‹ Sébastien Bourdon, sa vie et son œuvreChapitre 2 sur 59 · C. PONSONAILHE · texte numérisé non relu

C. PONSONAILHE

Montpellier, le 4 novembre iSSj.

Imu Lanvière

or s au e nous passons en revue, non sans quelque fierté légitime , les maîtres illustres qui portèrent si haut et si loin, au xvne siècle, l’éclat et la renommée de notre École , il en est un dont la physionomie , la vie et l’œuvre originales fixent vivement l’attention. Sébastien Bourdon , un moment premier peintre de la reine Christine de Suède — ce Français de l’extrême Midi qui eut l’insigne honneur de représenter dans la cour la plus élégante du Nord notre art national — semble mériter une place à part , au milieu des graves académiciens ses collègues.

Bourdon n’est point un figurant vulgaire , jouant un bout de rôle sur la scène que Lebrun et Lesueur emplissent de leurs personnalités puissantes. Il conserve tout le temps une individualité bien marquée; les emplois de doublure ne vont pas à sa taille. Pour nous servir d’une expression usuelle, il est quelqu’un. Est-ce à dire pour cela que nous devions l’égaler aux plus grands, à nos gloires les moins contestées ? Il y aurait, croyons-nous, témérité à ce faire. D’autre part, le reléguer au second rang serait injuste. La vérité est que Bourdon est un irrégulier qui échappe à toute classification ordinaire. Tempérament ardent , capricieux , fantasque , il aborde tous les genres , et à une certaine heure il y excelle , atteignant d’un seul

coup , sur les ailes d’une fougueuse inspiration , les sommets les plus élevés de l’art; mais cette heure de folie sublime écoulée, la muse envolée, son ardente nature refroidie, l’artiste retombe des hauteurs idéales , où son âme planait , dans les champs du terre à terre. L’œuvre d’avant fut d’une grandeur absolue ; celle qui la suit est entièrement médiocre. En un mot, comme le Tintoret, Bourdon a trois manières d’être: l’une d’or, l’autre d’argent, la troisième, hélas ! de bronze.

Quant à sa biographie , bien qu’il ait vécu à une époque assez voisine de la nôtre et sur laquelle les renseignements fourmillent , elle est fort incomplète. Sa vie est pleine de lacunes , d’obscurités , de contradictions. Les divers auteurs qui ont essayé de l’écrire ne sont pas tombés d’accord sur le lieu de sa naissance , sur la date de ses voyages et celle de l’exécution de ses maîtresses toiles. Ils dissertent encore sur le nombre de ses fils, sur la cause véritable de sa mort. C’est pourquoi il nous a semblé de quelque utilité de reprendre à nouveau ce travail , de suivre pas à pas Bourdon dans sa vie et comme homme et comme artiste, en apportant dans cette étude les plus sévères règles de la critique d’histoire moderne.

Nous nous sommes attaché à ne pas émettre un fait , avancer une opinion, énoncer une date, sans en fournir la preuve certaine et authentique. Pour cela, les précieux documents contenus dans les archives de l’art français , et surtout dans le Dictionnaire biographique de M. Jal, ont abrégé et facilité notre tâche. Nous n’avons d’autre mérite que de les avoir complétés , en interrogeant patiemment et longuement les archives de Montpellier , la véritable ville natale de Bourdon.

Certains points pourtant ont échappé à nos investigations minutieuses et restent encore dans le domaine de l’inconnu. Sur ceux-là il nous a été impossible de faire la lumière. D’autres seront -ils plus heureux que nous en leurs recherches ? Nous l’espérons, et souhaitons ardemment que ce modeste ouvrage , loin d’être le dernier mot sur Sébastien Bourdon , devienne au contraire le point de départ d’une série de travaux plus fructueux que les nôtres.

l’enfance de bourdon.

L’ENFANCE VE EOURDON.

