‹ Sébastien Bourdon, sa vie et son œuvreChapitre 20 sur 59 · Voyage de Chapelle et Bachaumont. Trévoux · texte numérisé non relu

Voyage de Chapelle et Bachaumont. Trévoux

BOURDON A MONTPELLIER

» civiles et enjouées , ne faisant point de façon de se mesler parmy » les hommes et de faire parade de leur gorge nue ou peu couverte », arrivaient , « se tenant communément par le bras les unes aux » autres et y joygnant leurs amans ou fringuaïres, ou tel autre fust-il » estranger, affectant d’accueillir et de souffrir celui-là plus librement » que les autres4 », nous sommes porté à croire qu’il eût partagé la manière de voir du vieil auteur que nous citons et trouvé « leur petit » jargon composé de la langue Françoise, Catalane et d’autres cor- » rompues,... tout à faict plaisant à entendre par leur bouche. » Poussant plus loin ses investigations, s’il eût gagné l’une des pimpantes et bruyantes guinguettes du Macarelet , et taté sous la feuillée «les » délicieux muscats de Loupian 2 », qui sait s’il ne se fût point, au retour, sous la double influence du vin généreux et des œillades assassines, surpris à fredonner lui-même l’évohé bachique : Viva la Canourga , Viva Boutounet ! ...

Au sortir de cette excursion en pleine joie du populaire , notre visiteur eût désiré sans doute étudier comparativement l’autre face de la cité : les divertissements élégants , les passe-temps aristocratiques de la haute société Montpelliéraine. Il l’eût même souhaité doublement, après avoir en ce mois carnavalesque assisté à quelqu’une de ces gracieuses fêtes nocturnes , organisées fréquemment par messieurs des régiments de Picardie et de Normandie , de concert avec les gentilshommes les mieux titrés du pays. C’étaient, sous le nom de parties de masques , de fringantes chevauchées traversant à nuit close les principales artères de Montpellier. Des chars de triomphe , emplis de musiciens flûtistes et violoneux , suivaient les nobles cavaliers, qui distribuaient galamment « des boctes de confitures » aux dames de haut lignage curieusement accoudées sur la fine dentelure de pierre des larges balcons.

Hé bien , il eût été fort surpris, notre parisien, présenté dans les salons, ou pour parler plus exactement les ruelles de ces sémillantes

1. Recherches sur le Languedoc, par M. Le Blanc; petit manuscrit in-40, écrit vers l’année 1667 , appartenant à la Société archéologique de Montpellier.

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