1, légué à notre Musée national par M. His de la Salle. Dans ce dessin , de tous points semblable à l’estampe de Nanteuil , Christine se présente de trois quarts , ses traits altérés trahissent visiblement l’état de sa santé , fort débile à cette époque ; les chairs, mal soutenues par la fibre musculaire , retombent avec quelque fatigue. On sent qu’il est grandement nécessaire qu’un artiste de génie vienne donner âme et vie à ce pâle visage, atténuer en les voilant par un savant coloris l’inélégance de certains contours. Une fine chemisette,
i. L'eau-forte de M. Hanriot que nous donnons ici a été exécutée d’après ce dessin. L 'Artiste l’a publiée dans sa livraison du 25 décembre 1881.
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serrée par un nœud de ruban autour du col de la jeune femme, couvre ses épaules; le buste, coupé haut, ne permet point d’apercevoir les mains. Le peintre a crayonné tout autour un cadre de forme ovale , qui n’est autre que la couronne de laurier dont Rome auréolait le front de ses plus héroïques fils.
On sait qu’au bas de la gravure de Nanteuil, un ami de Bourdon , le poète Scudéry, taquiné par la même muse qui lui avait déjà inspiré devant Y Argus tuant Mercure le quatrain plus haut cité , écrivit ces quatre vers non moins hyperboliques :
Christine peut donner des lois
Aux cœurs des vainqueurs les plus braves ,
Mais la terre a-t-elle des rois Qui soient dignes d’en être esclaves ?
La ponctuation de ce dernier membre de phrase varia plusieurs fois; elle sert aujourd’hui à distinguer entre eux les divers états de cette remarquable estampe.
La seconde fois que Christine posa devant son premier peintre, ce fut en Pallas qu’il la représenta. C’était là une flatterie habile, mais point neuve. Il existe, en effet, plusieurs pierres gravées où la reine de Suède apparaît le front ombragé du casque de Minerve , le hibou cher aux Athéniens posé à ses côtés. On la voit entourée des mêmes attributs sur nombre de médailles *, frappées vers cette époque. Ce nouveau portrait fut publié in-40, par Moncornet, sans nom de peintre ni de graveur, et accompagné de l’inscription suivante :
Mortels, vous deve^ estre en peine ,
En regardant Sa Majesté ,
Si c’est le portraict d’une reine Ou bien d’une divinité.
1 . Sous Gustave-Adolphe . fort peu de médailles ont été frappées en Suède ; celles consacrées à ce glorieux monarque furent en majeure partie exécutées à l’étranger. Christine , au contraire , passionnée pour les belles médailles , appela à sa cour un excellent médaillcur, François Parise , qui grava un grand nombre de coins d’une perfection vraiment artistique. La quantité de médailles frappées pendant le règne de Christine s’élève à soixante-dix. ( Histoire de Suède, par Fr. Rühs , traduite de l’original allemand en suédois, par Strinnholm. Stockholm , 1825.)
Abordons maintenant la troisième toile authentique, celle autour de laquelle plane une sorte de légende , ce tableau qui a donné matière à une anecdote répétée successivement par tous les biographes. Au dire de Wattelet, Christine de Suède, suppliée par son peuple de choisir un époux , harcelée par ses conseillers qui lui vantaient chacun un prétendant divers, et dont certains, comme Oxenstierna ou La Gardie, lui présentaient leur propre fils, consentit à ajouter un nom de plus à la liste déjà longue de ses fiancés : ce fut celui de Sa Majesté Très-Catholique. Le roi Philippe IV se montrant désireux de posséder son portrait , elle songea donc à se faire peindre dans l’attitude la plus flatteuse : à cheval sur une de ces bêtes fougueuses qu’elle savait si bien maîtriser.
La souveraine fut si satisfaite du talent déployé par Bourdon à cette occasion , ajoute le bon chroniqueur , qu’elle pria l’artiste d’aller lui-même à Madrid offrir ce tableau au roi d’Espagne , et fit armer dans ce but un de ses vaisseaux.
Galante mission, très-honorifique pour notre maître, mais il faut en convenir quelque peu singulière. Se figure-t-on cet ambassadeur chargé de dire, sans doute, au royal futur : « Vous le voyez, Sire, la princesse est adorable sur cette humble toile ; mais permettez au peintre dont les faibles pinceaux ont vainement essayé de rendre l’éclat de ses charmes, permettez-lui de vous avouer en toute humilité combien l’original l’emporte encore sur le portrait. » Wattelet n’a pas, lui, semblable scrupule à l’égard de ce madrigal diplomatique. Il continue son anecdote et raconte que Sébastien Bourdon, ayant préféré la route de terre, emballa sa « machine » sur le bateau, et partit de son côté en grande hâte. Par malheur, arrivé à Paris, il apprit que les éléments eux-mêmes s’étaient ligués contre lui, et que son oeuvre avait péri dans un naufrage.