Renseignements inédits sur sa Famille.

i Bourdon eût manié la plume aussi facilement que le burin et le pinceau , il eût pu laisser des. mémoires , non moins intéressants à parcourir que ceux de Benvenuto Cellini lui-même. Né en 1616, comme chacun le sait, à Montpellier, il ouvrit pour ainsi dire les yeux aux lueurs de la guerre civile. Les premières années de son enfance s’écoulèrent au milieu d’une population divisée en deux camps bien distincts , Protestants et Catholiques , en venant aux mains chaque jour dans des rixes souvent sanglantes.

Son père appartenait à la religion réformée , et l’on peut dire que Sébastien suça avec le lait les doctrines de Calvin.

Nous signalons ce fait-là , parce qu’il fut toute sa vie l’une des notes dominantes de son caractère.

Quoique ayant quitté bien jeune le Languedoc, Bourdon n’oublia jamais les leçons austères du foyer paternel, les haines vigoureuses de Huguenots à Papistes , les émeutes violentes de la rue , les églises et les temples tour à tour assiégés et démolis. A vingt ans, à Rome, il est obligé de fuir devant le Saint-Office. A trentesept ans , nous le voyons perdre, soupçonné de railleries hérétiques, une importante commande de la marguillerie de Saint-Gervais et Protais. A plus de quarante, dans sa ville natale, chargé de peindre une grande toile pour le maître-autel de la Cathédrale , le Miracle de saint Pierre, il a soin de se placer, sous les traits de l’un des spectateurs de ce drame , dans le propre camp des infidèles.

Heureux Bourdon , d’être mort peintre du roi en 1671 ! S’il eût vécu quelques années encore , ce n’est point en France, au milieu des siens , laissant inachevée la décoration d’un appartement des Tuileries , qu’il eût rendu le dernier soupir ; bien certainement il eût été obligé de reprendre le dur bâton du voyageur, et cette fois commençant sa longue route sans espoir de retour, aller chercher loin de sa patrie le droit de suivre cette religion qui lui tenait si fort à cœur.

Mais ce point initial de notre étude , la naissance de Bourdon dans la ville de Montpellier, est-il à l’abri de toute contestation, accepté par tous les biographes ? Non, certes. Plusieurs opinions contradictoires sont en présence. Lacombe, dans ses Anecdotes sur les beaux-arts , donne pour théâtre à cet événement la capitale. Le Journal de Paris du 8 novembre r 8 r 1 , au cours d’un article à ce relatif, opte pour Marseille. Enfin deux érudits locaux , très au courant de l’histoire du Bas-Languedoc, MM. Paulinier et Thomas, celui-ci en son vivant archiviste du département de l’Hérault, affirment que c’est à Frontignan que Sébastien Bourdon vit le jour. Pour nous, la version de Fébilien, d’Argenville, de Piles, de Charles Blanc nous avait toujours paru la seule exacte : les archives municipales de Montpellier, soigneusement consultées, ont transformé cette manière de voir en une complète certitude.

Voici sur quelles pièces authentiques est basée aujourd’hui notre affirmation. Nous allons les exposer dans l’ordre chronologique ; aussi bien cela faisant, fournirons-nous des détails fort intéressants et jusqu’ici inédits sur le compte de cette famille.

Lorsqu’on parcourt attentivement les registres de l’état civil protestant dans les premières années du xvue siècle, sous le triple point de vue des naissances , mariages et décès montpelliérains , on rencontre souvent le nom de Bourdon. La première fois, c’est à la date du 18 août 1609. dans un «baptistaire » catalogué sous le N° 9 et qui s’étend de l’année 1608 au 17 novembre 1612. Voici la teneur de cet acte , dont nous marquons par quelques points les mots indéchiffrables :

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TORTRAIT DE SIC AR1SSL ‘ BOURDON , peint par Je célèbre Bourdoü jo/z yî/i , gravé par J. -B. Hayahd , d’après le tableauoriginal tiré du cabinet de SIC. le Marquis de Gleon, modérateur de la Société des Arts de la ville de Montpellier.

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