De tout cela, une seule chose est vraie : l’existence du portrait. Oui, Christine envoya, en témoignage de bonne amitié, ce tableau à Philippe ; mais tout projet de mariage 1 entre elle et le roi d’Es-
i. Le comte Saavédra , ministre d’Espagne au Congrès de Westphalie, caressa un moment ce projet; mais dès les premières ouvertures qu'il fit à ce sujet à
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pagne était à cette époque abandonné. Elle répondait simplement à un acte de courtoisie. Don Antoine Pimentel lui ayant remis officiellement le portrait équestre du roi, son maître, par Vélasquez, elle confia même travail à Bourdon , et chargea l’ambassadeur espagnol, lors de son départ , d’apporter cette toile à l’Escurial. Quant à la tempête, l’affreuse tempête, ses proportions doivent être sensiblement réduites. Il est vrai qu’une avarie grave, survenue à son vaisseau , obligea Pimentel , parti de Gothembourg en août ou septembre , à relâcher dans ce même port, après trois jours de mer, et retarda de plusieurs mois son voyage ; mais le tableau de Bourdon ne périt point. Il est à cette heure en Espagne, dans la collection du duc de Pastrana , de même que le Vélasquez est à Gripsholm ».
L’on voyait, avant 1789, dans la célèbre galerie du duc d’Orléans, une toile qualifiée, elle aussi, de Portrait de Christine par Bourdon, dont nul n’osait attaquer l’authenticité à cette époque, qui depuis lors a plusieurs fois figuré sous la même appellation dans nos ventes publiques, notamment, croyons-nous, dans la vente de la duchesse de Berry, et que cependant nous devons à la vérité de rayer de cette liste.
Sans doute, cette œuvre artistique était bien due au pinceau de Sébastien , avait appartenu à la reine de Suède, avait figuré dans son palais romain et était venue au Palais-Royal, en compagnie des autres trésors vendus par les héritiers de Dom Livio Odescalchi au Régent; mais il y avait erreur dans la désignation de l’original.
Jamais cette délicate jeune fille, dont Fragonard et Watteau eussent été jaloux d’encadrer la tête exquise et mignonne dans un de leurs bocages cythéréens, ne présenta dans scs traits la plus légère ressemblance avec cette physionomie de « joli petit garçon » que
Rosenhane, envoyé de Suède, ce dernier lui objecta en plaisantant, «si le roi d’Espagne voulait devenir bon luthérien. » Sur quoi la conversation cessa. Quant à Pimentel, il avait reçu l’ordre de parler en faveur du roi des Romains.
1. Dussieux, les Artistes français à l'étranger. — Comtesse Ida Hahn-Hanh, Une excursion dans le Nord. Berlin, 1843.
prêtait Mlle, de Montpensier à notre princesse. Que l’on mette côte à côte la gravure d’Alexandre' Tardieu » d’après cette toile, et celle de Nanteuil d’après le tableau plus haut décrit de Bourdon, et l’on constatera de si absolues divergences dans les lignes de ces deux visages, qu’il sera impossible de conclure à l’identité du modèle.
Quelle est cette gracieuse adolescente, dont la pure fleur de jeunesse et de beauté semble sourire à la vie et n’a point pâli sur les écrits des philosophes, dont la bouche au mutin sourire ne prononça certainement jamais une citation si courte fût-elle d’un auteur grec ou latin ? Il serait curieux de le savoir. Son costume , sa toilette, par leur ajustement , placent l’exécution de ce tableau à l’époque précise où Bourdon peignit Christine. Ce doit être, sans doute, un bouton de rose éclos sous les blanches neiges de la Venise du Nord.
D’autant plus vraisemblable est cette hypothèse, que Sébastien Bourdon, durant son séjour à Stockholm , ne fit guère autre chose qu’œuvre de portraitiste. Ce ne furent point seulement les étoiles féminines de la cour suédoise qui, à l’exemple de leur souveraine , défilèrent dans son atelier ; les vieux généraux des guerres de Trente ans y vinrent à leur tour. Dans sa piété filiale , Christine de Suède, jalouse de conserver à l’histoire les mâles visages des compagnons d’armes de son père , profita de la présence du célèbre artiste pour faire exécuter par lui le portrait des capitaines de cette glorieuse période. M. Feuillet de Conches, nous assure que cette précieuse galerie fait partie du musée de Gripsholm. « On aperçoit, nous dit-il, ces tableaux au milieu des horribles portraits qui tapissent les murs du château. »
Probablement M. Feuillet de Conches a contrôlé par lui-même la vérité de son assertion. Pour nous, après avoir attentivement parcouru
i. Cette gravure fait partie du recueil intitulé: Galerie du Palais -Royal , par J. Couché. Paris, 1786. Elle est accompagnée des indications suivantes: « Christine de Suède, dessiné par Vandenberg , gravé par Alexandre Tardieu, peint sur toile , hauteur trois pieds trois pouces, sur deux pieds huit pouces de large. — Ce portrait est d’une touche fine , spirituelle , d’un dessin élégant ; les détails en sont rendus avec le précieux qui convient à ce genre. »
BOURDON ET CHRISTINE DE SUEDE
le catalogue du Versailles suédois 1 et rencontré fort souvent sur ses listes les plus grands noms de notre Ecole, Largilière, Rigaud, Coypel, VanLoo, etc., nous avons constaté que Sébastien Bourdon n’y figure point. Devons-nous pour cela mettre en doute le dire de notre savant critique français ? Aucunement : Bourdon, qui ne signa jamais une seule de ses toiles en France, ne changea rien assurément à ses habitudes pendant son voyage en Suède2. En face de cette absence de signature , les rédacteurs du catalogue auquel nous nous reportons ont dû, par un sentiment de prudence et de modestie malheureusement peu fréquent , hésiter à se prononcer sur l’auteur desdits tableaux. Franchement, étant données les attributions fantaisistes de beaucoup de nos musées nationaux , nous ne saurions blâmer un tel silence , plutôt serions-nous porté à le grandement applaudir.
Parmi les habiles tacticiens, les nombreux et éminents hommes de guerre que le peintre de Montpellier eut l’honneur de portraire, il en est un qui ne saurait être laissé dans l’ombre, dans le vague d’un renseignement général. Le propre cousin de la reine, Charles-Gustave, de la maison des Deux-Ponts, ce prince que déjà le Sénat et les grandsofficiers de la couronne avaient reconnu pour le successeur éventuel de Christine , voulut avoir son portrait d’une aussi habile main. Sébastien satisfit ce désir et, nous apprend Guillet de Saint-Georges, le futur maître du royaume lui en témoigna son grand contentement par un cadeau déjà royal. Une coupe de vermeil, toute pleine de beaux et reluisants ducats d’or, fut offerte par les ordres du prince palatin à Bourdon , et mit ce dernier dans le doux embarras de ne savoir qu’admirer davantage du contenant ou du contenu.
1. On ne saurait comparer le château de Gripsholm plus justement qu’au palais de Versailles : le même esprit a présidé à la réunion de ces deux importantes collections. Dans l’une et l’autre, le point de vue historique prime la question d’art.
2. La même raison explique, d’après nous, le silence des catalogues du musée de Stockholm et Drotningholm.
La Pompe funèbre du grand Gustave. — Les Corrège.
a souveraine magnifique dont le règne glorieux mérita d’être surnommé « F ère des palais », n’avait point demandé à notre Académie royale de Peinture l’un de ses premiers maîtres dans le simple but d’obtenir de lui quelques portraits ou tableaux. Non ; ce qu’elle poursuivait, c’était la réalisation d’un plus noble et vaste dessein. Christine de Suède réclamait du génie de Bourdon la conception, le plan d’un somptueux édifice destiné à perpétuer, au sein des âges, le nom et la gloire du roi son père. Elle voulait en un temple aux proportions grandioses, rappelant par sa savante architecture les merveilles de l’Italie , transporter la dépouille mortelle du vainqueur de Lutzen. Sous les hautes voûtes se fût élevée une tombe monumentale, contenant les cendres du héros ; ses grandes actions, son épopée guerrière rendues vivantes par un pinceau inspiré, eussent constitué la décoration interne de cet imposant sanctuaire.
C’était là une magnifique besogne pour un artiste, et beau dut être le rêve de gloire que caressa Bourdon en entendant Christine lui développer, tout au long, semblable projet. Dans sa joie, il ne put s’en taire à ses amis de France , et dans une de ses lettres s’en ouvrit imprudemment au critique d’art Félibien. Lui demandait-il, par la même missive, quelques conseils relatifs à l’accomplissement de cette entreprise gigantesque ? Si oui, de la part d’un homme à l’imagination aussi ardente, à l’esprit aussi fécond, aussi créateur, ce devait être une simple politesse destinée à flatter l’amour-propre de son ami. Mais le discret et prolixe historiographe de l’Académie n’eut garde de laisser échapper pareille fortune. Il saisit aux cheveux cette occasion inespérée de faire étalage d’érudition, et dans sa longue réponse déroula aux yeux de notre peintre l’interminable plan d’un merveilleux temple par lui conçu. Nous ne
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pouvons résister au plaisir de citer en note quelques extraits de cette élucubration artistique 1. Félibien, qui considérait ce projet d’édifice comme un de ses plus beaux titres de gloire, qui se fût écrié volontiers à son sujet : Exegi monumentum perenne , avait soigneusement conservé une copie de sa lettre.
Il l’a insérée in-extenso dans ses Entretiens sur la vie des plus excellents Peintres , au mot Bourdon , et bien qu’il daigne expliquer au bonPymandre, écrasé d’admiration après cette lecture, comme quoi ce monument ne put être élevé , faute d’avoir en Suède les matériaux et les ouvriers nécessaires pour une aussi splendide construction, on lit à travers les lignes, que Félibien ne pardonna jamais à l’artiste français de n’avoir point présenté ce devis à son illustre maîtresse. Quant à nous , qui n’avons pas les mêmes motifs que Félibien pour nous pâmer sur ses ingénieuses trouvailles, nous sommes persuadé que si l’abdication de Christine, depuis longtemps pressentie par son entourage , n’eût point mis obstacle à tous les travaux projetés en Suède , Bourdon eût , sans conseil aucun, par la seule force de son génie , conçu une oeuvre plus belle et surtout
1. « La forme en est ronde. L’on monte vingt-cinq ou trente marches, au haut » desquelles est une terrasse, entourée d’une balustrade de marbre, où l’on mettra » si l’on veut plusieurs de ces belles statues dont on dit que la reine a un si grand » nombre. . . Les colonnes et les pilastres seraient de marbre blanc veiné de noir.
» Quant à la frise , je voudrais que ce fussent quantité de jeunes enfants, qui avec » des branches de laurier et des palmes s’occuperaient à former des lettres d’or, en «sorte qu’on pût lire: Gustavo patri Christina hoc mausoleum erexit... Entre les » fenêtres,... on y ferait de grands tableaux en forme de tapisseries... Vous pour- » riez dans le dernier représenter cette fameuse journée de Lutzen , où ce grand » prince finit sa vie ;... il ne faudrait pas aussi qu’il parût expirant dans le sang et la » poussière,... car la vue d’un objet si funeste est toujours désagréable, et un héros » ne doit jamais toucher ni d’horreur ni de pitié. Il serait donc nécessaire... de » quitter le vraisemblable , pour peindre le merveilleux et faire que le roi parût en » l’air, conduit par la main de la Victoire... La Victoire qui l’accompagne sera une » femme qui d’une main le couronnera... Elle aura deux grandes ailes au dos| » et sa robe sera toute blanche ayant par-dessus un manteau jaune qui semblera » voltiger en l’air... Dans un nutre endroit de la voûte,., paraîtra la reine de » Suède , vêtue d’un manteau royal... Aux pieds de la reine de Suède , sera assise » une belle fille :... c’est la Libéralité , et parce qu’il y a du plaisir à bien faire, la » couleur de son habit sera d’un beau vert... «
plus originale, plus neuve que le placage "de tous styles, le pastiche gréco-romain proposé si officieusement par le trop érudit critique.
D’Argenville , qui devait être sans doute fort bien renseigné sur les agissements de Bourdon à Stockholm , déclare qu’il dessina pour la reine la Pompe funèbre du grand Gustave. Arckenholtz , trouvant ce dire dans un article du Mercure Français , s’indigne grandement contre ce qu’il qualifie de « bévues et sottises » , et démontre victorieusement, à l’aide des dates, que Gustave-Adolphe étant décédé en 1632 et Bourdon arrivé en Suède en 1652, il y a entre ces deux événements un laps de vingt années rendant impossible et ridicule pareille assertion. D’Argenville et le rédacteur du Mercure ont-ils commis le grossier anachronisme que relève si vertement le biographe de Christine ? Il est difficile de l’admettre; c’est leur prêter gratuitement une ignorance des dates et des faits historiques extrême. Ne serait-il pas beaucoup plus logique et vraisemblable de supposer que la princesse, jalouse d’élever à son père un monument digne de sa mémoire, avait prié en même temps le peintre français de dessiner et régler par avance l’imposante cérémonie de la translation de ses cendres ? Nous penchons à adopter ce dernier avis. Nous ne serions pas non plus éloigné de croire que ce renseignement, fort ambigu sur la Pompe funèbre du grand Gustave, pourrait s’appliquer aux dessins préparatoires faits par l’artiste , en vue de l’édifice lui-même. Quelle que soit la plus vraie de ces hypothèses, nous pouvons toujours affirmer que Bourdon ne fit pas autre chose que crayonner la silhouette du futur bâtiment. Là s’arrêta son oeuvre d’architecte, Christine n’ayant pas donné suite à cette idée.
Puisque nous sommes en train, d’ailleurs, de passer en revue les diverses anecdotes relatives à cette période de la vie de Sébastien Bourdon et d’étudier le quantum de vérité inhérent à chacune d’elles, abordons sans autre retard la plus intéressante de toutes. On sait qu’en 1722, le duc d’Orléans , régent de France , acheta du duc de Bracciano Odescalchi la riche galerie de tableaux recueillie par ce dernier dans l’héritage de son oncle, le prince don Livio Odescalchi. Le marché fut conclu au prix de 90,000 scudi (écus romains ), et le
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transfert de Rome à Paris de ces toiles inestimables effectué au cours de la même année. Ce fut un véritable événement dans le monde artistique d’alors : tous les curieux de notre capitale affluèrent au Palais-Royal , et deux ou trois descriptions de cette collection sans égale ne tardèrent point à paraître.
Le sieur Piganiol de la Force notamment , dan sa Description de Paris ,.... consacra plusieurs pages à l’examen de ces merveilles. Il expliqua leur provenance, raconta comme quoi ces excellents tableaux venaient originairement du prince de Mantoue , Louis de Gonzague, avaient été transportés à Prague par Coalto , général des troupes impériales, après le sac de la capitale des États de ce prince ; puis , subissant une seconde fois les hasards de la guerre , avaient été mandés à Stockholm par le comte de Kœnigsmarck qui , à la tête de l’armée Suédoise , était entré triomphant dans la ville de Prague, en l’année 1648; devenus alors la propriété de la reine Christine de Suède , ces chefs-d’œuvre avaient fait partie des collections que cette princesse , lors de son abdication, fit emballer et expédier en Italie. Durant toute sa vie , objets de l’admiration des visiteurs de son palais, ils avaient certainement constitué à sa mort l’une des principales richesses léguées par elle au cardinal Decio Azzolino.
Piganiol de la Force, indiquant ensuite séparément chacune de ces toiles, disait : « Un Noli me tangere, Leda, lo, Danaê, Y Éducation de » l’Amour , Y Amour qui travaille à son arc, le Mulet, une Sainte-Famille, » le Portrait du Duc de Valentinois , et deux Études , sont autant de » tableaux du Corrège , qui pendant un temps ont eu une destinée » bien singulière et qu’ils ne méritaient guère , car ils servaient de » paravents dans une écurie du palais de Stockholm. La reine Christine » ayant attiré Sébastien Bourdon en Suède , et ce peintre français » ayant aperçu quelques traits de pinceau à travers la poussière et » l’ordure dont les paravents étaient couverts, il eut la curiosité et la » patience de les nettoyer, et fut bien payé de l’une et de l’autre, » quand il reconnut que c’étaient des plus beaux tableaux du Corrège. » Il en fit sa cour à la reine Christine. »
Le Mercure Français , de son côté, parlant des mêmes toiles,
donnait une nouvelle version , dans laquelle le nom de Bourdon reparaissait. D’après lui , la reine n’ayant point encore fait déballer les caisses mandées par Ivœnigsmarck , aurait chargé Bourdon de ce soin, et en présence des éloges enthousiastes, de l’admiration que marquait notre peintre pour les oeuvres du Corrège , lui aurait dit généreusement : « Eh bien! Bourdon, je vous les donne. » L’écrivain ajoutait que, ne se laissant pas éblouir par une proposition semblable, l’artiste français avait accueilli par un refus ce trait de générosité peut-être inconsciente, avait fait sentir à la reine que ces toiles, inappréciables au point de vue artistique , ne l’étaient pas moins au point de vue pécuniaire , de telle sorte que son honnêteté lui interdisait l’acceptation d’un semblable présent '.
Le savant Arckenholtz combat encore de toutes ses forces cette double affirmation, qu’il considère comme offensante pour le goût et l’instruction artistique de la reine. Voici sa réfutation : « On » s’entendait en beaux tableaux en Suède, bien avant que Bourdon y » vînt ; et comment veulent-ils que Christine lui ait fait présent de » ceux du Corrège, elle qui n’était âgée que de sept ans et sous la » tutelle de grands-officiers et du Sénat du royaume quand le roi » son père fut enseveli à Stockholm, supposé que Bourdon y soit » allé pour donner les dessins de la Pompe funèbre ? Mais quelle foi » ajouter à ces deux écrivains, quand l’un d’eux prétend que Gustave- » Adolphe avait surpris la petite ville de Prague (c’est ainsi que l’on «désignait l’un des trois quartiers de cette capitale) en 1631; — » car qui est-ce qui ignore que Prague ne fut prise par les Suédois » qu’en 1648, peu avant la paix de Westphalie,... et que Gustave- » Adolphe périt à la bataille de Lutzen, et est mort par conséquent » seize ans avant la prise de Prague ? »
Ainsi qu’il est facile de le remarquer, Arckenholtz 2 réfute ici toute
1 . Le comte de Tessin , dans ses Lettres à un jeune Prince par un Ministre d’Etat (Amsterdam, 175 s1, p. 95 ) , répète ce fait. On sait que le comte de Tessin, grand partisan du gouvernement oligarchique , ne perd jamais une occasion de critiquer l’autoritaire Christine.
2. Christian Malbeck partage l’opinion d’ Arckenholtz. On lit dans ses Lettres de Suède l’énergique négation de ce fait.
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autre chose que le point en litige. D’abord son argument, tiré de l’âge de Christine, est inexact ; il sait lui-même, mieux qu.e personne assurément, à quelle date Bourdon arriva en Suède : c’est en 1652 et non en 1631. Christine n’avait point sept ans, mais vingt-sept, et peu s’enquerrait alors du bon plaisir de ses ex-tuteurs.
Quant à l’erreur commise par le Mercure, relativement au vainqueur de Prague, c’est là une discussion également en dehors du sujet. Que ce soit Gustave- Adolphe ouïe comte de Kœnigsmarck qui ait pris la ville et les tableaux mantouans, peu importe. Le fait à retenir c’est la date vraie : 1648. On voit tout de suite qu’un intervalle de quatre années seulement sépare l’envoi des toiles de maîtres de l’expertise confiée par Christine à son premier peintre français. Eh bien ! nous le demandons de bonne foi, qu’y a-t-il de si invraisemblable à ce qu’en 1652 une partie de ces chefs-d’œuvre fût encore emballée ? Ne pouvaient-ils pas avoir été expédiés tardivement ? La reine avait-elle un local où loger convenablement ces merveilles des Écoles Italiennes ? Etant donnée son intention bien arrêtée d’abdiquer et d’aller se fixer prochainement hors de ses États, peut-on supposer que cette princesse apportait une ardeur bien fiévreuse à l’embellissement d’une résidence qu’elle voulait quitter, d’où elle voulait emporter précisément les collections artistiques du même genre par elle déjà installées ? Nous sommes entièrement de l’avis de son biographe touchant la version de Piganiol : Corrège à l’écurie dans le palais de Christine , nous paraît une fable inventée maladroitement par un ignorant des mœurs et des goûts de la reine de Suède; mais cette même reine utilisant la présence à sa cour d’un membre de l’Académie des Beaux-Arts de France, d’un peintre illustre, d’autant plus à même d’être bon juge qu’il avait vécu plusieurs années en Italie, cette reine le priant, disons-nous, d’inventorier les richesses artistiques conquises à Prague , quatre ans auparavant par scs armées victorieuses, c’est à nos yeux la chose du monde la plus normale, la plus croyable. Quant à l’offre royale et au refus de l’artiste, ils nous semblent bien cadrer avec la probité absolue de l’un et la générosité légendaire de l’autre. La femme qui
allait de gaieté de cœur abandonner un royaume et une couronne pouvait bien céder à son premier peintre quelques toiles, fussentelles dues au pinceau du Corrège '. Le maître, qui par l’honorabilité grande de sa vie autant que par son talent mérita de remplir jusqu’à sa mort l’une des charges les plus enviées de l’Académie, pouvait bien avoir quelque scrupule , à la pensée d’accepter un présent aussi considérable.
Trop scrupuleux, Bourdon ! Cela refusant , c’était sa fortune et celle des siens qu’il repoussait. Il eut, du moins, la satisfaction de laisser derrière lui, en Suède, une renommée irréprochable, bien différente de celle de la plupart des étrangers résidant à Stockholm vers cette même époque. Raphaël Trichet et Naudé furent, en effet, accusés d’avoir pillé les cabinets et la bibliothèque de la reine. Vossius laissa à sa mort 762 manuscrits grecs où latins, que l’Université de Leyde acheta 30,000 florins. « Il y avait bien moins » de ce qui lui appartenait de droit que de ce qu’il avait escamoté », dit à ce sujet Arckenholtz.
A l’honneur de Sébastien Bourdon , au contraire , une seule chose est en litige : celle de savoir s’il faut mettre ou non à son actif un trait de délicatesse presque exagérée. Résumons par cette dernière phrase ce débat , et tirons-en la conclusion suivante : si le peintre de Montpellier n’eut point le loisir et l’occasion de révéler à la cour suédoise son génie, de faire acte de grand artiste , il eut en revanche le temps de montrer sa droiture de caractère, de faire preuve d’honnête homme.
1. Lorsqu’on feuillette la Galerie du Palais-Royal , gravée par J. Couché , tout en rendant aux toiles du Corrège le tribut d’admiration qui leur est dû, on comprend , en présence de la quantité et de la qualité des tableaux de Christine , sa folle générosité. Privée des œuvres d’Allegri , ne lui serait-il pas resté Raphaël et Véronèse, et nombre d’autres grands maîtres pour la consoler?
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^Abdication de Christine. — Ses effets à l’égard des Français.
e long voyage entrepris par Bourdon et Suzanne n’eut point malheureusement le résultat attendu : les espérances dont ils s’étaient bercés au départ , et même aux premiers jours de leur arrivée à Stockholm, furent bientôt déçues. Après une année environ écoulée *, ils songèrent l’un et l’autre à regagner la France , à dire adieu à cette cour si joyeusement abordée. Les causes de cette détermination furent multiples. Nous allons indiquer brièvement les principales.
Nous devons d’abord signaler, au courant de l’année 1653, un fait considérable qui donna lieu à d’innombrables commentaires dans le monde des courtisans. Le comte Magnus de la Gardie, grand trésorier du royaume, tomba en disgrâce complète. Il ne nous appartient pas d’examiner la cause de cet événement, mais nous ne saurions en taire les suites graves. Le comte Magnus , dont le grand-père, on le sait déjà, était originaire du Languedoc, avait toujours dirigé le mouvement favorable à nos nationaux. Il avait en grande partie contribué à établir la mode d’avoir dans les maisons aristocratiques de Stockholm tout un personnel domestique français ; il propageait les idées, les mœurs, les élégances parisiennes , cela surtout depuis son retour de notre capitale, où il avait été envoyé en 1646 comme ambassadeur. C’est à lui manifestement que lait allusion Félibien dans cette phrase : « Bourdon crut... qu’il serait d’autant mieux reçu (en Suède),... » qu’il avait auprès d’elle (Christine) des amis assez grands seigneurs » pour le protéger. » Le comte Magnus était en effet le protecteur juré, l’ami , l’hôte , le défenseur des savants , des lettrés, des artistes
1. Dans la minute d’un contrat passé entre Bourdon et les Consuls de Montpellier, pièce signée de sa main , on lit : « ledict sieur Bourdon. . . . estant appelé » par la Royne de Suède pour travailler son service , il y seroit allé par per- » mission du Roy et auroit sesjourné à la cour de ceste grande Royne l’espace » d’un an ... »
de notre nation. Doit-on lui faire entièrement honneur de l’estime, disons plus , de l’engouement que marqua un moment Christine pour la France? Ce serait trop avancer; mais on ne saurait nier cependant , que sa disgrâce fut un grand malheur, entraîna la perte d’un puissant appui pour nos compatriotes alors à Stockholm. Cela d’autant plus, que la personnel grata qui le remplaça auprès de la reine de Suède fut justement un ennemi de notre pays, don Antonio de Pimentel, l’habile envoyé d’Espagne.
Chose incroyable , mais pourtant vraie , cet homme d’outre Pyrénées nuisit moins , toutefois , à la France qu’un français, le charlatan Bourdelot. Chevreau, Huet, Naudé , Bochard exposent en leurs mémoires toutes ses machinations. Nous nous contenterons de citer quelques-uns des vilains tours par lui joués à la gent savante. Le fils du barbier de Sens, qui joignait à un remarquable esprit d’intrigue une propension marquée aux charges d’atelier, aux plaisanteries d’un goût souvent douteux, inspira à la reine plusieurs fantaisies quelque peu regrettables; l’élève royale de Descartes et de Saumaise, chez qui à certaines heures la malice féminine et la gaieté juvénile prenaient leur revanche de ce grec et de ce latin qui encerclaient ses yeux d’une large bleuissure , eut le tort d’écouter parfois ses conseils.
Il advint, par exemple, que le savant Meibom, auteur d’un traité sur la musique sacrée dans l’antiquité, fut prié, par elle, de chanter un des vieux rhythmes qu’il avait exhumés. Sa voix rappelait par ses assonnances une tarière perçant un sarcophage de Pharaon, une porte rouillée de catacombe s’entrebâillant à regret, si bien que la cour de Stockholm se pâma d’un fou rire à cette audition musicale.
Non moins grande fut la gaieté, sous les lambris du Château , le jour où le vieux Naude exécuta, dans les memes conditions, une danse grecque. M. Feuillet de Couches se demande avec beaucoup de verve, dans un article déjà cité, si ce fut la Cordace . il serait difficile de vérifier ce point ; mais il est plus que certain que l’érudit bibliothécaire n’eut ni l’ardeur endiablée de la vieille esclave aristophanesque, ni la grâce exquise d’un jeune coryphée, d’un éphèbe
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athénien. Moindre eût été la confusion de Samuel Bochart , si les taquineries se fussent arrêtées, pour lui, à une simple partie de volants avec la fille de Gustave-Adolphe ; mais ce que ne put pardonner à Bourdelot l’amour-propre de l’orientaliste , ce fut l’idée perverse de purger Christine le jour même de la publique lecture de son Phaleg.
En un mot , chaque semaine amenait une nouvelle invention diabolique, qui blessait jusqu’au vif les graves personnages pris à partie par le médecin de la reine, et dont tous ne savaient point tirer vengeance, comme Meibom , à l’aide d’arguments frappants. Pour Bourdon, que précédait la réputation d’un caractère peu endurant et énergique , il est probable qu’il ne fut que le spectateur de ces burlesques aventures. Qui sait même si le peintre de bambochades se réveillant en lui , il ne lui vint pas la pensée de crayonner M. Naudé enguirlandant les bras à la manière d’une antique eanéphore, faisant tourbillonner dans une saltation sacrée les ondes de sa perruque , les pans de sa longue et « noire casaque » ? Samuel Bochart maniant la raquette était également un spectacle bien fait pour tenter ses pinceaux. Si , par hasard , Bourdon céda h cette fantaisie , on ne peut que déplorer la perte de ces croquis : ils auraient , de nos jours , un intérêt inappréciable.
Cependant aucun de ces deux motifs ne pesa, pensons-nous, d’un poids suffisant pour entraîner le départ du peintre de Montpellier. On ne pourrait alléguer davantage les embarras financiers survenus en Suède à la suite des querelles avec la Hollande. Ils n’épuisèrent pas , en effet, à ce point le trésor que la reine fût entravée dans ses largesses habituelles. Nous écarterons enfin l’influence que put avoir sur un protestant l’annonce de la prochaine abjuration de Christine.
Il est d’abord inexact que ce Bruit ait couru; ce projet fut tenu au contraire fort secret. De plus, les biographes qui ont donné cette raison oublient que Sébastien était calviniste , et que la religion de Calvin subissait autant d’entraves en ce pays luthérien 1 que celle
1. « Les Suédois confessent tous la religion évangélique, et antérieurement à » l’année 1752 , aucune autre religion n’était tolérée dans le royaume. » (Johan Hübners, ouvrage cité.)
de Rome. La meilleure preuve en est, qu’une enfant étant née à notre artiste , il dut attendre pour lui donner le sacrement du baptême son retour en France. La raison déterminante à nos yeux, sinon la seule du départ de Sébastien de Bourdon , c’est la future abdication de la souveraine. Déjà, en 1651, Christine de Suède avait hautement témoigné son désir de descendre du trône; il n’avait fallu rien moins que les supplications du Sénat et du peuple tout entier pour lui faire abandonner son dessein. En 1653, ce projet était revenu plus fort que jamais hanter son esprit. La fille du grand Gustave estimait qu’il fallait une main d’homme pour gouverner la guerrière nation Suédoise , pour faire résonner le sceptre sur cette rude terre, où la neige hivernale recouvrait le granit des forteresses et le cuivre des bouches à feu. Elle ne partageait point cette délicate pensée d’un grand poète moderne ' :
Dieu dans son harmonie également emploie Le cèdre qui résiste et le roseau qui ploie.
Et certes il est bon qu’une femme parfois
Ait dans ses mains les mœurs , les esprits et les lois ,
Succède au maître altier, sourit au peuple et mène En lui parlant tout bas la sombre troupe humaine.
Christine croyait au contraire, en son patriotisme, devoir déposer cette couronne trop lourde pour un front féminin , et elle avait choisi pour son remplaçant celui qu’elle jugeait, non sans raison , posséder les qualités d’un grand capitaine, son cousin Charles-Gustave. Ce projet connu de tous et dont la réalisation paraissait prochaine, navrait tout particulièrement le groupe d’étrangers par elle attirés, soutenus par sa protection toute-puissante contre les menées jalouses d’une population hostile. Certaines gens même , s’exagérant les craintes , comme Dhniel Huet1 2, redoutaient l’éclat de la rancune populaire ,